Votre navigateur n'est plus à jour et il se peut que notre site ne s'affiche pas correctement sur celui-ci.

Pour une meilleure expérience web, nous vous invitons à mettre à jour votre navigateur.

Payer son auto en sept ou huit ans: une bonne idée?

Par Frédéric Berg Mise en ligne : 13 Mars 2014  |  Magazine : Avril 2014 Shutterstock

Pourquoi ne payez-vous pas la même prime d’assurance auto que votre voisin qui a la même auto? Shutterstock

0 % d’intérêt sur huit ans, ça vous tente? Pas si vite! Si vous revendez un jour votre véhicule, vous pourriez perdre au change.

Que diriez-vous d’une Hyundai Elantra GL 2013 ou d’une Kia Sorento 2014 à 0 % d’intérêt sur 84 mois? Ou pourquoi pas un Ford Escape 2013 à 2,49 %, aussi payable en sept ans?

Affichées dans les journaux en janvier 2014, ces offres attrayantes n’ont rien d’exceptionnel. Des taux d’intérêt au plancher et des durées de financement de plus en plus longues font désormais partie des cartes maîtresses des constructeurs automobiles pour appâter les consommateurs.

Mais pouvez-vous financer votre voiture sur six, sept ou huit ans sans risquer de glisser sur la pente de l’endettement ? Protégez-Vous a réalisé sa petite enquête pour déterminer les éléments à prendre en compte avant de signer.

Plus de financement longue durée

Au Canada, au moins 60 % des financements d’autos neuves sont désormais de longue durée. C’est presque le double par rapport à 2010! Comment s’explique cette tendance?

Les prêts «longue durée», dont les plus longs sont étalés sur 84 et 96 mois (soit sept et huit ans), sont apparus sur le marché nord-américain à la suite de la crise économique de 2008, qui a notamment fait chuter les taux d’intérêt en vigueur.

«Auparavant, c’était plutôt les contrats de location de deux à quatre ans qui avaient le vent en poupe chez les concessionnaires, explique George Iny, président de l’Association pour la protection des automobilistes (APA). La crise a fragilisé le marché de la location. De nombreux consommateurs endettés ou ayant perdu leur emploi ont alors été incapables de payer leurs mensualités. Des fabricants ont perdu leur chemise. Les banques qui offraient ces financements ont donc mis le frein.»

Aujourd’hui, au Québec, la location n’accapare plus que 20 % des ventes de voitures neuves, contre environ 50 % en 2007. Le financement de longue durée, qui propose des mensualités moins élevées que la location, a pris le relais.

Au Canada, en 2013, 63 % des financements d’achat d’autos neuves étaient d’une durée de cinq ans et plus. C’est presque le double par rapport à 2010, calcule la firme américaine d’études de marché JD Power.

Protégez-Vous a demandé à une dizaine de constructeurs automobiles d’expliquer cette tendance. Seul le coréen Hyundai, un des premiers au Canada à proposer du 0 % sur une longue période, a répondu par courriel.

«Nous voulons permettre aux consommateurs de choisir parmi une variété de modalités selon leurs préférences et leur situation financière», écrit Chad Heard, responsable des relations publiques. Il ajoute que «l’industrie est extrêmement concurrentielle» et que les programmes de financement de Hyundai sont comparables à ceux offerts par les autres entreprises automobiles au pays.

Financement auto: sachez déchiffrer les offres

Avant d’opter pour un prêt de sept ou huit ans, prenez le temps de calculer en tenant compte des frais supplémentaires. Voici quatre exemples d’offres regroupant tous les frais qui sont généralement invisibles au premier coup d’œil :

Hyundai Elantra GL 2013

Hyundai Elantra GL 2013

Ford Escape SE 2013

Volkswagen Jetta 2,0 L Trendline + 2014

84 mois (avec financement du constructeur)

96 mois (avec financement du constructeur)

84 mois (avec financement du constructeur)

84 mois (avec financement du constructeur)

Prix de détail

19 599 $

19 599 $

26 999 $

18 590 $

Livraison et destination

1 550 $

1 550 $

1 615 $

1 395 $

TPS et TVQ

3 184 $

3 184 $

4 226 $

3 008 $

Autres taxes et droit

115 $

115 $

100 $

100 $

Prix total

24 448 $

24 448 $

32 440 $ (rabais de 500 $ sur le total de la facture)

23 093 $

Taux d’intérêt annoncé (incluant tous les frais)

0 %

0,99 %

2,49 %

3,9 %

Mensualités

291 $

265 $

422 $

315 $

Total des intérêts que vous verserez (compris dans les mensualités)

0 $

991 $

3 008 $

3 333 $

Le planificateur financier Éric Brassard, auteur de l’ouvrage Finance au volant (Éric Brassard éditeur, 2003), recommande de financer l’achat de votre voiture neuve à un taux sous la barre des 3 %. «La qualité d’une dette n’est pas liée à sa durée, mais à son taux d’intérêt», dit-il. S’il est faible, c’est même «une bonne dette», car elle ne génère pas ou peu de frais supplémentaires. Et pendant ce temps, vous pouvez investir et faire fructifier votre argent ailleurs­. «À 0 % d’intérêt, vous pourriez étirer le financement jusqu’à 200 mois sans problème!»

