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Débit, crédit ou mobile?

Par Marc-André Sabourin
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Pour les 40 ans de Protégez-Vous, nous avons ciblé des grandes luttes qui feront parler d’elles au cours de la prochaine décennie. Voici l'une d'elles: le risque d'endettement lié à l'essor du paiement mobile.

Avec l’arrivée du paiement mobile, acheter n’a jamais été aussi facile. Il est temps de songer à l’impact que cela aura sur la santé financière des Québécois.

Il n’est désormais plus nécessaire de traîner de la petite monnaie dans votre voiture pour vous garer au centre-ville de Montréal. Pas plus qu’une carte de crédit. Depuis juin  2012, il suffit de sortir votre téléphone intelligent pour payer le parcomètre. Vous entrez votre numéro de stationnement dans l’application «P$ Service mobile», vous choisissez une durée et c’est réglé. Le montant est immédiatement facturé à votre carte de crédit, préalablement enregistrée dans l’application.

>> À lire aussi: Le début de la fin des énergies fossiles?, La déconsommation, bonheur assuré? et L'économie responsable, c'est possible?

Si vos courses se prolongent, vous n’avez qu’à recharger le parcomètre à distance avec votre cellulaire. Déjà en septembre 2012, après seulement quatre mois d’existence, l’application comptait 42 000 utilisateurs, selon Stationnement Montréal.P$ Service mobile n’est qu’un exemple parmi d’autres qui illustre l’émergence du paiement mobile. Votre numéro de carte de crédit est peut-être déjà enregistré sur iTunes, sur ­Amazon.ca et sur votre profil PlayStation. Envie d’un café chez Starbucks? Vous pouvez maintenant utiliser votre cellulaire pour payer.

Et encore: dans certains commerces des États-Unis, vous n’avez rien à sortir de vos poches. Il suffit de donner votre nom au caissier, qui facture le montant sur une application reliée à votre téléphone. L’objectif premier du paiement mobile est de «faciliter» les transactions, de les rendre «sans contact». Un rêve pour les consommateurs qui, un jour, n’auront plus besoin de traîner un portefeuille ou de faire la file à la caisse. Un rêve aussi pour les commerçants qui ne souhaitent qu’accéder à leurs données d’achats pour faire du marketing ciblé. Mais dépenser sans y penser, est-ce dépenser sans compter?

Payer les yeux fermés

Les diverses méthodes de paiement implantées depuis la deuxième moitié du 20e siècle ont eu pour conséquences de «virtualiser» les transactions. En tendant une simple carte de plastique ou en signant un document qui vous engage à régler la note plus tard, l’impression de dépenser est beaucoup plus abstraite que si vous remettiez au commerçant une liasse de billets. «En payant avec un appareil qui sert d’abord à communiquer, le sentiment sera encore plus flou», s’inquiète Gabriele Roehl, porte-parole de la Coalition des associations de consommateurs du Québec (CACQ).

Pour l’instant, le paiement mobile sert surtout à régler de petites dépenses. Lors d’un projet pilote mené de 2011 à 2012 dans huit commerces (bar, cafétéria, restaurants, librairie, etc.) à l’École de technologie supérieure, à Montréal, on a calculé que les étudiants dépensaient en moyenne 5,40 $ par transaction mobile. «C’est l’accumulation de tous ces petits achats qui surprend souvent les consommateurs, souligne Gabriele Roehl. Un café ici, un sandwich là… Rapidement, les sommes s’additionnent sans qu’on ne le réalise vraiment.»

En 2009, une étude de la CACQ sur le commerce en ligne chez les 30-45 ans révélait que 22 % des utilisateurs effectuaient des achats non prévus lorsqu’ils magasinaient sur le Web. Dépenser sous le coup de l’impulsion est facile lorsqu’il suffit de cliquer pour acheter. Et tout porte à croire qu’il en ira de même avec le paiement mobile.

Vous avez sûrement déjà laissé tomber un achat superflu alors que vous attendiez en file devant une caisse. Lorsque vous n’aurez même plus à sortir votre téléphone de votre poche pour payer, «le moment de réflexion entre l’apparition du désir et sa satisfaction disparaîtra», dit Léa Gamache, analyste des politiques et de la réglementation en matière de finances personnelles et d’endettement à l’Union des consommateurs. Bonjour les achats impulsifs!

Les jeunes constituent l’un des groupes les plus à risque, car ils seront les premiers à adopter le paiement mobile pour régler leurs achats. Et de surconsommation à surendettement, il n’y a qu’un pas. «Le problème n’est pas tant la technologie utilisée pour payer que l’accès facile au crédit», croit Jacinthe Cloutier, doctorante en psychologie du consommateur à l’Université du Québec à Trois-Rivières.

Course technologique

Tandis que certaines associations de consommateurs s’inquiètent, le paiement mobile prend de plus en plus d’ampleur. Selon le s prévisions de Gartner, une firme de recherche et d’analyse spécialisée dans les technologies de l’information, les transactions effectuées par paiement mobile à l’échelle mondiale devraient dépasser les 170 milliards de dollars en 2012, une hausse de 61,9 % par rapport à l’année précédente. Un chiffre impressionnant, quoique marginal lorsqu’on le compare aux transactions traditionnelles.

