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Quelle est la différence entre une banque, une néobanque et une « fintech » ?

Par Jean-Luc Lavallée
Quelle est la différence entre une banque, une néobanque et une « fintech » ? MMD Creative/Shutterstock.com

L’écosystème financier est en pleine mutation au pays, ce qui peut créer de la confusion entre les établissements traditionnels et les nouveaux acteurs technologiques. Voici ce qui permet de les distinguer.

Même pour un expert, « c’est difficile parfois de comprendre le statut légal derrière différentes entités », reconnaît Maher Kooli, professeur titulaire à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM. Les nuances sont si nombreuses et le jargon est si compliqué qu’il est donc tout à fait normal que le grand public s’y perde aussi et peine à les différencier.

Banque traditionnelle (banque à charte)

« C’est une institution qui détient une charte bancaire fédérale. Qui dit charte bancaire dit automatiquement membre de la Société d’assurance-dépôts du Canada (SADC) », explique Maher Kooli. La SADC protège les dépôts admissibles en cas de faillite d’une institution membre, jusqu’à concurrence de 100 000 $ par déposant et par catégorie de dépôts.

« La banque traditionnelle offre par ailleurs une gamme complète de services financiers (dépôts, placements, prêts personnels, prêts hypothécaires, assurances et autres). Mais la chose la plus importante, c’est qu’elle a pignon sur rue au Canada, donc elle a un réseau de succursales physiques. Les fameuses Big Six (en ordre d’importance : RBC, TD, BMO, Scotia, CIBC et BNC) sont toutes des banques traditionnelles. C’est un secteur très conservateur sur le marché canadien par rapport au marché américain. »

Caisse (coopérative financière)

Contrairement aux banques, les caisses ne sont pas des sociétés par actions, mais des coopératives dont les membres sont collectivement propriétaires. Le Mouvement Desjardins domine largement au Québec, mais il existe d’autres coopératives de crédit (credit unions) ailleurs au pays, notamment en Ontario et au Nouveau-Brunswick.

Une distinction importante : les membres des caisses peuvent participer à la gouvernance – en votant notamment lors des assemblées – et peuvent recevoir une part des excédents sous forme de ristournes. Les dépôts ne sont pas couverts par la SADC, mais par l’Autorité des marchés financiers au Québec.

Banque numérique

Une banque en ligne ou « une banque numérique [comme Tangerine ou la Banque Manuvie] est une institution qui a également une charte bancaire; elle est donc membre aussi de la SADC. Mais la particularité ici, c’est que les opérations se font principalement en ligne [sur le Web ou avec une application mobile]. Il n’y a pas de lieux physiques, contrairement à la banque traditionnelle. Mais elle reste quand même soumise aux mêmes exigences réglementaires que les banques traditionnelles », souligne Maher Kooli.

Néobanque

Largement utilisé dans les médias et sur le Web, ce terme générique un peu fourre-tout ne correspond à aucune catégorie juridique reconnue au Québec ni au Canada. Selon le contexte, celui ou celle qui l’emploie peut vouloir désigner tantôt une fintech, tantôt une banque 100 % en ligne. « Ce terme ou ce statut-là n’existe pas dans la réglementation. C’est plutôt un terme de marketing », insiste le professeur Kooli.

L’Office québécois de la langue française définit pour sa part une néobanque comme une entreprise de technologie financière (autrement dit une fintech) qui offre certains services bancaires en ligne sans frais ou à frais réduits, principalement sur application mobile, sans avoir de succursales physiques.

Fintech 

Ce terme très large, issu de la contraction de « finance » et de « technologie », désigne une catégorie d’entreprises qui placent la technologie au cœur de la prestation de services financiers, qu’il s’agisse de paiements, d’épargne, de crédit, d’investissement, d’assurance ou de gestion financière. « Une fintech n’est pas une banque et ce n’est pas nécessairement une néobanque non plus. L’exemple le plus concret, c’est celui de Wealthsimple », selon Maher Kooli.

Les fintechs ne constituent pas une catégorie réglementaire distincte en soi, mais elles peuvent être soumises à une réglementation importante selon les activités qu’elles exercent (courtage en valeurs mobilières, gestion de portefeuille, assurance, prêts encadrés par la Loi sur la protection du consommateur, etc.).

Il faut retenir que toutes les néobanques sont des fintechs, mais que l’inverse n’est pas vrai. Ces deux désignations ne sont pas toujours interchangeables.

Les six géants du système bancaire canadien

Êtes-vous familier avec les « Big Six »? Ce terme désigne les six piliers du système bancaire canadien. À elles seules, ces grandes banques (par ordre d’importance : RBC, TD, BMO, Scotia, CIBC et BNC) contrôlent de 90 à 93 % des actifs bancaires au pays environ, selon les données disponibles.

Autrefois, on faisait davantage référence aux « Big Five », soit les cinq plus grandes banques, en excluant la Banque Nationale. Mais cette dernière, avec ses récentes acquisitions, a pris de l’ampleur. Le Bureau du surintendant des institutions financières la considère aujourd’hui comme une banque d’importance systémique au Canada. Cela signifie qu’une faillite ou des difficultés qui la toucheraient pourraient perturber l’économie canadienne, estime le régulateur.

Les deux plus gros acteurs – la Banque Royale du Canada et la Banque TD – ont un tel poids dans l’écosystème bancaire qu’on les considère même comme des banques d’importance systémique « mondiales ». Leur stabilité est jugée cruciale pour l’économie planétaire, en raison de leur taille et de leur interdépendance avec d’autres banques d’envergure.

Aux fins de comparaison, la fintech Wealthsimple, qui détient plus de 155 G$ d’actifs sous son administration (selon ses résultats trimestriels dévoilés le 29 juillet dernier), demeure environ six fois plus petite que la Banque Nationale, laquelle gère environ 6 % des actifs bancaires au pays.

À lire aussi : Palmarès des institutions financières traditionnelles, Palmarès des institutions financières virtuelles et Êtes-vous prêt à passer à une banque virtuelle?

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