Du moins, en théorie. Car si les publicités affichent des taux bas et des mensualités alléchantes, elles braquent rarement le projecteur sur les frais supplémentaires qui font gonfler la facture. «Les fabricants doivent faire état de tous les frais dans la publicité et dans le contrat de financement», rappelle Jean Jacques Préaux, porte-parole de l’Office de la protection du consommateur. Or, ces informations sont souvent rédigées en petits caractères et peuvent vous échapper.

Donc, avant de vous emballer, vérifiez que l’offre intègre tous les frais liés au financement. Le total des intérêts, la prime d’une assurance souscrite, les taxes et les divers frais d’administration sont-ils inclus dans les chiffres annoncés? Pour le savoir, multipliez le montant de la mensualité par la durée du prêt (ex.: 208,33 $ X 96 mois = 20 000 $). Dans le cas d’un versement toutes les deux semaines, il faut multiplier le montant par 26, puis par le nombre d’années que dure le financement (ex.: 96,15 $ X 26 versements/an X 8 ans = 20 000 $).

Dans les deux cas, le résultat doit correspondre au prix total annoncé pour le véhicule en question.

Des publicités scrutées à la loupe

Depuis le début de 2013, l’Office de la protection du consommateur a mis «sous surveillance» une vingtaine de concessionnaires et de marchands vendant des véhicules neufs. L’organisme gouvernemental souhaite s’assurer que les offres de financement respectent la loi, particulièrement le fait que le rabais au comptant et les taxes doivent être mentionnés dans la pub et le contrat. «Il n’y a pas eu de plaintes formelles, mais des associations de consommateurs ont questionné l’Office sur la légalité de certaines offres», explique le porte-parole Jean Jacques Préaux.

L’article 70 de la Loi sur la protection du consommateur stipule ce que la publicité doit impérativement dire, notamment:
• la somme réclamée à titre d’intérêt;
• la valeur du rabais ou de l’escompte auquel le consommateur a droit s’il paye comptant;
• la prime d’une assurance souscrite;
• la ristourne;
• les frais d’administration, de courtage, d’expertise, d’acte, ainsi que les frais engagés pour l’obtention d’un rapport de solvabilité.

Sur une trentaine de publicités publiées dans les journaux en décembre 2013 et janvier 2014 et analysées par Protégez-Vous, la loi est respectée, mais il faut dans certains cas s’armer de patience pour déchiffrer toutes les conditions. «Il est même parfois nécessaire d’agrandir les publicités à l’aide d’une photocopieuse pour être en mesure de les lire», déplore George Iny, président de l’Association pour la protection des automobilistes. En ce qui a trait aux publicités télévisuelles, le constat est clair: impossible de lire les conditions, car elles passent beaucoup trop vite à l’écran.

N’oubliez pas le rabais au comptant!

Un taux à 0 % cache-t-il un taux d’intérêt réel de 6 %? Pour le savoir, prenez en compte le rabais au comptant et faites vos calculs.

Pendant les promotions, particulièrement en fin d’année quand les véhicules d’une année-modèle doivent être écoulés, il est coutume que les concessionnaires proposent un financement invitant, ou encore, un rabais au comptant. Ce dernier est accordé si le véhicule est payé en entier au moyen de vos liquidités ou d’un prêt auto obtenu auprès d’une institution financière.

Dans ce cas, comparez les deux options en calculant leur taux d’intérêt réel. Prenons l’exemple d’une voiture affichée à 20 000 $ (taxes et frais inclus). Avec un rabais au comptant de 4 000 $, vous ne débourserez que 16 000 $. Si vous optez plutôt pour la formule de financement à 0 % d’intérêt sur 96 mois, vous paierez 208,33 $ par mois pendant huit ans, pour un total de 20 000 $, soit 4 000 $ de plus que si vous aviez profité du rabais au comptant. Dans les faits, donc, le prétendu taux à 0 % d’intérêt revient à un taux d’environ 6 %. «Un vrai 0 %, c’est quand le prix du véhicule ne change pas, qu’il y ait financement ou pas», résume le planificateur financier Éric Brassard.

Quel est le bon taux?

