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Bien-être animal : mangez-vous de la viande bien élevée?

Par Camille Lopez
viande-heureuse Shutterstock.com

La plupart des Québécois veulent consommer de la viande issue d’élevages encadrés par des codes de pratiques qui visent le bien-être animal. Le bonheur des bêtes semble être au cœur des préoccupations de la société, mais en faisons-nous assez?

Où en sont les normes sur le bien-être animal?
Porcs et poulets : exemples de codes de pratiques en place
Les animaux ne sont plus considérés comme des biens meubles
Le transport : l’angle mort du bien-être animal
Comment savoir d’où provient votre viande?
Certifications biologiques à surveiller
Le prix : un indicateur de bien-être?

En 2014, des images de veaux maltraités par un employé dans un élevage à Pont-Rouge, tournées en secret par le groupe de défense des animaux Mercy for Animals, ont fait les manchettes. Le «batteur», filmé en train de s’en prendre physiquement aux bêtes, a été reconnu coupable de cruauté envers les animaux deux ans plus tard.

Certes, ces images sont choquantes, comme nous l’assurent tous les producteurs interrogés pour ce dossier, mais elles ne représentent aucunement les conditions d’élevage au Québec. «Tous les éleveurs aiment leurs animaux et veulent qu’ils aient la meilleure vie possible», fait-on savoir, par exemple, aux Éleveurs de porcs du Québec.

C’est ce que veulent aussi les consommateurs.

À Saint-Cuthbert, à la ferme familiale Saint-Vincent – où sont élevés bovins, dindes, oies, pintades, poules pondeuses et canards –, les visiteurs s’intéressent de plus en plus au bien-être animal, comme le relate Marie-Philippe Saint-Vincent, copropriétaire. «Les choses ont beaucoup changé ces dernières années, dit-elle. On me demande quelles sont les conditions d’élevage, comment les animaux sont transportés, et même des détails sur l’abattoir.»

La curiosité des clients de cette ferme certifiée biologique depuis les années 1990 n’est pas un phénomène unique.

En 2021, un rapport du Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO) révélait que 90 % des Québécois étaient préoccupés par la santé et le bien-être des animaux destinés à la consommation.

L’Observatoire de la consommation responsable signale que 55 % des Québécois adoptent des comportements pour contribuer à la protection des bêtes, tel l’achat de produits provenant d’entreprises ayant de bonnes pratiques envers les animaux.

Du côté des lois et des pratiques, la notion de bien-être animal a aussi évolué. Néanmoins, il reste du chemin à parcourir, selon certains intervenants.

Où en sont les normes sur le bien-être animal?

Elsa Vasseur, titulaire de la Chaire de recherche industrielle CRSNG [Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada]-Novalait-PLC-Valacta sur la vie durable des bovins laitiers, fait partie du comité qui révise le code de pratiques du secteur laitier tous les cinq ans. Elle considère que le bien-être animal doit respecter trois critères : «Il faut un animal en santé physique, capable de produire. On doit lui fournir un environnement qui lui permet d’exprimer au maximum ses comportements naturels. Puis on doit limiter ses émotions négatives, comme la peur et la douleur», énumère-t-elle.

Ces indicateurs sont pris en compte dans les codes de pratiques établis par le Conseil national pour les soins aux animaux d’élevage (CNSAE), un organisme sans but lucratif canadien, en accord avec plusieurs acteurs du secteur agroalimentaire, dont des scientifiques, des producteurs et quelques groupes de défense des animaux.

Les codes de pratiques sont des lignes directrices élaborées à l’échelle nationale sur le soin et la manipulation des animaux de ferme. Chaque secteur a son code, qu’il renforce lui-même, souvent à l’aide de firmes externes. Un exemple : du côté des producteurs de poulets et de dindes, qui sont assujettis à des quotas, une agence embauchée par l’Union des producteurs agricoles (UPA) inspecte annuellement les installations et s’assure que les normes en matière de conditions d’élevage sont respectées. S’il y a infraction, un rapport de non-conformité est remis au producteur, qui doit alors soumettre un plan d’action, sous peine de perdre un pourcentage de son quota annuel.

