Votre navigateur n'est plus à jour et il se peut que notre site ne s'affiche pas correctement sur celui-ci.

Pour une meilleure expérience web, nous vous invitons à mettre à jour votre navigateur.

La retraite: un concept récent... et un important enjeux de société

Par Rémi Maillard en collaboration avec Question Retraite Mise en ligne : 18 Octobre 2013 Shutterstock

Quest-ce que la retraite Shutterstock

Les Québécois vivent de plus en plus longtemps et en meilleure santé. Une bonne nouvelle, mais aussi une source d’inquiétudes pour beaucoup: à quel âge et dans quelles conditions prendre sa retraite?

La retraite est une «invention» qui remonte seulement au début du siècle dernier. Jusqu’alors, la plupart des gens travaillaient toute leur vie. Ils ne s’arrêtaient que lorsqu’ils mouraient ou n’en étaient plus capables, et dans ce cas, seules leur famille ou des communautés religieuses pouvaient leur venir en aide.

Au Canada, l’une des premières mesures d’ordre social, la Loi relative aux rentes sur l’État, date de 1908. Son but: encourager les Canadiens, du moins le petit nombre qui en ont les moyens financiers, à préparer leur retraite en achetant une rente garantie par l’État, versée à partir d’un âge déterminé. En 1927, Ottawa adopte la Loi sur les pensions de vieillesse, entrée en vigueur au Québec seulement en 1936. Durant la Seconde Guerre mondiale, les régimes de retraite privés se développent, notamment en raison de la croissance industrielle et de la montée du syndicalisme.

Il faut attendre 1952, sous la pression des syndicats et de l’opinion publique, pour que soit promulguée la Loi sur la sécurité de la vieillesse, ancêtre de l’actuelle Pension de la sécurité de la vieillesse. Important progrès pour l’époque, cette loi instaure une pension universelle pour les Canadiens de 70 ans et plus vivant au pays depuis au moins 20 ans. En 1966, le Régime de pensions du Canada et le Régime de rentes du Québec viennent remplacer ce dispositif, complété l’année suivante par le Supplément de revenu garanti (destiné à réduire la pauvreté chez les aînés), puis par les régimes de retraite publics et privés négociés dans le cadre des conventions collectives.

D’ici à 2050, le pourcentage des plus de 65 ans passera de 15 % à 26 % de la population canadienne, prévoit l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). À moins de changements démographiques majeurs, cette proportion sera encore plus importante au Québec, compte tenu que la population y connaît un vieillissement plus rapide que partout ailleurs dans le monde, à l’exception du Japon.

Or, si l’allongement de l’espérance de vie représente en soi un formidable progrès, le vieillissement de la population pose aussi de redoutables défis, notamment en matière de viabilité des régimes de retraite publics. D’autant que, dans plusieurs pays occidentaux, les gens quittent la vie active plus tôt que l’âge légal, par exemple à 60 ans au lieu de 65 ans, si l’on en croit une étude publiée en 2010 par le Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO).

Impossible statu quo

Une position intenable, affirment beaucoup d’économistes. «Une retraite anticipée peut être un objectif individuel séduisant, mais celui-ci est coûteux du point de vue de la collectivité. En ce qui concerne les finances publiques, c’est un objectif qui n’est pas tenable, avant tout parce qu’un plus grand nombre de travailleurs partent à la retraite précocement et vivent plus longtemps. Par conséquent, un plus grand nombre de retraités dépendent de la richesse créée par ceux qui travaillent», s’inquiétait dès 2002 Willi Leibfritz, du Département des affaires économiques de l’OCDE.

Circonstance aggravante, les retraités d’aujourd’hui et de demain, en gros les baby-boomers et leurs enfants, entendent bien souvent conserver leur niveau de vie, même si, au Québec, moins de la moitié d’entre eux disposent d’un fonds de pension de leur employeur, par exemple.

