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Par Rémi Leroux et Céline Montpetit Mise en ligne : 23 mai 2017  |  Magazine : juin 2017

Illustration: Rémi leroux Photos: shutterstock.com, Benoît Gobé

Simplicité volontaire, zéro déchet, lutte au gaspillage alimentaire ou vestimentaire, économie de partage, déconsommation, investissement éthique… Pour certains consommateurs, ces tendances sont aujourd’hui érigées en véritable mode de vie. Témoignages.

La métamorphose de Diane Mongeau, 54 ans, a commencé en 2015 lorsqu’elle a vu le documentaire En quête de sens, un film français présentant deux amis qui parcourent le monde dans une démarche de remise en question de leur rapport à la nature, au bonheur et au sens de la vie. « Ça m’a ouvert les yeux sur les problèmes environnementaux auxquels nous faisons face, dit-elle. Je me suis dit : ce n’est pas possible que je ne puisse pas faire plus pour la planète ! »

Cette Lavalloise a alors choisi de transformer son mode de vie afin de consommer plus intelligemment. Mais par où commencer ? Comme « tout est interrelié », explique Diane, elle s’est d’abord documentée sur l’environnement, la simplicité volontaire, le courant zéro déchet et le végétarisme. Ensuite, elle a fait ce qui effraie bien des gens qui croulent sous les objets : elle a « épuré » sa maison. Pièce par pièce, livres, disques, bibelots, outils, vêtements, vaisselle, meubles et jeux ont subi le test impitoyable de l’utilité. Au final, une foule de trucs ont été placés dans diverses piles : à vendre, à donner, à recycler et à jeter.

Diane a ensuite progressivement modifié son alimentation : puisque l’élevage consomme beaucoup d’eau et d’énergie, elle a laissé tomber la viande, puis elle s’est mise à acheter davantage d’aliments locaux et bio et à cuisiner en plus grande quantité afin d’économiser et de congeler les restes.

Elle a également adopté les principes de la simplicité volontaire, une philosophie de vie qui privilégie la richesse intérieure plutôt que matérielle. Elle s’est débarrassée de sa voiture, pratique maintenant le compostage, récupère l’eau de pluie pour son potager, fabrique ses produits nettoyants et utilise ses épluchures de légumes pour faire du bouillon. Elle a même lancé une page Facebook, En harmonie avec la terre, consacrée à son engagement ! Hésitant au début à modifier lui aussi ses habitudes, Michel, son conjoint, la soutient aujourd’hui dans sa volonté de consommer de façon plus responsable.

Halte à la surconsommation

En début d’année, Protégez-Vous a lancé un appel à ses lecteurs qui ont modifié leur mode de consommation afin de connaître leurs trucs et motivations. Les réponses ont été nombreuses et variées. Par exemple, Carole Brodeur, chef de famille et mère de deux adolescents, a d’abord cherché à réduire ses dépenses ; Emmanuelle Tanguay souhaitait un rythme de travail et de vie plus équilibré ; Vicky Payeur voulait cesser de jeter son argent par les fenêtres en magasinant à tout vent ; Mélanie Gamache visait à régler des problèmes de santé ; et avec l’arrivée d’un troisième enfant, Dominique Favreau et sa conjointe devaient resserrer leur budget.

« Les motivations qui poussent au changement varient d’une personne à l’autre », confirme Serge Mongeau, médecin et auteur du livre La simplicité volontaire (Éditions Québec Amérique, 1985) qui a popularisé cette philosophie il y a déjà 30 ans. « Ces cheminements sont cependant campés dans une critique de plus en plus élargie de la société de consommation, [et une critique] de ses répercussions sur nos vies et notre environnement », dit-il.