Plusieurs défenseurs des droits des animaux dénoncent le fait que les secteurs d’élevage sont «autogérés». «Ces normes ne sont pas obligatoires; elles ne sont pas exigées par une loi, déplore Me Sophie Gaillard, directrice de la défense des animaux et des affaires juridiques à la Société pour la prévention de la cruauté envers les animaux (SPCA) de Montréal. C’est quelque chose qu’on ne voit pas dans les autres secteurs. Imaginez si on demandait à l’industrie pétrolière de décider par elle-même ce qui est permis...»

Porcs et poulets : exemples de codes de pratiques en place

Dans l’industrie du porc, les nouvelles normes exigent que d’ici 2024, les truies ne soient plus en cages individuelles, mais logées en groupes dans de plus grands enclos, où elles peuvent jouer entre elles. Elles ne retournent en cage que lorsqu’elles mettent bas, pour éviter le piétinement des porcelets. Selon Les éleveurs de porcs du Québec, d’ici 2022, 90 % des installations porcines devraient être conformes à ces nouvelles règles.

Certains actes douloureux ne sont toutefois pas proscrits, comme l’amputation de la queue du cochon ou la taille des défenses. Le code de pratiques oblige en outre les éleveurs à évaluer régulièrement des solutions de rechange à ces coupes.

La castration des mâles, pour éliminer l’odeur désagréable lors de la cuisson de la viande, est elle aussi toujours autorisée. On exige cependant depuis 2016 que l’intervention soit réalisée avec des analgésiques.

Du côté des Viandes du Breton, qui affirment que le bien-être animal est au cœur de son modèle d’affaires, les cages de gestation ainsi que la coupe de la queue et des défenses des cochons sont interdites. «Nos certifications exigent qu’on donne beaucoup d’espace aux animaux. Quand les cochons ont beaucoup d’espace, ils ne se battent pas entre eux. En fait, quand les cochons sont occupés à vivre leur vie de cochons, tout va mieux», explique Mario Goulet, directeur marketing de l’entreprise de Rivière-du-Loup.

Pour ce qui est du poulet à chair et des poules pondeuses, on favorise de plus en plus les cages avec perchoirs et les volières afin que les volailles bénéficient de plus d’espace et qu’elles puissent prendre des bains de poussière. La taille du bec – dénoncée par les groupes de défense des animaux – est toujours permise, sauf chez les poulets à chair, en raison de leur jeune âge. «​​On le fait pour éviter qu’elles se blessent entre elles», soutiennent Les éleveurs de volailles du Québec. Le code de pratiques recommande toutefois d’utiliser un traitement à l’infrarouge, plutôt qu’une lame chaude, pour limiter la douleur de l’animal.

Les animaux ne sont plus considérés comme des biens meubles

Le Québec a instauré en 2015 la Loi sur le bien-être et la sécurité de l’animal (LBSA), qui a modifié le Code civil du Québec pour que les animaux soient reconnus comme des «êtres doués de sensibilité» plutôt que comme de simples biens meubles.

Selon cette loi, le transport des animaux est interdit s’il peut leur causer des souffrances; la personne qui effectue l’abattage doit s’assurer que ses méthodes minimisent la douleur et l’anxiété chez l’animal; et la méthode d’abattage doit «produire une perte de sensibilité rapide, suivie d’une mort prompte».

Par contre, les animaux d’élevage sont exclus de la plupart des articles principaux qui réglementent la quantité d’eau et de nourriture à laquelle l’animal doit avoir accès; la salubrité de l’espace de vie; et les abus et mauvais traitements. D’après l’article 7 de la LBSA, les activités agricoles sont permises si elles sont «pratiquées selon les règles généralement reconnues».

«Cette exemption est extrêmement problématique, réplique Me Sophie Gaillard, de la SPCA de Montréal. Ce qu’on veut, c’est une réglementation détaillée qui ne laisse pas place à l’interprétation, ainsi que des inspections systématiques de la part du gouvernement.»