Ce n’est toutefois qu’une question de temps avant que l’ensemble de la planète adopte les nouvelles technologies de paiement. Dans une étude conjointe réalisée par le Pew Research Center – un organisme qui fournit des informations sur les tendances américaines et mondiales – et la Elon University, en Caroline du Nord, pas moins de 65 % des experts (professeurs, chercheurs, critiques, etc.) du milieu de la technologie sondés estiment qu’en 2020 l’argent et les cartes de crédit auront disparu de nos poches au profit des téléphones intelligents.

D’ici là, la course pour développer la technologie et les normes que tous utiliseront bat son plein. Les grandes compagnies de crédit, Visa et MasterCard en tête, sont dans la mêlée depuis longtemps, mais elles jouent du coude avec des compétiteurs inattendus. Parmi eux figurent:

  • la jeune entreprise Square, lancée par le fondateur de Twitter;
  • eBay avec son géant du paiement en ligne PayPal;
  • Google et son Google Wallet;
  • et même Apple avec son application Passbook, sortie en même temps que l’iPhone 5.

Impossible pour l’instant de prévoir qui gagnera cette course technologique. Chose certaine, vous aurez encore besoin d’un compte de banque, car les technologies promues par la plupart des joueurs relient le téléphone à une carte de débit, une carte de crédit ou les deux.

Et la législation dans tout ça?

De leur côté, les gouvernements et les organismes régulateurs du commerce et des services financiers essaient tant bien que mal de suivre le rythme imposé par l’industrie. «Les conditions d’utilisation des services de paiement mobile changent constamment et la masse d’information est telle que moi-même je ne comprends pas tout!» s’exclame Brigitte Acoca, avocate à l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) pour le comité Politique des consommateurs.

L’OCDE révise ses lignes directrices sur le commerce électronique, qui datent de 1999, afin d’y inclure les paiements mobiles. «Nos principales préoccupations concernent la transparence de l’information accessible aux consommateurs, la sécurité et la vie privée», indique Brigitte Acoca en entrevue depuis Paris. La révision devrait être complétée d’ici un an. «Les pays membres pourront ensuite s’inspirer de nos lignes directrices pour adopter des lois et des règles appropriées», ajoute-t-elle.

En avril  2012, l’avocate a participé à un séminaire sur les paiements mobiles organisé par la Federal Trade Commission (FTC), organisation gouvernementale américaine chargée de la protection des consommateurs. Pendant une journée, des représentants de l’industrie, des organismes de défense des droits des consommateurs et des experts de la technologie ont discuté des défis actuels et futurs.

Parmi les sujets abordés dans les tables rondes et dans la vingtaine de mémoires déposés à la FTC figurent, encore une fois, les aspects de la vie privée, de la sécurité et du cadre légal du paiement mobile. Jamais la question des conséquences sur la consommation et sur l’endettement n’a été soulevée.

«C’est un élément sur lequel nous n’avons pas de statistiques», explique Susan Grant, directrice de la protection du consommateur à la Consumer Federation of America, à Washington. Elle s’inquiète toutefois du marketing abusif que pourraient permettre les paiements mobiles. Si la technologie dominante rend accessibles les données d’achats, les marchands pourraient bombarder les utilisateurs d’offres et de coupons pour encourager les achats impulsifs.

>> À lire aussi: Plus de 160 façons d’échanger des biens ou des services

Contrôler ses dépenses

En attendant que le gouvernement agisse pour encadrer davantage le crédit, comme le souhaite notamment la CACQ, la solution pour prévenir l’endettement, qu’il soit causé par les paiements mobiles ou non, demeure de faire un budget… et de le suivre. « Il y a tellement de programmes de sensibilisation et d’aide. Pourtant, le message ne semble pas passer», déplore Jacinthe Cloutier, doctorante en psychologie du consommateur à l'Université du Québec à Trois-Rivières.

Force est d’admettre que budgéter demande du temps et de la patience, que beaucoup de gens n’ont pas. Paradoxalement, la solution pourrait provenir…des cellulaires. Les données concernant les habitudes de consommation, celles-là mêmes qui font saliver les publicitaires, s’avèrent un outil précieux pour les consommateurs eux-mêmes.

Déjà, des applications pour téléphones intelligents produisent automatiquement des rapports clairs et détaillés de vos dépenses et peuvent vous avertir lorsque vous dépassez vos objectifs financiers. Reste à savoir si ces applications respectent bien la sécurité et la vie privée des utilisateurs. Dans un monde idéal toutefois, si votre cellulaire peut dépenser pour vous, alors aussi bien le faire compter.

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  • Par MARIE-FRANCE LAPOINTE
    09 Septembre 2020

    Pendant que l'on accélère les transactions, on nous demande de scanner nos articles dans les magasins!!!