Consommation responsable: nos gestes ont moins d’impact que l’on pense
Les Québécois sont très nombreux à estimer qu’ils consomment de manière responsable, mais, dans les faits, leurs pratiques ne concernent pas celles qui ont le plus grand impact environnemental, d’après le 16e Baromètre de la consommation responsable, dévoilé le 4 juin.
En bref
• La majorité des Québécois s'estiment des consommateurs responsables, mais ils connaissent mal l’impact environnemental de leurs choix.
• Les actions à fort impact environnemental impliquent des changements profonds comme réduire la consommation de viande, limiter l'usage de la voiture et acheter moins de produits neufs. Or, dans plusieurs secteurs, les comportements dominants restent ceux qui ne dérogent pas des habitudes établies, qui ont donc moins d'impact.
• Résultat : les principaux leviers de réduction de l’empreinte carbone des consommateurs Québécois ne sont pas les plus adoptés, car ils demandent davantage de sacrifices.
Un peu plus de 68 % des répondants au Baromètre de la consommation responsable 2026 déclarent consommer de manière responsable, mais près de 65 % d’entre eux disent connaître peu ou pas du tout l’impact environnemental de leur consommation. Devant ce constat, l’Observatoire de la consommation responsable (OCR) de l’ESG UQAM a choisi de recentrer son coup de sonde annuel sur la mise en perspective de cet impact.
« Les gens vont faire les gestes les plus simples, qui sont les plus faciles à adopter parce qu’ils entrent dans leur routine et leurs habitudes, qu’ils posent moins de contraintes financières ou logistiques, explique Fabien Durif, directeur de l’OCR et professeur au département de marketing à ESG UQAM. Mais ce ne sont pas les gestes qui ont le plus grand impact, car ce sont ceux qui demandent le moins de sacrifices. »
Dans cette optique, une nouvelle collaboration avec le Centre international de référence sur l’analyse du cycle de vie et la transition durable (CIRAIG) vise à faire du 16e Baromètre « un outil plus concret pour essayer de guider un peu la population vers les pratiques qui ont le plus d’impact ».
Quatre secteurs, qui représentent au total 86 % de l’empreinte carbone liée à la consommation au Québec (voir encadré), ont été examinés : l’alimentation, le transport, l’énergie et l’habillement.
Les constats s’appuient sur les réponses données par 2 802 consommateurs québécois entre le 30 janvier et le 24 février 2026 ; ils ont été interrogés sur leurs comportements au cours des 12 mois précédents.
Alimentation : substituer des produits et éviter le gaspillage
Un peu plus de 53 % des répondants au Baromètre déclarent avoir adopté au cours de la dernière année des pratiques responsables en matière d’alimentation. Celles-ci suivent quatre logiques distinctes.
« Les pratiques les plus répandues relèvent de l’optimisation du quotidien : planifier ses repas, utiliser les restes ou privilégier les produits locaux, résume le rapport. Elles sont peu contraignantes et offrent des bénéfices concrets. » Viennent ensuite les choix d’achat responsable (produits peu emballés, en vrac, biologiques, équitables, imparfaits…), puis les changements de régime alimentaire (réduction de la consommation de certaines viandes et de produits laitiers, limitation des portions, etc.).
Les pratiques les moins adoptées sont celles de substitution des viandes et des produits laitiers par des produits à base de plantes ou végétaliens. « Elles impliquent un changement plus profond, une remise en question des habitudes alimentaires, et restent principalement portées par des profils plus jeunes et plus scolarisés », relève-t-on.
« La plus grande empreinte environnementale dans le secteur alimentaire, c’est la viande rouge, rappelle Fabien Durif. Donc, si on réduit un peu sa consommation, déjà, on fait un très grand geste. » Effectivement, le bœuf a beau représenter seulement 1,5 % du poids des aliments consommés au Québec, il est responsable de jusqu’à 17 % des émissions de CO2.
L’OCR mentionne également que le gaspillage de nourriture à domicile représente environ 17 à 20 % de l’impact climatique associé à l’alimentation, ce qui en fait « une source importante d’émissions évitables ».
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Énergie : le confort avant tout
Presque 67 % des répondants déclarent avoir adopté au cours de la dernière année des pratiques responsables en matière d’énergie. Toutefois, « derrière cette mobilisation, les pratiques restent structurées par une contrainte centrale : préserver le confort », suivi par la possibilité de faire des économies, constatent les auteurs.
Les gestes posés sont concentrés autour de l’équipement (garder longtemps ses appareils, les entretenir et les réparer, acheter des appareils écoénergétiques) et de l’usage domestique (réduire le chauffage et la consommation d’eau chaude, limiter l’utilisation de certains appareils).