Les changements législatifs de 2015 sont insuffisants également aux yeux de Valéry Giroux, membre du Centre de recherche en éthique. La docteure en philosophie mène des travaux sur l’éthique animale d’un point de vue antispéciste. Ce mode de pensée réfute la notion de hiérarchie et de supériorité entre toutes les espèces animales et, surtout, entre les êtres humains et les animaux. «On n’a pas de raisons de leur donner un statut inférieur à celui des êtres humains, qui sont considérés comme des personnes physiques. Loi ou pas, les animaux continuent à être des ressources à notre disposition», souligne-t-elle.

Le transport : l’angle mort du bien-être animal

De l’avis de la SPCA de Montréal, le transport reste plus particulièrement un problème. En 2019, dans la publication d’une modification au Règlement sur la santé des animaux, le gouvernement fédéral indiquait qu’au Canada, 1,59 million d’animaux d’élevage transportés étaient déclarés morts à leur arrivée à destination finale.

C’est le gouvernement fédéral qui réglemente le transport des animaux d'élevage et les abattages au pays. Le Code criminel canadien prévoit d’ailleurs que la cruauté et la négligence envers les animaux constituent des infractions.

Le gouvernement a entre autres harmonisé certaines de ses exigences avec celles de l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE), dont le Canada est membre. Celle-ci recommande entre autres de limiter la durée du transport.

Depuis, les périodes maximales permises sans aliments, eau et repos sont de 36 heures pour les bovins et de 28 heures pour les porcs. Les véhicules doivent pouvoir évacuer la chaleur et être munis d’une méthode de ventilation «adéquate». En cas de conditions météo extrêmes – comme une canicule ou une vague de froid – et d’impossibilité pour le transporteur de garantir la sécurité des animaux pendant le déplacement, les voyages «peuvent avoir besoin» d’être remis à plus tard.

Insatisfaite de ces mesures, la SPCA de Montréal demande à Ottawa d’améliorer l’encadrement du transport des animaux de ferme en exigeant la climatisation et le chauffage dans les véhicules et en publiant des barèmes détaillés sur les températures maximales et minimales permises dans les camions, ainsi que sur l’espace minimal à attribuer aux bêtes.

Comment savoir d’où provient votre viande?

Pas facile de savoir si la viande que vous achetez a été bien élevée et bien transportée… Au Canada, il n’est pas obligatoire d’indiquer la provenance des produits sur les emballages de viande ou de produits dérivés. Les règles en matière de traçabilité concernent seulement les bêtes vivantes et servent surtout à surveiller et à contrôler les animaux en cas de crise sanitaire. Il existe cependant une exception à la règle : les produits préemballés qui viennent de l’étranger doivent en effet afficher le pays d’origine sur l’emballage. Toutefois, si la viande étrangère est transformée et emballée ici, impossible d’en connaître la provenance.

Le-porc-du-Quebec

Le porc du Québec

Le-poulet-du-Quebec

Poulet Québec

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Bœuf Québec

Pour vous assurer d’acheter de la viande d’ici, repérez les logos des Éleveurs de porcs et des Éleveurs de volailles du Québec, qui sont bien présents dans les frigos des épiceries. Pour le bœuf, c’est moins évident. Au Maxi, Provigo et IGA ainsi que dans certaines boucheries, vous pourrez trouver la marque Bœuf Québec, lancée en 2017 par la Société des parcs d’engraissement du Québec, une association sans but lucratif qui regroupe les producteurs de bovins d’abattage au Québec.

Le tout se complique si vous voulez identifier la viande provenant d’un élevage qui répond à vos valeurs. Alors que les œufs sont étampés avec un code qui permet de retracer l’éleveur au moyen du site internet oeuf.ca, c’est loin d’être le cas pour les autres secteurs. «C’est quelque chose qu’on aimerait avoir. On a une obligation de signaler tous les déplacements de nos animaux, mais cette traçabilité-là ne se rend pas jusqu’à l’assiette des consommateurs», déplore le président de l’Union des producteurs agricoles (UPA), Marcel Groleau.

