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Cas vécus: des histoires de planification financière à faire peur

Par Marc-André Sabourin Mise en ligne : 15 Janvier 2013 Shutterstock

Shutterstock

Voir ses placements perdre de la valeur n’est jamais plaisant. Et ça l’est encore moins lorsque les mauvais rendements ne sont pas dus à la performance des marchés, mais à l’incompétence ou, pire, la malhonnêteté de son conseiller financier. Argent emprunté mais jamais remboursé, conseils financiers inappropriés, expert malhonnête... Témoignages et pistes pour éviter le pire.

Vous le savez bien, les dernières années n’ont pas été faciles dans le milieu financier. La crise économique, les bénéfices anémiques et les quelques bandits à cravate pris la main dans le sac ont contribué à créer un climat de suspicion. Devant la crainte de tout perdre, certains consommateurs préfèrent même laisser leur argent dormir dans un compte de banque.

A-t-on raison de s'inquiéter? «Non», répond sans hésiter le porte-parole de l’Autorité des marchés financiers (l’Autorité), Sylvain Théberge. La fraude et l’incompétence existent et existeront toujours, «mais au Québec, 99,6 % des professionnels qui travaillent dans l’industrie financière sont sans reproches». Depuis trois ans, le nombre de personnes et de compagnies sanctionnées annuellement par l’Autorité oscille autour de 800. «En 2011, 57 plaintes ont été déposées», indique Marie-Hélène Farley, vice-présidente des affaires juridiques et corporatives à la Chambre

La Chambre de la sécurité financière (CSF), à qui l’Autorité délègue l’essentiel de l’encadrement du milieu des finances personnelles, se fait également rassurante. «En 2011, 57 plaintes ont été déposées», indique Marie-Hélène Farley, vice-présidente des affaires juridiques et corporatives à la Chambre. En fait, au cours des quatre dernières années, à peine 0,6 % des 32 000 membres de la CSF sont passés devant le comité de discipline. Évidemment, ces chiffres ne témoignent pas des cas où les gens n’ont pas porté plainte, que ce soit par ignorance ou par découragement. Difficile toutefois d’évaluer à quel point ces personnes sont nombreuses.

Chose certaine, la vigilance de­meure essentielle, car «une per­son­ne qui fraude, c’est une personne de trop», souligne Marie-Hélène Farley. Les quatre cas vécus qui suivent le rappellent amèrement. Heureusement, il suffit souvent de suivre quelques conseils pour éviter de devenir, à son tour, une statistique de trop dans les rapports annuels des organes régulateurs.

>> À lire aussi: tous les cas vécus publiés par Protégez-Vous

Le rôle du conseiller financier

Perdre de l’argent, aussi fâchant cela soit-il, n’est pas un motif suffisant pour porter plainte contre un conseiller financier. Ce professionnel n’a pas une obligation de résultats, mais de moyens, souligne Marie-Hélène Farley, vice-présidente des affaires juridiques et corporatives à la Chambre de la sécurité financière (CSF).

En d’autres mots, son rôle n’est pas de vous enrichir, mais d’appliquer les bonnes méthodes pour essayer d’optimiser vos avoirs en fonction de votre situation. Le conseiller doit notamment prendre le temps de vous connaître afin d’établir avec rigueur votre profil financier. Cela lui permettra ensuite de proposer des produits appropriés à vos besoins. Autre point important: le conseiller est tenu de vous expliquer clairement la nature des véhicules financiers qu’il suggère et les risques qui y sont associés. Si un conseiller déroge à l’une de ses obligations professionnelles, que ce soit par incompétence ou par fraude, il s’expose à des sanctions de la Chambre de la sécurité financière (CSF) et de l’Autorité des marchés financiers (l’Autorité), c’est-à-dire des amendes, voire la radiation. Évidemment, pour qu’une enquête puisse avoir lieu, le client doit porter plainte.

Afin de minimiser vos risques d’arriver un jour à cette étape fort désagréable, vous devez faire vos devoirs de consommateurs. «Le client doit toujours s’assurer que la personne devant lui possède les titres nécessaires pour vendre les produits présentés», rappelle Sylvain Théberge, porte-parole de l’Autorité. Autre élément essentiel: posez des questions! «Il faut comprendre les produits qu’on achète; il faut s’intéresser à ses placements, insiste Marie-Hélène Farley. C’est comme nos enfants: c’est notre patrimoine qui grandit.» 