La crise financière et économique de 2008, qui a mis bien des travailleurs au chômage et qui a entraîné une hausse du nombre de faillites personnelles au Québec, a aussi participé à cette remise en question sociale, ajoute Fabien Durif, directeur de l’Observatoire de la consommation responsable (OCR) à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM. « À partir de là, les gens se sont interrogés quant au besoin de posséder un objet, ou même simplement de l’utiliser. »

Au Québec, ce courant se traduit notamment par le succès du livre du comptable et chroniqueur Pierre-Yves McSween, En as-tu vraiment besoin ? (Guy Saint-Jean Éditeur, 2016). Dans cet ouvrage – classé au 4e rang du Bilan Gaspard 2016, qui recense les meilleures ventes de livres au Québec –, l’auteur passe en revue les méfaits de la surconsommation sur le compte en banque des Québécois et insiste notamment sur la nécessité d’avoir une marge de manœuvre financière. Pour Serge Mongeau, le problème de fond se situe davantage dans le système économique actuel, lequel pousse tout le monde à surconsommer : l’obsolescence programmée, les effets de mode et l’accès facile au crédit, ou encore l’aménagement des banlieues, qui favorise l’utilisation de la voiture, par exemple.

L’ère de la déconsommation

Selon l’édition 2016 du Baromètre de la consommation responsable (produit par l’OCR), la déconsommation, cette démarche qui vise à réduire ses achats et l’usage qu’on fait des ressources, arrive désormais au second rang derrière le recyclage, qui demeure la pratique responsable la mieux implantée chez les Québécois. Qui plus est, « la déconsommation dépasse maintenant l’achat de produits locaux, indique Fabien Durif, ce qui n’était pas le cas avant 2016 ». Cependant, le Baromètre ne dit pas si ce mouvement découle de convictions idéologiques ou d’une contraction du pouvoir d’achat, par exemple.

Chose certaine, les objectifs des gens qui décident de consommer moins sont les mêmes : économiser, certes, mais surtout repenser leur rapport au monde, c’est-à-dire protéger l’environnement et leur santé, partager, échanger et recréer des liens dans la collectivité. Et souvent, un premier changement en entraîne bien d’autres. Avec le temps, les adeptes de la simplicité volontaire, du mouvement zéro déchet ou de la lutte contre le gaspillage se retrouvent dans une démarche globale qui touche tous les aspects de leur vie. Voici comment ils arrivent à mieux consommer.

Se nourrir

Depuis 2015, Johanna Vyncke et sa conjointe, Émilie, sont membres d’un groupe formé de quatre familles montréalaises qui a mis sur pied sa propre cuisine communautaire. Le principe est simple : toutes les semaines, chaque famille prépare un repas pour le groupe (un minimum de 16 portions, quatre par famille, pour deux adultes et deux enfants). Le lundi, à tour de rôle, un couple assure la livraison des repas. « Avec ce système, nous avons tous quatre repas préparés par semaine », explique Johanna. En rentrant du boulot, les parents n’ont plus qu’à réchauffer les plats, puis à profiter du temps ainsi libéré pour se consacrer à leurs enfants.

Viande, poisson, plats végé ou « inspiration du moment » : différents menus sont mis à la disposition du groupe pour assurer une variété dans les assiettes. Dans un fichier partagé en ligne, chaque famille indique le coût des repas préparés et, tous les six mois, des remboursements sont faits au besoin de manière à assurer des dépenses équitables.

Ce type de cuisine communautaire fait épargner temps et argent, car acheter en grande quantité se révèle souvent plus économique. Mais l’argument financier n’est pas au cœur de cette initiative, affirme Johanna. « C’est plutôt une question de valeurs communes en ce qui concerne la qualité et la provenance des aliments que nous voulons manger. »

Bien-être et santé

Il y a cinq ans, Mélanie Gamache, 41 ans, massothérapeute à Longueuil, est d’abord devenue végétalienne pour régler des problèmes de santé (glycémie et taux de cholestérol élevés, surpoids). Puis, cette conversion saine s’est propagée à d’autres aspects de sa vie : elle a révisé à la baisse ses achats de vêtements, de produits ménagers et d’hygiène corporelle. « J’agis de façon de plus en plus empathique, de manière à limiter mon empreinte écologique, à me maintenir en santé et à prendre soin de notre planète », témoigne-t-elle.

