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En route vers Internet haute vitesse partout

Par Maxime Johnson
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Le compte à rebours est commencé : d’ici un an, tous les Québécois devraient pouvoir accéder à Internet haute vitesse.

Margaux Payment aime regarder Netflix. Mais à la troisième semaine de chaque mois, cette résidente de Notre-Dame-du-Laus, dans les Laurentides, doit mettre son passe-temps sur « pause » quelques jours : même si elle le voulait, aucun forfait internet illimité n’est accessible dans son secteur.

« Et c’est parfois lent. Je dois alors attendre de 20 à 30 secondes pour charger une page », explique cette retraitée abonnée au service internet satellitaire Xplornet. « Ce n’est pas très grave dans mon cas, mais imaginez comment ce serait frustrant pour un étudiant ! » lance-t-elle.

Universitaires qui doivent suivre un cours à distance, employés en télétravail, citoyens ayant besoin d’accéder à des services en ligne : avoir la possibilité de s’abonner à Internet haute vitesse n’est pas un luxe, mais une nécessité.

Malheureusement, à l’instar de Margaux Payment, environ 250 000 foyers n’y ont pas encore accès au Québec. Un plan est toutefois en place pour brancher tout le monde d’ici septembre 2022. En voici les détails.

Opération haute vitesse

S’assurer que tous les Québécois ont accès à Internet haute vitesse (50 mégabits par seconde [Mbit/s] en téléchargement, 10 Mbit/s en téléversement) à un prix raisonnable : voilà le but de l’Opération Haute vitesse, le plan qui rassemble différents projets destinés à brancher les communautés de la province (incluant ceux des années précédentes, comme Régions branchées).

Il est difficile pour l’instant d’avoir un portrait précis et à jour de la situation au Québec. Chose certaine, le problème ne se limite pas aux régions éloignées. Des zones sont mal desservies partout dans la province, avec quelques régions plus touchées que d’autres. Le pourcentage des foyers capables d’accéder à Internet haute vitesse est par exemple sous les 50 % dans de grands secteurs de l’Outaouais, selon des estimations publiées par le gouvernement provincial en mars. 

Pour ramener ce taux à 100 % partout, le Québec a été divisé en près d’une centaine de territoires, et chacun a été confié à un fournisseur d’accès internet (Vidéotron, Cogeco, Bell, Xplornet, Sogetel ou Telus). Ces derniers doivent effectuer l’inventaire des foyers mal desservis, puis soumettre un plan pour les brancher tous. « Une carte sera mise en ligne d’ici la fin de l’année pour que les Québécois puissent s’assurer qu’ils n’ont pas été oubliés, mais il n’en manquera pas beaucoup », assure Gilles Bélanger, député d’Orford et adjoint parlementaire du premier ministre (volet « Internet haute vitesse »).

À ce jour, l’enveloppe budgétaire pour les différents chapitres de l’Opération Haute vitesse est d’environ 1,3 milliard de dollars, incluant 826 millions annoncés en mars par Québec et Ottawa (à parts égales). Ottawa a aussi un plan pour brancher tous les Canadiens, avec son Fonds pour la large bande universelle, mais son échéancier est plutôt de 2030.

De la fibre optique aux satellites

Les technologies utilisées pour brancher les foyers varient au cas par cas, mais la fibre optique est l’option privilégiée, puisqu’il s’agit de la plus stable et de la plus rapide. « Si un poteau d’Hydro-Québec se rend à votre maison, on devrait être capable d’installer la fibre », résume Gilles Bélanger.

Toutefois, la fibre est parfois impossible à déployer, sinon trop chère. D’autres options sont alors évaluées, comme la connexion à Internet par réseau cellulaire. En dernier recours, pour les gens vraiment isolés, un service internet satellitaire est aussi envisagé, ce qui comprend par exemple Starlink, de l’entreprise américaine SpaceX. Cela reste à confirmer, mais le gouvernement s’occuperait alors potentiellement de l’achat de l’équipement et de l’installation.