Plaintes à l’Autorité des marchés financiers

Année

Nombre de plaintes

Compagnies et personnes sanctionnées

2008-2009

1 372

861

2009-2010

1 740

783

2010-2011

1 408

751

2011-2012

1 532

1 201

Cas vécu: la (soi-disant) bonne affaire

• Fraude et conflit d'intérêts. La BMW rutilante qui s’arrête devant leur maison ne surprend pas Jocelyn et Nathalie*. Les deux retraités sont habitués aux visites inattendues de leur conseiller financier. Au fil des ans, l’homme est devenu «un bon chum» et vient même souvent déjeuner le dimanche. Mais en ce lundi d’août 2004, les plaisanteries usuelles font vite place au business. «Il nous a demandé de lui prêter de l’argent pour acheter des terres à bois», raconte Jocelyn. Le conseiller leur offre en échange un taux d’intérêt annuel de 10 %. «Ça va être pas mal plus payant que vos placements actuels», jure leur ami. Les retraités acceptent d’investir tout près de 300 000 $ dans le projet, soit l’essentiel de leurs économies. Les remboursements se font toutefois rares. En deux ans, Jocelyn et Nathalie ne reçoivent qu’un maigre 2 333,34 $. Inquiets, ils souhaitent retirer leur investissement. «Quand on lui a dit ça, il a pris sa valise en sacrant puis il est parti en claquant la porte», se souvient Jocelyn. Ils n’ont jamais revu la BMW. Le choc est immense – Jocelyn en perd même ponctuellement l’usage de la parole. Lorsque tous deux reprennent leurs esprits, ils portent plainte auprès de la Chambre de la sécurité financière, tout comme d’autres clients du conseiller. En 2009, la Chambre le radie à vie et le condamne à une amende de 2 500 $. Après consultation d’un avocat, les deux retraités renoncent à poursuivre leur «chum» en cour, car ce dernier ne possède aucun actif à son nom.

Avis d’experts. «C’est la totale, cette histoire-là», s’attriste Robert Pouliot, expert du risque fiduciaire et chargé de cours à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM. Selon lui, un client doit tirer la sonnette d’alarme et consulter sa banque dès qu’une transaction proposée n’implique pas un gardien de valeur indépendant ou une compagnie bien établie, comme c’est le cas respectivement avec les fonds collectifs et les assurances. «Et surtout, il ne faut jamais, au grand jamais, faire un chèque ou donner de l’argent comptant à un conseiller», insiste-t-il. Autre indice que quelque chose cloche: le taux d’intérêt mirobolant. «J’aimerais bien ça, moi, faire du 10 %… ironise Marie-Hélène Farley. Quand c’est trop beau pour être vrai, posez-vous des questions.»

Cas vécu: l'assurance-vie pas assez questionnée

• Défaut d'analyse des besoins financiers. La mère de Pauline Defoy a toujours été catégorique: «Dans la vie, il faut une assurance-vie!» Et sa fille a suivi cette consigne à la lettre. En août 2007, lorsqu’elle reçoit un avis disant que le délai pour transformer sa police d’assurance-vie temporaire en police permanente se termine en octobre, elle contacte le représentant mentionné dans la lettre. «Il m’a rencontrée en septembre, a posé rapidement quelques questions, puis a proposé une autre police, avec un nouvel assureur», raconte la retraitée. Elle accepte l’offre et subit un examen médical à la mi-septembre. Un mois et demi plus tard, le représentant l’appelle. «Il m’a dit que j’étais refusée parce que j’ai un historique de cancer dans ma famille», poursuit-elle. Frustrée, elle contacte un autre représentant. Après analyse, il conclut que la meilleure option était simplement de transformer la police initiale. Hélas, le délai est dé­passé. Fidèle aux enseignements de sa mère, Pauline Defoy contracte une nouvelle assurance-vie. Mais le coût est plus élevé, et la couverture réduite de moitié. Sous les encouragements de son nouveau conseiller, elle porte plainte à la Chambre de sécurité financière (CSF). En 2011, l'CSF condamne le représentant fautif à une amende de 12 000 $.

Avis d’experts. «Ici, c’est certain que le représentant aurait dû examiner davantage les besoins de sa cliente, note Robert Pouliot. C’est tellement élémentaire… Il était probablement plus intéressé par sa commission que par sa cliente.» Ce qu’il faut retenir, donc: si un vendeur d’assurance ne pose pas beaucoup de questions, ce n’est pas normal. Sachez aussi qu’un représentant est légalement tenu de maintenir en vigueur un contrat d’assurance déjà existant. «Sauf si c’est dans l’intérêt du client de le modifier», précise Marie-Hélène Farley. Lorsqu’un vendeur vous propose de remplacer un produit, demandez-lui de prouver ce que vous avez à y gagner.