Comme elle, de nombreux consommateurs mettent en œuvre des stratégies pour que leur alimentation soit en adéquation avec les valeurs qu’ils défendent : consommation locale, agriculture biologique, lutte contre le gaspillage, etc. Il ne s’agit plus d’un effet de mode, souligne Fabien Durif, mais d’un courant de fond dont les vagues se multiplient : produits vendus en vrac pour lutter contre le suremballage alimentaire ; fruits et légumes moches commercialisés plutôt que jetés ; petits plats maison offerts en ligne ; groupes d’achat d’aliments bio et écoresponsables ; frigos communautaires de proximité (où les résidents peuvent déposer de la nourriture qu’ils ont en surplus et qu’ils veulent partager avec des gens dans le besoin) ; sans oublier les pittoresques paniers de légumes frais vendus par des fermiers !

À la lumière de l’édition 2016 du Baromètre de la consommation responsable, il apparaît que vouloir des produits et des aliments sains est l’une des principales motivations qui conduisent les Québécois à modifier leurs habitudes. Comme plusieurs de nos lecteurs, Mélanie Gamache dit s’approvisionner sur le site NousRire, un groupe d’achat en ligne d’aliments biologiques et écoresponsables. Bien qu’ils soient bio, les produits achetés en grande quantité y sont économiques. Un sac de 1 kg de riz basmati bio, par exemple, se vend 4,53 $ sur le site de NousRire, tandis que chez IGA, ce produit se détaille 6,19 $ pour 907 g (ce qui équivaut à 6,82 $ par kg).

Pour Dominique Favreau, 34 ans, gestionnaire de recherche, faire l’épicerie était devenu un sport extrême après l’arrivée d’un troisième enfant. Pour contrer la hausse de ce poste budgétaire, son couple s’approvisionne désormais chez des grossistes en alimentation qui fournissent des restaurants, mais qui sont aussi ouverts au public. Il y achète des produits non périssables en gros volume, comme des pois chiches secs en poche de 10 kg plutôt qu’en conserve. Le Lavallois a calculé que sa petite famille dépense moins de 100 $ par semaine, comparativement à 175 $ avant de mettre en place ces stratégies – « et avant même d’avoir des enfants », dit-il.

Se vêtir

En 2015, les ménages québécois dépensaient en moyenne 2 775 $ par année en vêtements et accessoires, rapporte Statistique Canada. Pour Vicky Payeur, la réalité était tout autre. « J’étais la consommatrice compulsive typique, dit la jeune femme de 23 ans devenue auteure du blogue Vivre avec moins. Je dépensais environ 100 $ par semaine en vêtements, sans compter les accessoires, les chaussures et le maquillage. »

Vicky s’est un jour réveillée avec une dette de 10 000 $, contractée en un an et demi sur sa marge de crédit. Devant ce constat, elle a fini par se convertir au minimalisme, qui consiste à désencombrer sa vie et son espace. Peu à peu, elle a cessé d’acheter des vêtements et s’est départie de tout ce qu’elle jugeait superflu chez elle : four à micro-ondes, bouilloire, meubles d’appoint et réveil, de même qu’une multitude de vêtements qui dormaient dans sa garde-robe !

Le phénomène de la fast fashion (mode rapide) dont elle a été victime est un enjeu bien réel partout sur la planète, dit Lis Suares, fondatrice d’ETHIK, un organisme québécois qui promeut une consommation durable et éthique dans l’industrie du textile. En effet, la surproduction de vêtements bon marché pose problème tant sur le plan de la consommation de ressources qu’en ce qui a trait à la quantité de rebuts produits et aux conditions de travail souvent exécrables qui sont en vigueur dans les usines de textile dans les pays en développement. « Les grandes chaînes de mode participent activement au problème en lançant des collections toutes les trois semaines environ », dit-elle.

