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La gestion privée du patrimoine, mode d'emploi

Par Emmanuelle Gril Mise en ligne : 13 septembre 2019  |  Magazine : octobre 2019 Shutterstock.com

gestion-du-patrimoine Shutterstock.com

Ce type de gestion financière et patrimoniale n’est pas qu’un privilège réservé aux personnes ultrariches. Voyez ce qu’elle pourrait vous apporter dans la conduite de vos investissements, la planification de votre retraite ainsi que votre stratégie testamentaire.

À 60 ans, Gilles* commence à lorgner la retraite. Cet entrepreneur très actif aspire à un peu de repos et compte bien profiter des fruits du travail de toute une vie. Sa conjointe, Josiane*, souhaite elle aussi prendre sa retraite d’ici cinq ans, lorsqu'elle quittera son emploi de conseillère en ressources humaines au sein d’une compagnie pharmaceutique.

À eux deux, ils ont accumulé plusieurs centaines de milliers de dollars dans leurs régimes enregistrés d’épargne-retraite (REER) et leurs comptes d’épargne libres d’impôt (CELI). Ils sont aussi propriétaires d’une coquette maison sur la Rive-Sud et d’une résidence secondaire dans les Cantons-de-l’Est. Au total, ils sont à la tête d’un patrimoine de près de 1,5 million de dollars.

À l’horizon se profile le transfert de l’entreprise de Gilles aux enfants et, tôt ou tard, la distribution des avoirs des deux conjoints à leur décès. Relativement complexe, la situation du couple requiert donc un œil bien aiguisé, mais surtout les compétences de professionnels de différents domaines.

En d’autres mots, Gilles et Josiane sont des candidats tout désignés pour la gestion privée de patrimoine.

Avec sa vision globale de type « 360º », ce style de gestion permet en effet d’adopter une stratégie financière et patrimoniale intégrée. « Pour l’illustrer, on pourrait utiliser l’analogie d’un médecin de famille qui dirige le patient vers des spécialistes en fonction de ses besoins », explique Fabien Major, planificateur financier et conseiller en sécurité financière à Major Gestion privée, une succursale de Gestion de patrimoine Assante.

Par exemple, un notaire s’occupera de rédiger le testament, alors qu’un fiscaliste élaborera une stratégie afin que la succession paye moins d’impôt au moment du décès. « C’est une approche holistique qui recouvre tous les aspects : gestion du crédit, épargne, placements, fiscalité, planification successorale, besoins en assurances, etc. », précise Francis Sabourin, planificateur financier et directeur de Francis Sabourin, Gestion de patrimoine (affilié à Richardson GMP).

Vous voulez savoir si la gestion privée de patrimoine s’adresse à vous ? Cet article vous aidera à trouver la réponse.

*Les prénoms sont fictifs.

>> À lire aussi: tous nos articles sur la succession et les testaments

Une clientèle aisée

La gestion privée de patrimoine est généralement réservée à une clientèle qui détient des actifs importants : comptes bancaires, CELI, REER, placements, biens immobiliers, entreprise, etc. Les institutions et firmes qui proposent ce type de services (lisez l’encadré page 47) accueillent des clients disposant d’un patrimoine d’au moins 400 000 ou 500 000 $, mais 1 million de dollars d’actifs constitue souvent la somme minimale. C’est beaucoup, direz-vous ? Cela peut grimper plus vite que vous le croyez, surtout en incluant la valeur d’une entreprise ou de biens immobiliers.

« Parmi nos clients, nous avons par exemple de nombreux gens d’affaires et des professionnels qui détiennent de bons fonds de pension, mais aussi des retraités qui ont hérité de leurs parents, illustre Jean-Maurice Vézina, conseiller principal et fondateur du cabinet Jean-Maurice Vézina, affilié à IG Gestion privée de patrimoine. À noter que nous incluons aussi le conjoint dans la démarche, ce qui est crucial si l’on veut prendre de bonnes décisions en matière de fiscalité et payer moins d’impôt. » Une pratique qui est commune à la plupart des acteurs dans l’industrie.

La complexité de la situation de la clientèle est un aspect important à considérer. Si les besoins sont relativement simples, il n’y a pas d’intérêt à avoir recours à la gestion privée de patrimoine. Pensons par exemple à une personne qui n’aurait pas de conjoint, d’héritiers ou d’entreprise à transférer, ou qui serait seulement intéressée par le volet « gestion de portefeuille ».

Normand Caron, responsable de la formation financière au Mouvement d’éducation et de défense des actionnaires (MÉDAC), ajoute que la gestion privée de patrimoine est bien adaptée aux besoins des personnes nanties qui préfèrent ne pas s’impliquer dans la gestion quotidienne de leurs affaires. 

Les clients qui souhaitent s’occuper eux-mêmes de leurs placements – en faisant affaire avec une firme de courtage à escompte, par exemple – n’y trouveront pas leur compte.