Cas vécu: la bulle technologique éclate

• Non-respect du profil. Au bout du fil, Pierre (prénom fictif) lâche un long soupir. Même plus de dix ans après les faits, il n’a pas envie de «replonger dans cette histoire». «Je ne vous donnerai pas d’entrevue, mais c’est important de raconter ce qui s’est passé. Vous pouvez utiliser les documents de cour.» Voici ce que le dossier révèle. En 1999, Pierre et sa conjointe, alors tous deux à la retraite, sont catégoriques: ils ne veulent pas mettre plus de 10 % de leur portefeuille dans des placements à risque. Leur planificateur financier leur suggère pourtant d’investir 200 000 $, soit la quasi-totalité de leurs économies, dans des fonds de technologies et télécommunications… sans préciser que ces fonds sont très volatils. Dès l’automne 2000, Pierre s’inquiète de voir leurs placements diminuer. «Ne vous en faites pas, ça va remonter», le rassure le conseiller. Même salade en avril 2001, un mois après l’éclatement de la bulle technologique, moment où de nombreuses faillites d’entreprises ont fait chuter la valeur des placements dans ce domaine. «Ça finit toujours par remonter», répète le planificateur. Pierre ne le croit plus, mais il est trop tard. Leur capital ne vaut plus que le tiers de l’investissement initial… En 2006, la Chambre de sécurité financière radie le conseiller pour un an et trois mois, en plus de lui imposer 3 000 $ d’amendes. Le couple récupère ses pertes quelque temps plus tard à la suite de procédures judiciaires.

Avis d’experts. Rappelons ici l’un des conseils de prévention généraux de l’Autorité: dès que quelque chose déroge du plan initial, il faut se méfier. Ainsi, si le rendement de fonds que l’on vous avait dits sécuritaires varie beaucoup, renseignez-vous. «En cas de doute, n’hésitez pas à obtenir l’avis d’un autre expert», recommande Sylvain Théberge, porte-parole de l’Autorité. Robert Pouliot, expert du risque fiduciaire et chargé de cours à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM, suggère également «d’éviter les produits risqués, tels les fonds technologiques, lorsque vous approchez de la retraite». Vous n’auriez probablement pas le temps de récupérer votre mise en cas de baisse soudaine des marchés.

Cas vécu: «Sans risque», disait-il

• Renseignements inexacts et défaut de fournir les explications nécessaires à la compréhension des produits. «J’ai été bien naïve d’emprunter pour faire des gains alors que mon profil ne le justifiait pas. J’ai honte de m’être fait avoir.» Au téléphone, Lise* est très dure envers elle-même. Pourtant, plus d’un serait tombé dans le panneau, si on se fie aux documents de cour. Vers la fin des années 1990, à quelques années de sa retraite, Lise est dans une situation financière précaire. Elle contacte alors un conseiller d’une compagnie connue afin de revoir sa stratégie. Ce qu’il lui propose: un prêt levier (destiné à être investi). Selon le conseiller, Lise n’est responsable que des intérêts. En cas de problème, c’est la compagnie d’assurance qui remboursera la banque. Bref, aucun risque. Confiante, Lise contracte donc plus de 200 000 $ en prêts levier. Au début, tout se déroule bien. Elle atteint même l’objectif financier qu’elle s’était fixé avec le conseiller. Les choses finissent toutefois par se corser lorsque les rendements ne suffisent plus pour rembourser les prêts. À ce moment, la banque ne cogne pas à la porte de la compagnie d’assurance, mais à celle de Lise. En 2004, la Chambre de sécurité financière (CSF) radie le conseiller pour 18 mois et lui ordonne de payer une amende de 4 000 $. Lise a depuis évité la faillite, mais ne souhaite pas donner de détails sur la tournure des événements après la décision de la CSF.

Avis d’experts. Peu importe ce qu’on vous fait miroiter, «il ne faut jamais emprunter pour investir, insiste Robert Pouliott, expert du risque fiduciaire et chargé de cours à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM. C’est beaucoup trop risqué. Si votre investissement ne rapporte pas, vous devrez tout de même rembourser». Seule exception: emprunter pour cotiser à son REER à la limite de la déduction fiscale. «Et encore, je ne le recommande pas en général», insiste-t-il. Les conseillers financiers «ont l’obligation de s’assurer que les clients comprennent ce dans quoi ils s’embarquent», indique Marie-Hélène Farley, vice-présidente des affaires juridiques et corporatives à la Chambre. N’hésitez donc jamais à poser des questions jusqu’à ce que les réponses soient claires. Évidemment, cela ne vous met pas à l’abri du mensonge, comme c’est le cas ici. D’où l’importance d’aller chercher de l’information ailleurs afin de bien saisir la nature des produits financiers qu’on vous propose.

Trois ressources utiles

Autorité des marchés financiers

Chambre de la sécurité financière

Ombudsman des services bancaires et d’investissement

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Commentaires 2 Masquer

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  • Par LYNNE LAFONTAINE | 26 Janvier 2016

    Existe-il des conseillers financiers prenant les intérêts des consommateurs à coeur??? même à ma banque, j'ai l'impression de me faire flouer...

  • Par Samuel-Alexandre Huard | 18 Mai 2013

    Si les «conseillers financiers de toutes sortes» et «courtiers» (lire vendeurs) n'étaient pas à la commission. Le remplacement de police d'assurance ne serait pas si courant ni le promenage de compte de placements avec tous les frais que cela comporte pour les clients. Que l'amf fasse son travail.