Résultat : « Les Québécois achètent en moyenne 27 kg de vêtements par an et ils en jettent 24 kg », précise Lis Suares, citant les données de Recyc-Québec. L’organisme estime que seulement 40 % des vêtements dont les gens se départissent aboutissent dans les centres de dons, et que de ce nombre, à peine 15 % sont acheminés dans les friperies pour être revendus.

Un placard plein d’astuces

Depuis sa prise de conscience, Vicky a fait passer son budget mode de 5 200 à 600 $ par an. « Je me suis désabonnée des infolettres annonçant des soldes et j’ai troqué les virées au centre commercial contre des activités plus enrichissantes, comme la randonnée pédestre. » Son placard compte désormais juste assez de vêtements pour se vêtir une semaine sans faire de lavage. « Je privilégie toujours un vêtement bien coupé, confortable et taillé dans un bon tissu qui résistera aux multiples lavages. [Ce vêtement est] idéalement bio et préférablement fait au Québec ou au Canada par une entreprise écoresponsable et équitable. »

Marie-Loïc Sénamaud, une designer graphique de 44 ans résidant à Verdun, renfloue quant à elle sa garde-robe et son portefeuille grâce à Dress Me Up, un groupe d’échange de vêtements accessible sur les réseaux sociaux. « Tu arrives à une séance avec 10 morceaux et tu en repars avec 10 nouveaux articles sans avoir dépensé un sou », dit-elle.

Et pourquoi ne pas initier vos enfants à l’art de mieux consommer ? C’est ce qu’a fait Carole Brodeur, de Saint-Pie, qui est biologiste spécialisée en communication scientifique. « Mes ados voulaient toujours des jeans de marque… Je les ai donc laissés gérer l’achat de leurs vêtements avec un budget déterminé. Ils se sont vite mis à magasiner dans les friperies ! »

Recycler et moins jeter

Popularisé par le livre Zéro déchet (Les Éditions Transcontinental, 2014) de l’auteure franco-américaine Béa Johnson, le mouvement du même nom vise à réduire au maximum la quantité de déchets que nous produisons. Au Québec, l’une des figures de proue du zéro déchet (ZD) se nomme Laure Caillot. Sur son blogue Tranches de Pimou(s), cette jeune maman montréalaise explique comment son conjoint et elle, ainsi que leur fille de quatre ans, tendent depuis trois ans à se libérer de toutes les formes d’emballages, qui constituent la principale source de rebuts au quotidien. « Nous avons pris cette orientation par souci environnemental, explique la blogueuse, mais aussi parce que cela nous apparaissait comme une évidence. »

Pendant un an, Laure Caillot a alimenté son blogue avec sa chronique « Ma salle de bain ZD » dont le leitmotiv était : trier, éliminer, simplifier. Elle y a séparé les bons accessoires des gadgets inutiles, détecté les articles achetés en double ou même davantage (quatre coupe-ongles, est-ce nécessaire ?), vidé tous les flacons de crèmes hydratantes qui traînaient… Puis, elle a commencé à acheter des produits en vrac (lessive et savon), réutilisables (cotons démaquillants en bambou lavable) ou compostables (cotons-tiges en bois).

Ces principes peuvent s’appliquer à toutes les pièces de la maison, explique-t-elle. « En réduisant nos déchets à la source, la taille de nos poubelles a diminué de façon radicale. Notre poubelle familiale mensuelle a désormais la grosseur d’un sac de pain tranché et, pour une année entière, celle de la salle de bain rentre dans un pot Mason de 500 ml. »

Diane Mongeau fait elle aussi la guerre aux rebuts. Des lavettes découpées dans de vieilles serviettes de plage lui servent d’essuie-tout. Ses produits ménagers ? Elle les fabrique à base de vinaigre blanc, de bicarbonate de soude, d’eau et d’huiles essentielles, « ce qui est écologique et plus économique ». Elle se sert depuis longtemps de sacs d’épicerie réutilisables, lesquels sont les produits écoresponsables favoris des Québécois, selon l’OCR.