La pratique responsable en matière d’énergie la moins adoptée est de limiter ses usages numériques (32 %). « Il n’y a pas encore de compréhension des impacts de tous les gestes numériques que l’on pose, mais ça va être un comportement qui pourrait devenir central, surtout avec l’intelligence artificielle », note Fabien Durif.
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Habillement : le neuf domine toujours
Presque 52 % des répondants déclarent avoir adopté des pratiques de consommation responsable en matière de vêtements et accessoires dans la dernière année. Les pratiques les plus adoptées ont pour but d’« optimiser et prolonger » la durée de vie des vêtements (les utiliser le plus longtemps possible, les laver à l’eau froide, éviter les achats non nécessaires, les donner à des organismes, etc.), alors que les moins adoptées visent à « transformer le modèle de consommation » (acheter des vêtements de seconde main ou faits de matières recyclées, etc.).
Interrogé sur ces résultats, le directeur général de l’organisme Renaissance, Éric St-Arnaud, constate qu’« en général, les gens se tournent d’abord du côté de l’usagé en raison du prix. Mais, depuis une dizaine d’années, dit-il, j’ai vu une augmentation du pourcentage de gens qui sont concernés par l’aspect environnemental. »
Selon le Baromètre, 10,2 % des répondants ont privilégié l’achat de vêtement de seconde main l’an dernier. « Je rêve qu’on ait un plus grand pourcentage de gens qui commencent par l’usagé au lieu d’aller vers le neuf en premier, parce que ça changera un peu les paradigmes, déclare Éric St-Arnaud. Il y a encore une stigmatisation de l’achat de vêtements de seconde main comme étant lié à un faible revenu ou à la pauvreté. »
Effectivement, en matière de vêtements, 71,3 % des gens achètent majoritairement du neuf… de plus en plus en provenance de magasins ou de sites Web de mode éphémère (fast fashion, en anglais). « Il faut conscientiser les citoyens, car, oui, c’est facile et pas cher d’acheter sur Shein et Temu, pourtant on peut trouver dans une friperie une super belle chemise de qualité à 9 ou 10 $ qui va durer beaucoup plus longtemps », illustre le directeur général de Renaissance.
L’OCR a également constaté que le volume de textiles jetés a augmenté de plus de 114 % depuis 2011, en partie à cause de la mode éphémère. « Ce sont des vêtements de mauvaise qualité ou encore traités avec des substances chimiques, ce qui les rend non réutilisables, explique Fabien Durif. En plus, ils sont associés à des problématiques sociales et économiques plus larges. » D’ailleurs, Renaissance a pris la décision de ne pas revendre dans ses magasins les vêtements provenant de Shein et Temu pour cette raison… et parce que leur prix dérisoire rend difficile l’établissement d’un prix de revente satisfaisant à la fois pour l’acheteur de seconde main et pour l’organisme.
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Transport : des choix parfois contraints
Moins de la moitié des répondants (48,3 %) disent avoir adopté des pratiques de consommation responsable en matière de transport dans la dernière année. C’est le secteur étudié pour lequel le pourcentage est le plus faible, principalement parce qu’en matière de mobilité, « ce sont moins les intentions que les contraintes de vie qui déterminent réellement les pratiques », relèvent les auteurs du Baromètre.
La possibilité de diminuer sa dépendance à l’automobile dépend effectivement de l’accès aux infrastructures, de l’offre de transport en commun, et des lieux de résidence et d’emploi. Le télétravail, qui est « un levier direct » de réduction de l’impact environnemental, n’est ainsi pas accessible à tous. Même chose pour les transports en commun, l’autopartage et le cyclisme utilitaire – soit utiliser le vélo pour les déplacements quotidiens.
La pratique responsable la plus adoptée en matière de transport est donc de garder son véhicule le plus longtemps possible (84,4 %). « Si on doit avoir une voiture, c’est l’idéal, admet Fabien Durif. Il faut aussi penser à mieux l’utiliser, à réduire sa vitesse et à tenter de ne pas se déplacer seul. »
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Une empreinte carbone concentrée
L’empreinte carbone liée à la consommation au Québec atteint environ 14 tonnes de CO₂ par an par personne, note l’OCR. Celle-ci est surtout concentrée dans trois domaines :
• Transport : 34 % de l’empreinte carbone
• Logement et énergie : 26 % de l’empreinte carbone
• Alimentation : 22 % de l’empreinte carbone
En comparaison, l’habillement représente 4 % de l’empreinte carbone.
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