Tout dépend, donc, de votre profil et de la part active que vous souhaitez prendre dans vos affaires. « Certaines personnes fonctionnent à la pièce et consultent elles-mêmes les spécialistes en fonction de leurs besoins, tandis que d’autres préfèrent avoir tout sous un même toit », reconnaît Normand Caron. Celui-ci rappelle toutefois qu’il n’est pas nécessaire de consulter certains experts sur une base régulière : « On voit un notaire deux ou trois fois dans une vie et on n’a pas nécessairement besoin de consulter un planificateur financier chaque année », fait-il remarquer.

Les services offerts

Gestion des placements, optimisation fiscale, planification financière et testamentaire, planification des dons philanthropiques… La gestion privée de patrimoine englobe un bouquet de services reposant sur une équipe de gestion intégrée dont l’objectif est de préserver le capital accumulé du client en tenant compte des risques du marché et de la fiscalité.

Règle générale, il est nécessaire d’avoir recours à différents types de professionnels pour bénéficier de tous ces services. Si vous optez pour la gestion privée de patrimoine, ces spécialistes travaillent directement dans le cabinet avec lequel vous faites affaire. Certains peuvent cependant être employés d’une firme avec laquelle le cabinet est affilié.

« Nos clients peuvent compter sur une équipe constituée d’experts en placement, de fiscalistes, de planificateurs financiers, de notaires et de comptables, notamment. Par exemple, un de nos clients est un homme d’affaires qui vient d’acheter une nouvelle compagnie. Il a pu s’asseoir avec notre fiscaliste pour discuter de stratégie fiscale et de la structure corporative de son entreprise », indique Jean-Maurice Vézina.

En gestion privée de patrimoine, le client reçoit donc un traitement personnalisé. On est loin des conseillers-robots ! Les premiers rendez-vous avec le gestionnaire visent d’ailleurs à tracer le portrait financier le plus juste possible du client. « Nous préparons avec lui un bilan exhaustif de son patrimoine (actif et passif). C’est une bonne discussion qui peut se dérouler sur plusieurs rencontres », souligne Francis Sabourin.

Il faut aussi cerner les besoins et les souhaits du client. Par exemple, quels sont ses objectifs en matière de style de vie, aujourd’hui et à la retraite ? Souhaite-t-il transférer son entreprise à l’un de ses enfants ou à un acheteur extérieur ? Désire-t-il laisser des biens en héritage ? (Si oui, lesquels, et à qui ?) Fabien Major mentionne également que certains clients veulent non seulement transmettre des biens à leurs enfants, mais aussi faire en sorte que ces derniers ne dilapident pas leur héritage. « Dans ce cas, on pourrait recommander la mise sur pied d’une fiducie successorale, qui assurera la gestion des avoirs après le décès des parents », illustre le planificateur financier et conseiller en sécurité financière.

Un plan d’action détaillé

Viennent ensuite le travail d’analyse et la préparation d’un plan d’action détaillé, ce qui peut prendre quelques semaines. Ce rapport est ensuite remis au client lors d’un rendez-vous durant lequel le plan lui est expliqué en détail. « Nous lui fournissons une grille des actions à poser avec la marche à suivre. Ensuite, nous assurons un suivi étroit, avec des rencontres plusieurs fois par an – au moins chaque trimestre –, pour faire le point et revoir la stratégie au besoin », précise Jean-Maurice Vézina.

Ainsi, dans le cas de Gilles et Josiane, le plan prévoira par exemple la somme qu’ils devront épargner chaque année pour conserver leur train de vie à la retraite, ainsi que la stratégie détaillée pour y parvenir (placements, cotisations aux REER et aux CELI, investissement, etc.). Mais pas seulement ! Un plan optimisant le décaissement des actifs à la retraite sera aussi conçu, incluant la vente éventuelle de leur propriété lorsque celle-ci sera devenue trop grande et trop exigeante côté entretien.
Parallèlement à cela, Gilles et Josiane recevront des recommandations à propos de leurs assurances afin d’être bien protégés en cas de décès, d’invalidité ou de maladie grave. 

Puisque Gilles est entrepreneur, il pourra rencontrer un évaluateur agréé afin d’estimer la valeur de son entreprise, et différents scénarios pour la vente ou le transfert de celle-ci seront analysés.

En prévision de leur fin de vie, Gilles et Josiane profiteront également d’une révision du contenu de leurs testaments et mandats de protection, au besoin. En outre, le gestionnaire les aidera à minimiser l’impôt que devra payer la succession après leur décès, et plusieurs scénarios seront examinés dans le but de réunir les montants à débourser à ce moment-là. 
« Si un client souhaite renégocier son hypothèque, nous lui donnons aussi accès à un courtier hypothécaire. S’il a besoin de crédit (prêt, marge, financement), un spécialiste dans le domaine pourra également intervenir. Mais en tout temps, ce travail se fait en collégialité », indique Francis Sabourin. 