De son côté, Laure Caillot souhaitait « voir plus loin » que ses propres actions en matière de réduction de déchets. C’est pourquoi elle a participé en 2016 à la création du collectif Consommer autrement, dont la mission est de mettre en œuvre des projets qui soutiennent un mode de vie écoresponsable. Le groupe travaille par exemple à référencer les commerces au Québec qui acceptent que leurs clients apportent leurs propres contenants.

Marché aux puces 3.0

En achetant un bien d’occasion, les consommateurs le paient en moyenne 2,7 fois moins cher, calcule l’Indice Kijiji de l’économie de seconde main 2017. Et encore, on peut dénicher des trésors en solde, comme les trois poêles Lagostina « payées un gros 5 $ ! » par Marie-Loïc Sénamaud, qui parcourt les petites annonces, les ventes-débarras et les bazars d’église pour dégoter de bonnes affaires. Et lorsqu’elle ne trouve pas, elle lance un appel au partage sur les réseaux sociaux : « Je démarre des rénos – quelqu’un peut-il me prêter une scie ronde ? »

Emprunter plutôt qu’acheter, c’est d’ailleurs la philosophie de La Remise, une coopérative de solidarité qui propose la location d’outils en tout genre à Montréal. Marie-Loïc peut y faire appel, de même qu’à l’Accorderie, un système d’échange de services entre personnes créé à Québec il y a 15 ans et présent partout dans la province. Avec ce type de troc, une heure de jardinage vaut autant qu’une heure de comptabilité !

Prendre soin de soi

Chaque année, les familles québécoises dépensent en moyenne 3 800 $ en soins de santé et en soins personnels, indique Statistique Canada. Emmanuelle Tanguay, qui habite dans Lanaudière, a fait fondre cette facture en « laissant tomber tous les produits de beauté et en achetant du savon de Marseille, un savon multiusage à base d’huile d’olive, une fois l’an ». Diane Mongeau fabrique pour sa part son dentifrice et son baume à lèvres, et elle projette de concocter sa propre crème hydratante. « En attendant, je l’achète en vrac et bio dans une boutique près de chez moi. » Car on tend à l’oublier : les boutiques de vrac ne vendent pas que des noix. Certaines offrent aussi des savons, des shampoings, des dentifrices, des déodorants, alouette ! Pour sa part, Laure Caillot avait des réserves quant à l’idée d’utiliser un dentifrice « fait maison », et elle explique pourquoi dans un article qu’on trouve sur son site. Avant de changer leurs habitudes d’hygiène bucco-dentaire, elle recommande aux lecteurs de son blogue d’en parler avec un professionnel de la santé, question de faire le bon choix.

De son côté, la retraitée Rolande Couture était à la recherche d’une nouvelle monture de lunettes depuis deux ans. « J’ai visité au moins 20 opticiens sans jamais trouver un modèle qui me convienne, mais, surtout, je jugeais toujours les prix excessifs », raconte-t-elle. Avec les caractéristiques des verres dont elle avait besoin, le devis s’établissait en général autour de 800 $. Pourquoi payer aussi cher ? s’interrogeait cette résidente de Montréal.

En discutant avec une amie, elle a découvert l’existence du Bonhomme à lunettes, un groupe d’opticiens qui se déplacent dans quelque 40 organismes communautaires de Montréal, de Laval, de la Montérégie, des Laurentides et de Lanaudière. L’entreprise s’est fait connaître par sa mission sociale : les prestataires de l’aide sociale peuvent obtenir une paire de lunettes pour 20 $. « Bien voir n’est pas un luxe : c’est une nécessité, affirme Philippe Rochette, fondateur du groupe. Répondre à ce besoin essentiel chez les moins fortunés est important, mais le service est aussi ouvert à tous, quels que soient leurs revenus. »

Rolande Couture a finalement payé sa paire de lunettes moins de 400 $ et elle se dit ravie de la qualité du service reçu. Elle a également pu choisir un organisme communautaire partenaire du Bonhomme à lunettes, auquel ce dernier a reversé 10 $ du montant de son achat. Philippe Rochette a ainsi remis 250 000 $ à divers organismes depuis plus de 10 ans.