Les viandes de petits éleveurs – ou, du moins, de ceux qui vendent leurs produits directement aux consommateurs – sont plus facilement retraçables, car la chaîne d’approvisionnement est très courte. À la ferme Saint-Vincent par exemple, la viande se retrouve sur les tablettes de quelques épiceries spécialisées, mais principalement dans ses propres boucheries, situées aux marchés Atwater et Jean-Talon, à Montréal. «Tout est vendu préemballé, avec notre propre étiquetage, pour éviter que la viande soit remanipulée», explique la copropriétaire Marie-Philippe Saint-Vincent.

Certifications biologiques à surveiller

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Les certifications biologiques s’avèrent une bonne avenue pour les consommateurs qui ont à cœur le bien-être animal et le traitement «humain» des bêtes. Au Canada, pour être certifié biologique, un producteur doit par exemple «démontrer qu’il s’engage à promouvoir le bien-être animal» et ne recourir aux modifications physiques que si elles sont «absolument nécessaires à la santé, au bien-être ou à l’hygiène des animaux, pour les identifier ou pour des raisons de sécurité». Les animaux doivent notamment avoir accès aux aires extérieures, ne pas être attachés continuellement (à l’exception des vaches laitières), avoir une liberté de mouvement et vivre dans un enclos propre, sec, confortable et recouvert de litière.

Surveillez par exemple les sigles des organismes Québec Vrai et Ecocert. Il existe d’autres certifications moins répandues en grande surface, mais qui sont généralement fièrement affichées sur les sites internet des producteurs visés. Le sceau de la SPCA de la Colombie-Britannique ou de l’Ontario permet d’identifier les produits qui viennent de fermes respectant leurs attentes en ce qui a trait aux bâtiments, à la nourriture des animaux, à leur transport et à leur manipulation. Par exemple, les poules pondeuses ne peuvent pas vivre en cage, et les pratiques douloureuses comme l’écornage (l’ablation des cornes) sont interdites. Recherchez également le sigle Certified Humane, qui certifie que les productions respectent une série de critères détaillés pour tous les types d’élevages, notamment une diète sans antibiotiques ni hormones de croissance.

De son côté, la ferme Saint-Vincent s’affiche «Animal Welfare Approved», une certification américaine dont les responsables peuvent envoyer des inspecteurs au Québec. Elle garantit notamment que les animaux sont élevés à l’extérieur dans des pâturages.

Le prix : un indicateur de bien-être?

«Il y a évidemment un coût à avoir des méthodes d’élevage différentes», indique Mario Goulet, des Viandes du Breton. L’entreprise familiale de viande porcine, alimentée par un réseau de 400 fermes, est certifiée par de nombreux organismes surveillant le bien-être des animaux, comme Global Animal Partnership et Certified Humane. Leurs producteurs suivent des règles strictes qui dépassent les attentes du gouvernement et de l’industrie. Et, oui, leurs produits coûtent plus cher que les barquettes «non certifiées» à l’épicerie.

Le prix reflète les dépenses additionnelles des producteurs qui respectent vos valeurs, comme les coûts de chauffage et d’éclairage des bâtiments plus grands laissant entrer la lumière, l’entretien des espaces extérieurs couverts de litière ou de paille et de la nourriture biologique sans organismes génétiquement modifiés (OGM).

Du côté des Viandes du Breton, on nous dit qu’il faut aussi compter le temps des employés chargés de faire respecter les normes et les exigences de l’entreprise.

Pourtant, le consommateur moyen ne semble pas prêt à payer plus cher pour un paquet de «viande bien élevée», comme le constate Marcel Groleau, de l’UPA. «S’adapter représente des centaines de millions de dollars. Si on veut répondre aux normes sociétales, mais qu’on n’est pas capables de refléter ces coûts sur les tablettes des épiceries, il va falloir que le gouvernement nous aide», prévient-il.

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