En résumé, selon les spécialistes consultés, il faut garder à l’esprit que:

• Si le taux d’intérêt (tous frais compris) se situe à 0 %, c’est très intéressant parce qu’on ne rembourse que l’argent emprunté, pas un cent de plus;
• Si ce taux est sous la barre du 3 %, l’offre demeure attrayante parce qu’elle est inférieure aux taux proposés par les institutions financières;
• Si ce taux est supérieur à 3 %, il faut comparer l’offre avec celle d’un autre concessionnaire ou avec celles des banques; ou envisagez de payer comptant avec vos liquidités.

Négociez ou allez voir ailleurs

Un conseil: si, une fois le rabais au comptant pris en compte, le taux d’intérêt réel demeure élevé, demandez au vendeur de baisser le prix du véhicule. C’est ce que Protégez-Vous a fait, et la stratégie fonctionne. En décembre 2013 et janvier 2014, nous avons en effet visité incognito six concessionnaires dans les régions de Montréal­ et de Québec. Nous incarnions un client en quête d’une voiture de 20 000 $ proposée avec un financement longue durée. Quand nous faisions valoir le calcul du taux d’intérêt réel, tous les vendeurs ont proposé de baisser de 10 à 20 % le prix de détail du véhicule convoité. Soulignons toutefois qu’il s’agissait de modèles 2013 que les concessionnaires voulaient vendre au plus vite.

Dans le cas où un vendeur serait inflexible, explorez l’idée de contracter un prêt à meilleur taux auprès d’une institution financière. À la fin de janvier 2014, les taux offerts pour les prêts auto se situaient entre 3,9 et 8 % dans les principales institutions. Changeants, ces taux dépendent notamment de votre situation financière et de votre cote de crédit, et il faut magasiner auprès de chaque banque pour les connaître. Des «courtiers automobiles» ou «courtiers en financement», qui annoncent leurs services dans les pages jaunes et sur Internet, proposent toutefois de le faire pour vous.

Revente: évitez de perdre de l’argent

Les petites mensualités d’un financement à 0 % d’intérêt sont attrayantes. Mais le jour où vous voudrez vendre votre voiture, aurez-vous payé assez pour gommer sa dévaluation? Nous avons comparé plusieurs scénarios de financement pour une Honda Civic achetée à 20 000 $.

• Financement à 0 % sur 5 ans (60 mois): la valeur de revente (12 000 $) et votre solde dû seront équivalents après deux ans (24 mois).

• Financement à 0 % sur 8 ans (96 mois): la valeur de revente (7 500 $) et votre solde dû seront équivalents après cinq ans (60 mois); si vous vendez après trois ans, vous devrez débourser 2 500 $ supplémentaires pour rembourser votre prêt.

• Financement à 4 % sur 8 ans (96 mois): la valeur de revente (7 000 $) et votre solde dû seront équivalents après cinq ans et demi (66 mois); si vous vendez après trois ans, vous devrez débourser plus de 3 200 $ pour rembourser votre prêt.

• Financement à 8 % (taux moyen des banques) sur 8 ans (96 mois): la valeur de revente (6 750 $) et votre solde dû seront équivalents après presque six ans (71 mois). Si vous vendez après trois ans, c’est près de 4 000 $ supplémentaires que vous devrez payer pour acquitter votre prêt.

Note: les valeurs de revente projetées sont basées sur les prix moyens du marché pour ce véhicule d’occasion à différents âges.
Sources: prix moyens constatés sur les sites Web des vendeurs de voitures d’occasion, Canadian Black Book.

Évitez d’être dans le rouge

Selon le planificateur financier Éric Brassard, le principal risque financier sera toujours à 18 pouces du volant, soit le consommateur lui-même. «L’important est d’acheter une voiture pour laquelle vous avez les moyens. Rappelez-vous­ que plus votre char est gros et cher, plus les vacances sont courtes!» illustre-t-il.

En effet, lors de visites incognito chez les concessionnaires, cinq vendeurs sur six nous ont recommandé un modèle plus cher que celui convoité. «En ajoutant seulement 30 $ par mois, vous aurez le modèle supérieur», nous encourageaient-ils. Attention: «Une voiture de 30 000 $, ce n’est pas un modèle à 25 000 $, notamment s’il faut le vendre avant la fin du contrat», rappelle George Iny.

Un risque important du financement sur une longue durée est celui de l’équité négative, c’est-à-dire quand la dette associée au véhicule reste plus élevée que sa valeur de revente, en raison notamment de la forte dépréciation qu’il subit. En effet, un véhicule neuf perd en moyenne 25 % de sa valeur après seulement un an. Donc, plus le prix de départ de votre véhicule est élevé, plus l’équité négative met du temps à se résorber. Et si vous le vendez avant le terme du financement, vous pourriez perdre de l’argent.

Nous avons fait une projection pour une voiture d’une valeur de 20 000 $. Dans le cas d’un financement à 0 %, il faut cinq  ans, ou 60 mois, pour que sa valeur de revente soit égale au solde à payer. Dans le cas d’un prêt à 8 %, 71 mois seront nécessaires pour rentrer dans votre argent.

