Le financement: plus simple, mais toujours à risque

Par Julien Amado Mise en ligne : 20 mars 2018  |  Magazine : avril 2018 Shutterstock.com

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Acheter une auto est une dépense importante qui ne doit pas être faite à la légère. L’achat d’un véhicule à crédit est plus facile et mieux encadré qu’il y a 30 ans, mais les pièges demeurent nombreux.

Prix gonflés, frais cachés, faux rabais, manque de transparence, le guide Autos de Protégez-Vous donnait une image plutôt sombre du marché en 1989. En effet, il était beaucoup plus difficile qu’aujourd’hui d’obtenir des informations fiables. «Il faut se rappeler qu’à la fin des années 1980, le Web n’existait pas, et connaître le vrai prix d’un véhicule n’était pas simple», explique George Iny, président de l’Association pour la protection des automobilistes. «Le prix d’un même modèle pouvait aussi être très variable d’un concessionnaire à l’autre», ajoute-t-il. Même chose pour le prêt automobile, qui pouvait être assorti de toutes sortes de frais additionnels facturés abusivement.

C’est d’ailleurs pour aider les consommateurs à déjouer les pièges de l’achat que le Guide autos a vu le jour. «Grâce à la publication des prix coûtants, les consommateurs pouvaient savoir combien le concessionnaire payait le véhicule, une information très importante au moment de négocier», indique George Iny. Le premier guide Autos était aussi doté de fiches détachables à remplir pour faciliter le magasinage des consommateurs, des éléments qui ne sont plus nécessaires aujourd’hui puisqu’il est possible de comparer le prix des autos et le montant des mensualités des prêts en tout temps grâce à Internet.

Les taux baissent, la durée des prêts s’allonge

Les taux d’intérêt étaient passablement plus élevés au début des années 1990. Cela incitait les consommateurs à payer comptant la plus grande partie possible du prix de leur véhicule et à financer le reste grâce à un prêt le plus court possible. «En moyenne, les prêts duraient rarement plus de trois ou quatre ans: les taux élevés étant assez dissuasifs», précise George Iny. Étant donné les taux de 0 à 5 % aujourd’hui pour une auto neuve, on a tendance à oublier la situation économique de l’époque. Par exemple, le taux d’intérêt d’un prêt de 48 mois pour l’achat d’une Ford Escort était de 12,5 % en janvier 1993! Puis la durée des prêts s’est allongée légèrement jusqu’à environ cinq ans et les taux ont ensuite baissé graduellement au cours des années 2000.

C’est la crise financière de 2007 qui va changer radicalement le marché des prêts automobiles. Étant donné les taux d’intérêt très bas et la baisse du pouvoir d’achat des consommateurs, les constructeurs vont étirer la durée des prêts pour que les mensualités restent abordables. D’après un sondage réalisé en 2015 par l’Automobile Consumer Coalition (ACC), 69 % des Canadiens ont souscrit un prêt automobile de six ans ou plus. Et la tendance n’est pas à la baisse, puisqu’on relève des prêts automobiles de huit, voire de neuf ans ! Cela permet aux constructeurs de vendre des véhicules plus chers (VUS, camionnettes) à la place des compactes en proposant les mêmes mensualités que pour ces dernières – un choix qui n’est pas sans risque pour les consommateurs.

Penser globalement

«Au moment d’acquérir un véhicule à crédit, il est important de penser son achat de manière globale et ne pas se concentrer uniquement sur le coût des mensualités», explique Charles Tanguay, porte-parole de l’Office de la protection du consommateur (OPC). En effet, si les mensualités d’un prêt sont basses parce que ce dernier est à long terme, vous pourriez payer votre véhicule plus cher que si vous aviez opté pour un prêt plus court et des paiements plus élevés. Mais un prêt de longue durée n’est pas toujours une mauvaise stratégie financière si vous voulez garder votre véhicule longtemps. Si vous optez pour un prêt de sept ans à 0 %, cela peut vous permettre de conserver vos placements au lieu de les utiliser pour acheter un véhicule.