« Les clients peuvent s’appuyer sur la force de l’équipe », renchérit Jehan Vekemans, vice-président de la division Stratégie d’affaires et opérations à Gestion privée 1859 Banque Nationale. L’homme précise par ailleurs que chaque client a son propre cycle de vie, ce qui détermine ses besoins spécifiques. Par exemple, un entrepreneur aura souvent besoin de plus de financement au début de ses activités. « Nous nous adaptons et nous modulons les services au fur et à mesure », dit-il.

>> À lire aussi: Les 3 types de testaments reconnus au Québec et Comment rendre officiel un testament non notarié

La gestion des placements

En gestion privée de patrimoine, une solution sur mesure et personnalisée est élaborée pour chaque client en fonction de son profil d’investisseur, lequel tient compte notamment de sa tolérance au risque, de ses objectifs et de son horizon de placement.

Le client en question peut aussi bénéficier d’un éventail de produits financiers plus diversifiés que ceux auxquels un investisseur ordinaire a accès avec son conseiller en placement, où l’offre se limite souvent à des fonds communs, à des fonds négociés en bourse ou à des paniers de titres structurés par les banques. On lui proposera par exemple des caisses communes en actifs réels, c’est-à-dire incluant des investissements dans l’immobilier ou les infrastructures. 

« Puisque notre cabinet est indépendant, nous pouvons proposer tous les produits de l’industrie, explique Fabien Major. On a recours à des gestionnaires à l’interne, mais aussi à des gestionnaires externes de caisses de retraite ou même de firmes concurrentes, car c’est le meilleur intérêt du client qui guide nos choix. »

De son côté, Gestion privée 1859 Banque Nationale prône une gestion discrétionnaire à architecture ouverte. « Cela signifie que les placements sont confiés à des gestionnaires de portefeuille externes. Ce mode de fonctionnement permet de choisir parmi les meilleurs experts dans les différentes catégories : actions canadiennes ou américaines, marchés émergents, revenus fixes, etc. », indique Jehan Vekemans. 

>> À lire aussi: Les 10 erreurs des investisseurs débutants

Des frais dégressifs 

De tels services ont évidemment un coût. À ce chapitre, les pratiques diffèrent selon les firmes ou institutions. Première chose à savoir : les frais sont dégressifs, c’est-à-dire que les clients bénéficient de réductions au fur et à mesure que leur actif augmente.

De plus, on parle généralement de frais dégroupés, c’est-à-dire séparés et transparents. Frais de conseils et frais de gestion sont clairement distingués.

Les frais de conseil rémunèrent le travail du conseiller sur les placements, sur la planification financière, fiscale et successorale, etc. Ils varient habituellement entre 0,65 et 0,9 %, calculés sur le montant des actifs sous gestion. Absolument tout est inclus : la planification ; l’accès aux conseils et aux services des experts et spécialistes ; le suivi personnalisé ; etc. La firme s’occupera même de vos déclarations de revenus.

Les frais de gestion, quant à eux, sont inhérents aux produits gérés et diffèrent selon la catégorie : ils varient de 0 % (produits de base à revenus fixes, par exemple) à 1,3 % (pensons à un portefeuille plus complexe composé d’actions).

Au total, vous pourriez donc payer de 6 500 à 22 000 $ par année pour ces services, si vos actifs s’élèvent à 1 million de dollars. Ces chiffres sont théoriques puisqu’ils ne tiennent pas compte de la dégressivité des frais appliquée par les firmes, mais ils vous donnent une idée de ce à quoi vous devez vous attendre. Il vaut donc la peine non seulement de rencontrer différents gestionnaires avant d’en choisir un, mais également de bien négocier vos frais.

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Montant du transfert intergénérationnel de richesses envisagé pour la période 2016‑2026 au Canada.

Source : Favoriser l’évolution des services-conseils au Canada, rapport de l’Organisme canadien de réglementation du commerce des valeurs mobilières et d’Accenture (mars 2019).

Qui sont les acteurs sur le marché ?

L’offre est diversifiée. On trouve évidemment les grandes institutions financières, dont la plupart ont suivi la tendance et mis sur pied un volet de gestion privée de patrimoine. Pensons par exemple à Gestion privée 1859 Banque Nationale, à BMO Gestion privée, à Desjardins Gestion de patrimoine, à RBC Gestion de patrimoine, etc.

Les assureurs sont aussi des joueurs importants dans l’industrie ; c’est le cas d’IG, de Sun Life ou de Manuvie. Enfin, on dénombre plusieurs cabinets indépendants, qui peuvent être associés ou non à une institution bancaire, à un assureur ou à une société de gestion de patrimoine (Assante, Richardson GMP, etc.).

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