L’étude du CIRANO démontre par ailleurs que le maintien du statu quo se traduirait au Québec par un déficit accumulé de plus de 40 milliards $ d’ici à 2021.

Encourager les départs tardifs

Depuis une quinzaine d’années, plusieurs entreprises et la plupart des gouvernements occidentaux ont donc effectué un virage à 180 degrés, tournant le dos à leur politique d’incitation à la retraite précoce des décennies 80 et 90. Ainsi, Québec a instauré des mesures pour pénaliser les retraites anticipées tout en créant un système de primes pour encourager les travailleurs à prendre leur retraite après 65 ans.

Selon l’OCDE, une telle politique pourrait s’avérer «assez efficace». Faute de quoi, «la pression sera telle sur l’équilibre financier des régimes de pension qu’on peut craindre que les actifs d’aujourd’hui ne touchent pas les pensions auxquelles ils s’attendent ou auxquelles ils estiment avoir droit», conclut Willi Leibfritz. L’étude réalisée par le CIRANO arrive aussi à la conclusion que le gouvernement et les employeurs québécois doivent favoriser le maintien au travail au-delà de 65 ans pour ceux qui le désirent.

Défi majeur

«Plusieurs personnes qui prennent leur retraite avant l’âge de 65 ans ne le font pas volontairement, et certains travailleurs âgés de 60 ans et plus qui perdent leur emploi sont incapables de demeurer dans la population active à cause de leur employabilité faible», souligne un rapport de la Direction de la recherche parlementaire de la Bibliothèque du Parlement canadien. Il y est précisé que ce phénomène représente «un défi majeur qui accompagne toute politique visant le report de l’âge de la retraite et le maintien en activité des travailleurs âgés».

Les défis sociétaux liés aux nombreux départs à la retraite des baby-boomers au cours des 10 ou 15 prochaines années sont « multiples et complexes », souligne un rapport de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) publié en 2012. Parmi eux, notons le financement adéquat des régimes de retraite publics et privés, l’amélioration des conditions de vie des futurs retraités ayant de faibles revenus, l’adaptation des milieux de travail pour favoriser le prolongement de la vie active ou encore la formation qualifiante de la main-d’œuvre vieillissante.

On vit de plus en plus vieux

L’espérance de vie au Canada ne cesse de croître depuis le siècle dernier; en 2007, elle atteignait 78,2 ans chez les hommes et 82,8 ans chez les femmes. D’après Statistique Canada, les hommes âgés aujourd’hui de 65 ans devraient vivre en moyenne 18 années supplémentaires, et les femmes, 21 années. L’autre bonne nouvelle, c’est que les Canadiens ont aussi des chances de demeurer plus longtemps en santé: 68,9 ans pour les hommes et 71,2 ans pour les femmes.

L’allongement de la durée de vie a deux conséquences, selon la Régie des rentes du Québec: l’augmentation du nombre d’années à la retraite et l’augmentation du nombre d’années durant lesquelles une personne aura un handicap physique quelconque. Afin de poursuivre ses activités, celle-ci devra donc assumer des dépenses plus élevées.

Les projections démographiques montrent que près d’un quart de la population canadienne aura 65 ans ou plus en 2036 et que, d’ici là, la proportion des aînés les plus âgés (80 ans et plus) aura augmenté de façon importante, passant de 4,1 % en 2012 à 7,6 %. En raison des coûts qui y sont rattachés, le vieillissement de la population deviendra une question centrale au cours des 20 prochaines années, qui correspondent au départ à la retraite des générations du baby-boom.

Selon Statistique Canada, le niveau de scolarité a une influence significative sur l’espérance de vie à la retraite. Ainsi, en 2009, un travailleur de 50 ans possédant moins d’un diplôme d’études secondaires pouvait espérer vivre 18 ans après avoir quitté le marché de l’emploi, contre 21 ans pour son homologue ayant suivi des études postsecondaires. Cette différence s’explique notamment par le fait que les aînés moins scolarisés sont plus souvent malades: en 2010, 61 % des plus scolarisés étaient «généralement en bonne santé», une proportion qui tombait à 47 % chez les autres. La raison? Les études montrent que les personnes les plus scolarisées sont globalement en meilleure forme grâce, entre autres, à une meilleure alimentation et à des comportements à risques moindres vis-à-vis de leur santé (alcool, tabac, etc.).