Mais avant de signer pour un prêt à 0 %, il faut d’abord s’assurer qu’il s’agit d’un vrai prêt à 0 % et que le prix du véhicule ne change pas. En effet, certains constructeurs proposent un taux de financement nul ou peu élevé, mais qui ne tient pas compte du rabais accordé au consommateur qui paie comptant. Cette pratique est interdite. Elle vous induit en erreur sur le taux de financement réel. Par exemple, si le concessionnaire finance à 0 % un véhicule de 20 000 $, mais qu’il consent à vous le vendre 17 000 $ parce que vous le payez comptant, le vrai taux de financement n’est pas de 0 %. 

Il faut aussi tenir compte de la dépréciation de la voiture, surtout que les prêts sont de plus en plus longs. Si vous payez un véhicule en huit ans, le changer après quatre ans pourrait vous coûter cher. Exemple: vous achetez un véhicule de 20 000 $ grâce à des paiements échelonnés sur 96 mois. Après quatre ans, le véhicule a perdu de la valeur et ne vaut plus que 8 000 $, mais il vous reste encore 10 000 $ à payer pour vous acquitter de votre dette. C’est ce qu’on appelle le capital négatif, ou « l’équité négative » ou « la balloune », en bon québécois. «Le concessionnaire, parfois avec la complicité du consommateur, va ajouter cette dette dans le calcul du financement de l’achat du nouveau véhicule, une pratique interdite qui peut mener à un surendettement», précise Charles Tanguay.

Il faut donc être vigilant, bien faire ses comptes et ne pas se précipiter lorsqu’on finance l’achat d’un véhicule à l’aide d’un prêt du commerçant. L’offre de paiements à la semaine ou aux deux semaines complique encore plus la tâche des consommateurs, qui peinent à se faire une idée du prix global du véhicule. La loi oblige pourtant le commerçant, dans ses messages publicitaires, à indiquer le prix total de l’auto d’une manière plus évidente que le montant des paiements périodiques, obligation qui n’est malheureusement pas toujours respectée. 

La location: beaucoup de progrès!

La location de longue durée est le domaine où les progrès sont les plus visibles. En 1989, Protégez-Vous écrivait: «Avant qu’une réglementation plus juste soit émise, il reste hasardeux pour les consommateurs d’opter pour une location à long terme.» En effet, les vendeurs usaient de pratiques défavorables aux consommateurs, la Loi sur la protection du consommateur n’étant pas telle qu’on la connaît aujourd’hui. Au moment de signer le contrat, le consommateur pouvait en ignorer certains éléments très importants, comme le taux d’intérêt ou le montant total à débourser, intérêts compris ! Il était aussi courant que le montant de la valeur résiduelle soit artificiellement gonflé. Une fois arrivé à la fin du bail, le consommateur devait donc payer la différence entre la valeur réelle et la valeur gonflée. En fin de compte, la location seule du véhicule (avant le rachat) pouvait donc coûter plus cher que si ce dernier avait été acheté! Les pénalités étaient généralement importantes en cas de rupture du contrat, ou dans le cas d’une voiture volée ou déclarée perte totale, par exemple. Certains contrats interdisaient aussi l’utilisation de l’auto ailleurs qu’au Québec ou au Canada, ce qui restreignait l’usage du véhicule.

Tout cela a heureusement changé. En 1992, des amendements à la Loi sur la protection du consommateur (LPC) ont fourni un meilleur encadrement à la location à long terme. Cela a permis d’assainir le marché et de mieux protéger les consommateurs. Avant d’acheter un véhicule à la fin de la période de location, il faut évaluer ses options. Cela peut-être intéressant si la valeur résiduelle est basse à la fin de la location, si le véhicule a peu roulé. Il faut aussi tenir compte du coût du financement pour le montant qui reste à payer au terme de la location. Le coût est évidemment plus important si vous louez à répétition. Mais cela permet de rouler avec des véhicules récents et de changer de modèle régulièrement. La location peut aussi être intéressante si vous souhaitez rouler dans un véhicule à la fiabilité inconnue ou qui est difficile à revendre au Québec.

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