Ces données varient toutefois selon la valeur de revente du véhicule, dictée par la fiabilité du modèle et par le marché. Pour éviter des pertes, le spécialiste George Iny y va de quelques balises: pour les véhicules américains (Lincoln, Chrysler­, Dodge, Chevrolet, etc.), la période de financement ne devrait pas dépasser six ans (72 mois); et pour les voitures japonaises, Toyota et Honda ou les coréennes Hyundai­ et Kia, réputées plus fiables, il faut plutôt viser sept ans (84 mois). À un taux de moins de 3 %, huit ans (96 mois) serait la limite à ne pas dépasser, dit-il. D’ailleurs, selon l’APA, des fabricants étudient la possibilité d’offrir des financements sur 9 ou 10 ans, ce qui serait un pensez-y-bien.

Soyez stratégique

Mais il n’y a peut-être pas lieu de s’alarmer si vous perdez des sous à la revente de votre véhicule, souligne le planificateur financier Éric Brassard. «Si vous avez investi vos liquidités durant ces années et qu’elles ont généré des gains, ce n’est pas si grave.» Vous récupérez ainsi une partie de votre mise. À son avis, lorsqu’il s’inscrit dans un budget réfléchi, un financement sur 72, 84 ou 96 mois peut être vraiment intéressant. Surtout à 0 %! «L’argent que vous ne mettez pas sur votre voiture pendant de longues années peut fructifier dans un régime d’épargne-études, un régime de retraite ou un CELI.»

Gardez aussi à l’esprit que votre situation financière peut changer sensiblement dans un horizon de six, sept ou huit ans. Malgré le versement de vos mensualités, soyez sûr d’avoir les reins assez solides pour pouvoir continuer à épargner pour la retraite et parer aux imprévus (accident, maladie). Ces offres sont donc l’occasion de repenser votre budget auto et la gestion de vos finances personnelles. Mais notez qu’elles ne seront pas éternelles, car les taux d’intérêt finiront bien par augmenter. Il reste à savoir quand. Ce qui fait dire à George Iny que «tant que les taux d’intérêt ne bougent pas, le financement à long terme est intéressant. S’ils remontent, il faudra refaire nos calculs». 

Quel est le bon taux?

En résumé, selon les spécialistes consultés, il faut garder à l’esprit que:

• Si le taux d’intérêt (tous frais compris) se situe à 0 %, c’est très intéressant parce qu’on ne rembourse que l’argent emprunté, pas un cent de plus;
• Si ce taux est sous la barre du 3 %, l’offre demeure attrayante parce qu’elle est inférieure aux taux proposés par les institutions financières;
• Si ce taux est supérieur à 3 %, il faut comparer l’offre avec celle d’un autre concessionnaire ou avec celles des banques; ou envisagez de payer comptant avec vos liquidités.

Lire l'article
Litige à la suite de l’achat d’une auto: voici quoi faire

Problème de moteur, vice caché, transmission défectueuse, rouille prématurée… Qu’il s’agisse d’une voiture neuve ou usagée, plusieurs options permettent de régler un litige. Voici ce qu’il faut savoir à propos des garanties, des rapports d’experts et des autres éléments qui vous aideront à obtenir réparation.

Lire l'article
Voitures hybrides et électriques : 10 histoires portées devant les petites créances

Batterie qui ne charge plus, autonomie insatisfaisante, conflit lié à une borne de recharge, véhicule électrique usagé qui ne remplit pas ses promesses… Voici les mésaventures de dix propriétaires de voitures électriques ou hybrides qui se sont retrouvés devant la Cour des petites créances. Certains ont gagné leur cause, d’autres pas.

Lire l'article
Test
Pneus d’hiver : 26 ensembles testés

Nous avons évalué 26 ensembles de pneus d’hiver de diverses marques incluant Michelin, Pirelli, Nokian, Bridgestone, Toyo, Yokohama et Firestone. Notre comparatif vous aidera à déterminer quels pneus d'hiver acheter. IMPORTANT : Dû à la COVID-19, il nous a été impossible d’inclure des nouveautés parmi notre sélection de pneus pour « camionnettes et VUS intermédiaires ». Il s’agit de la mise à jour des prix des modèles de 2018 qui sont toujours sur le marché québécois.

Lire l'article
10 véhicules qui carburent à l’essence… et à l’huile

Une cylindrée bien entretenue ne devrait pas consommer d’huile moteur en plus de l’essence, même après dix ans d’utilisation. On ne peut toutefois pas dire que toutes les cylindrées respectent cette règle. La preuve : voici dix modèles de véhicules qui sont reconnus pour brûler de l’huile sur une base régulière.