Avec l’allongement de l’espérance de vie, la durée de la retraite peut désormais dépasser 20, voire 30 ans. Mais beaucoup de Québécois n’ont pas les moyens financiers de rester «inactifs» pendant une période aussi longue; déjà 10 % des plus de 65 ans sont obligés de demeurer sur le marché du travail. Et selon les spécialistes, la tendance n’est pas près de s’inverser.

Dans une étude publiée en 2011, l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) estime que plus de 40 % des travailleurs âgés de 50 à 54 ans ou de 55 ans ou plus pensent continuer à travailler à temps partiel une fois qu’ils seront retraités. Une récente étude de la Financière Sun Life va dans le même sens ; elle indique que «plus de trois Canadiens sur cinq (60 %) prévoient continuer de travailler après l’âge de 65 ans par obligation».

Les principales raisons invoquées sont avant tout d’ordre économique: 38 % des participants redoutent de voir leur épargne-retraite s’épuiser de leur vivant, tandis que près du tiers craignent de manquer un jour d’argent pour couvrir leurs frais médicaux. À l’origine de cette inquiétude, selon la Financière Sun Life on retrouve des éléments tels que l’instabilité économique, le fort niveau d’endettement, l’augmentation des soins de santé, l’accroissement de l’espérance de vie et le manque de planification.

Les Québécois partent plus tôt

Le taux d’emploi des Canadiens de 55 ans et plus s’est accru de façon notable au cours des dernières années: de 1997 à 2010, il est passé de 30,5 à 39,4 % chez les hommes et de 15,8 à 28,6 % chez les femmes. L’âge moyen auquel les Canadiens prévoient prendre leur retraite, lui, est passé de 64,2 ans en 2009 à 67,7 ans en 2010.

Au Québec, en 2011, l’âge moyen de la retraite était de 61,5 ans pour les hommes et de 60,2 ans pour les femmes. Par ailleurs, la proportion de travailleurs québécois de 25-44 ans qui prévoient prendre leur retraite à 65 ans est passée de 22 % en 2003 à 35 % en 2011.

En règle générale, ceux-ci quittent le marché du travail deux ans plus tôt que les autres travailleurs canadiens. Cette différence, d’ailleurs observée entre le Québec et l’Ontario, s’explique en partie par le fait que davantage de travailleurs québécois sont nés au Canada, que la province affiche une plus forte couverture syndicale et qu’on y trouve une proportion plus élevée d’emplois stables.

Sources: Institut de la statistique du Québec; Rapport 2013 sur l’Indice canadien de report de la retraite Sun Life; sondage SOM réalisé en 2011 pour Question Retraite et la Régie des rentes du Québec; Statistique Canada. 

Ressources utiles

Les conséquences du baby-boom nous concernent tous! – Régie des rentes du Québec – Flash Retraite Québec
Rapport 2014 sur l’Indice canadien de report de la retraite – Sun Life
La longévité: une richesse [PDF] – CIRANO

Photo: Shutterstock

Cet article a initialement été publié dans notre guide pratique «Préparer sa retraite» écrit par Rémi Maillard en collaboration avec Question retraite. Pour consulter la liste des guides que vous pouvez vous procurer, consultez notre boutique en ligne.

 

 

 

 

Ajouter aux favoris
Ajouter aux favoris

Pour suivre toutes les mises à jour et nouveautés sur cet article, vous devez être connecté.

Argent

Commentaires 0 Masquer

L'envoi de commentaires est un privilège réservé à nos abonnés.

Il n'y a pas de commentaires, soyez le premier à commenter.