Par ailleurs, avec d’autres professionnels de la santé, l’opticien a ouvert les Portes Orange, à Montréal. Ce local rassemble acupuncteurs, massothérapeutes, optométristes, ostéopathes et autres psychologues, qui offrent des soins à tarifs réduits afin de les rendre plus accessibles à la population.

Se déplacer

Pour le père de la simplicité volontaire au Québec, Serge Mongeau – qui, à l’âge de 80 ans, ne se sépare jamais de son vélo –, la voiture est l’un des symboles de l’individualisme largement responsable des émissions de gaz à effet de serre causant le dérèglement du climat. « Ce qu’il faut pour résoudre les problèmes environnementaux, ce n’est pas produire des voitures qui polluent moins ou qui consomment moins d’essence : c’est ne plus produire de voitures du tout », dit-il.

En attendant ce jour, l’auto est l’une des fuites budgétaires à colmater au plus vite. En effet, en 2015, les ménages québécois ont dépensé autant pour leur voiture que pour se nourrir, soit en moyenne environ 8 000 $ par année, rapporte Statistique Canada. Dominique Favreau, père de trois enfants, a quelques tours dans son sac pour limiter les dégâts : « J’achète la plupart de mes pièces, comme les plaquettes de freins, en cherchant les aubaines en ligne ou en magasin. Lorsque j’ai trouvé, je les apporte à mon garagiste et j’épargne la commission sur les pièces qu’il m’aurait fait payer. » Il effectue par ailleurs la plupart des menus travaux d’entretien qui prolongent la vie de sa vieille Corolla 2003.

Sans auto… ou presque

Parce qu’elle a conscience des répercussions qu’a une voiture sur son budget et sur l’environnement, Diane Mongeau a pris la décision de se séparer de la sienne même si, « en banlieue, il est difficile de s’en passer complètement », reconnaît-elle. « J’ai mis plusieurs mois à me décider, car j’avais une voiture depuis plus de 35 ans, et elle représentait ma liberté et mon autonomie. » Depuis, elle se dit très heureuse en organisant ses déplacements avec son conjoint, en marchant davantage ou en utilisant les transports en commun.

Il existe aussi d’autres solutions, comme se servir des véhicules en autopartage, faire du covoiturage ou envisager de devenir copropriétaire de sa voiture avec un membre de la famille ou un ami, voire avec son ex ! C’est ce qu’ont fait Richard et Sylvie (prénoms fictifs) après leur séparation. « Comme nous avions la garde partagée de notre fils une semaine sur deux, celui qui avait la garde avait aussi l’auto, explique cette résidente de Montréal. Cela nous a permis d’économiser beaucoup d’argent. » En effet, toutes les dépenses d’assurances, d’entretien et d’immatriculation étaient réduites de moitié pour chacun d’eux. Les ex-conjoints ont fonctionné ainsi jusqu’à ce que la voiture rende l’âme, cinq ans plus tard.

La Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) a recensé en 2016 près de 121 000 véhicules immatriculés en copropriété (comparativement à 114 000 en 2012). Dans ce cas, l’auto appartient à plusieurs personnes et « il n’y a pas de nombre maximal de copropriétaires », précise Audrey Chaput, relationniste auprès des médias et vice-présidente aux affaires publiques à la SAAQ. Enfin, au Québec, le service Turo permet de louer son véhicule à des particuliers par l’entremise du Web. L’inscription sur le site est gratuite et la plateforme dispose d’une assurance commerciale qui comprend une couverture pour la responsabilité civile et une protection contre les dommages causés au véhicule. Une façon de rentabiliser une voiture qui passe trop de temps dans le stationnement !