Starlink utilise une technologie différente des fournisseurs satellitaires établis, avec une constellation de satellites à basse altitude permettant d’atteindre une meilleure vitesse (environ 100 Mbit/s en téléchargement, et 40 Mbit/s en téléversement) ainsi qu'une faible latence; pour discuter en vidéoconférence sans délai, par exemple. Au Canada, Starlink vend son antenne 649 $, et le service illimité est offert à 129 $ par mois. Sa mise en service au Québec est prévue entre l’été et la fin de 2021.

Il aurait été moins cher de remettre une antenne Starlink à tous les foyers qui n’ont pas accès à Internet haute vitesse que de bâtir des réseaux de fibre optique partout – l’Opération Haute vitesse coûte en moyenne 5 500 $ par foyer –, mais « il y a des enjeux de souveraineté à considérer à utiliser un fournisseur américain, et les satellites n’auraient pas la capacité d’offrir les mêmes vitesses à 100 000 clients d’un coup », explique le député Gilles Bélanger.

Notons que Starlink n’est pas la seule technologie du genre. La firme canadienne Télésat prévoit aussi offrir Internet avec des satellites en basse altitude au cours des prochaines années. Le gouvernement canadien a d’ailleurs conclu une entente avec cette entreprise pour garantir une capacité d'accès à Internet haute vitesse au Canada aux régions les plus difficiles à joindre. « Cette capacité sera mise à la disposition des fournisseurs de services internet à un tarif réduit », précise Sophy Lambert-Racine, du service des relations publiques à Innovation, Sciences et Développement économique Canada.

Le même prix en région qu’en ville

Les fournisseurs d’accès internet qui tirent profit des millions de dollars du gouvernement deviendront propriétaires de l’infrastructure mise en place. En contrepartie, ils doivent offrir des forfaits semblables à ceux qui sont proposés dans les grands centres.

Cette entente est d’une durée de cinq ans, après quoi les fournisseurs seront libres d’imposer les prix qu’ils veulent. Il y a évidemment un risque que les prix augmentent, puisqu’un seul fournisseur a été nommé par territoire. Aucune concurrence ne le forcera donc à garder ses prix bas, une situation qui crée déjà des problèmes dans certaines régions du Québec, où des monopoles forcent les résidents à accepter des forfaits souvent trop lents ou trop chers. Un service internet satellitaire en basse altitude pourrait toutefois assurer une pression sur les fournisseurs d’accès et régler en partie le problème.

« Cette période de cinq ans est assez longue pour permettre l’arrivée de la concurrence », croit Gilles Bélanger. Celui-ci espère notamment que le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) forcera les propriétaires d’infrastructures de fibre optique à offrir une partie de leur bande passante excédentaire aux autres fournisseurs, ce qui favoriserait la concurrence.

« Ce sera peut-être le cas, mais ce n’est pas sûr non plus », tempère Andy Kaplan-Myrth, vice-président de la division Affaires réglementaires et Distributeurs chez le fournisseur de services de télécommunications TekSavvy. L’accès aux réseaux de fibre optique est à l’étude depuis 2015 au CRTC, « mais c’est un fouillis total », se désole-t-il. D’autres réglementations devront aussi être mises de l’avant pour garantir une saine concurrence, notamment pour s’assurer que le coût pour joindre les réseaux plus éloignés n'est pas prohibitif.

Une telle réglementation pourrait d’ailleurs être une bonne nouvelle pour ceux qui ont déjà accès à Internet haute vitesse en ce moment et qui ne sont pas satisfaits des forfaits qu'on leur propose, par manque de concurrence. L’Internet partout est une chose, mais l’Internet abordable en est une autre.

>> À lire aussi : Internet : 5 trucs pour réduire la pression sur la bande passante et Les meilleurs forfaits internet illimités

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