Investir

Comme des millions de travailleurs québécois, Josée Dandurand, une fonctionnaire vivant à Montréal, investit une partie de ses économies. Mais contrairement à bien d’autres, elle n’a pas mis ses sous dans des actions : elle a plutôt placé une petite partie de son épargne dans… l’avenir du Cinéma du Parc !

En 2016, ce cinéma de répertoire montréalais a lancé une démarche de financement participatif en émettant des obligations communautaires, un produit financier permettant aux organismes sans but lucratif (OSBL) d’encaisser de petits prêts octroyés par des particuliers comme Josée Dandurand. Seuls les OSBL peuvent en émettre, explique Vanessa Sorin, chargée de projet au sein de Territoires innovants en économie sociale et solidaire (TIESS), un organisme qui regroupe des acteurs de l’économie sociale et du développement territorial. « Les OSBL mobilisent ainsi des capitaux privés auprès de leur communauté de soutien, ce qui leur permet d’assurer leur développement et de renforcer leur ancrage territorial », explique-t-elle.

Josée Dandurand souhaitait « participer financièrement à un projet dans la communauté » – en particulier dans un organisme qui diffuse de l’art, « parce que ces lieux sont de moins en moins soutenus par les institutions publiques et qu’il est important de prendre la relève », croit-elle. Elle a donc acheté pour 500 $ d’obligations communautaires, qui ont des caractéristiques semblables à n’importe quelle obligation : une certaine valeur nominale, une échéance et une rémunération promise aux investisseurs selon un taux d’intérêt annuel déterminé. En émettant 100 000 $ d’obligations communautaires, le cinéma pourra mener à bien son plan de rénovation.

Des REER sains

Le Grand Costumier, dont la mission vise à préserver l’intégrité de la collection de costumes de Radio-Canada, a également émis des obligations communautaires en 2017. Ces initiatives restent cependant rares au Québec, note Brenda Plant, cofondatrice d’Ethiquette, un site d’information indépendant sur l’investissement responsable : « Un conseiller en placements n’a aucun incitatif financier à promouvoir les obligations communautaires, puisque la transaction s’effectue directement entre l’OSBL et l’investisseur. »

Toutefois, l’investissement responsable ou « éthique » – qui consiste à baser vos choix de produits sur des critères autres que financiers (comme l’environnement et la gouvernance) plutôt que sur le rendement à la clé – gagne des fervents. Entre 2010 et 2013, ce type de placement a progressé de près de 70 % au Québec, d’après une étude de CAP Finance, un regroupement d’institutions vouées à la finance socialement responsable.

Ainsi, divers fonds communs de placement, fonds négociés en bourse et titres particuliers, entre autres, peuvent soulager votre conscience, à condition que vous fassiez bien vos devoirs en vue de vous assurer que la définition du fonds correspond bien à vos valeurs. Le fait d’opter pour une stratégie « d’exclusion » permet de choisir des fonds qui laissent de côté les entreprises très actives dans la production d’énergie nucléaire, de produits du tabac ou d’armes, par exemple. Avec l’investissement solidaire, votre argent financera des entreprises d’économie sociale. Il peut aussi soutenir des projets de microfinancement au Québec ou à l’étranger.

Pour améliorer la connaissance du marché de l’argent vert, Brenda Plant, en collaboration avec l’organisme TIESS, travaille à mettre au point des outils destinés à monsieur et madame Tout-le-monde. La cofondatrice d’Ethiquette a par ailleurs établi une liste de 17 fonds sans combustibles fossiles au Canada qui sont admissibles aux contributions au REER (on peut trouver cette liste sur ethiquette.ca).

 

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Commentaires 2 Masquer

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  • Par Isabelle Couture | 02 juin 2017

    Article très intéressant, complet et inspirant.

  • Par Geoffroy Ménard | 12 juin 2017

    Il manque un très gros morceau, celui du déplacement à vélo - pierre d'ascise du mode de vie économique et écologique. Manque de vision et biais pro-automobile de la part de protégez-vous.