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Éducation financière: les banques veulent votre bien!

Par Priscilla Franken Mise en ligne : 13 Septembre 2012

Dossier - Finances: 8 règles d’or revisitées

Les banques ont décidé de faire votre éducation financière, et celle de vos enfants. La lutte contre l’analphabétisme financier est une priorité pour le gouvernement fédéral, d’où l’apparition de nombreux projets à visée éducative, dont certains mis en place par l’industrie financière elle-même.

Pour n’en citer que quelques-uns: la Banque Nationale avec Jecomprends.ca, la Banque Royale avec l’application iPad Les sousLéo et toi, TD avec Money Lounge sur Facebook, Visa avec du matériel de classe pour les enseignants et une «BD excitante sur l’épargne» pour les jeunes…

«Les banques entretiennent des relations avec des millions de Canadiens. Elles peuvent leur offrir des renseignements financiers en personne, en succursale, au téléphone ou en ligne. Il est donc logique qu’elles offrent des renseignements sur la littératie fi­nan­cière», souligne Christelle Chesneau, coordonnatrice pour l’Association des banquiers canadiens (ABC). Reste que la présence des banques sur ce terrain ne ravit pas tout le monde.

>> À lire aussi: Conflit avec votre banque? Bonne chance!

Informations pas claires et frais de service

Formulations difficiles à comprendre, concepts ambigus, offres promotionnelles offertes au détriment des informations essentielles… Pas de doute, le monde bancaire n'est pas facile à comprendre pour le commun des mortels. 

«Je ne crois pas que l’éducation financière puisse être confiée à n’importe qui, estime Charles Tanguay, porte-parole de l’Union des consommateurs. Les banques sont-elles bien placées pour ça? Que dirait-on si PFK se lançait dans l’éducation alimentaire?» Pour l’Union, si l’industrie veut vraiment poser un geste désintéressé, elle pourrait verser de l’argent dans un fonds qui serait géré par un groupe indépendant investi d’une mission exclusivement éducative.

En parallèle, force est de constater qu’il reste pas mal de choses à améliorer si l’on souhaite œuvrer pour le bien des consommateurs: une information sur les produits bancaires plus claire et trans­pa­rente, des frais de service moins élevés, un système de traitement des plaintes plus accessible… Alors, avant de dire merci, remettons deux ou trois choses en perspective.

Phrases complexes et ambiguës, concepts ardus peu ou pas expliqués, promotion excessive des avantages offerts au détriment d’informations essentielles… L’enquête relative à l’information sur les produits financiers réalisée par l’Union des consommateurs en 2010 montre bien qu’en matière de renseignements clairs et précis, les banques ont encore beaucoup de chemin à faire.

«Un nombre croissant de produits financiers est offert aux consommateurs, mais ces derniers restent toujours, semble-t-il, peu ou mal informés sur leur utilisation optimale. […] À trop vouloir rendre un produit attrayant, on en vient à oublier que le consommateur qui consulte ces documents [brochures et dépliants d’information] recherche de l’information», peut-on lire dans le rapport.

Démonstration: jetez un œil au site Web de Visa

On y vante la fameuse «politique Responsabilité zéro» pour le consommateur victime de fraude. Vous pouvez notamment lire, en caractères gras: «Aucune responsabilité des consommateurs dans le cas d’opérations frauduleuses». Reportez-vous ensuite au bas de la page, où figurent, en caractères littéralement microscopiques, un certain nombre de précisions: «Les titulaires de carte Visa doivent démontrer qu’ils ne sont pas responsables de la transaction […]. Ne s’applique pas aux transactions effectuées à un GAB [guichet automatique bancaire] […]. Des montants de crédit provisoire individuels peuvent être retenus, retardés, limités ou annulés […].» La responsabilité du consommateur n’est donc pas à zéro!

Outre une amélioration de la qualité et de l’objectivité des documents d’information produits par les banques, l’Union des consommateurs souhaite que le gouvernement intègre des cours d’éducation financière à l’école, dès le primaire. Le ministère de l’Éducation indique qu’il n’envisage pas d’appliquer un tel programme au primaire, mais que les réflexions se poursuivent à ce propos avec différents partenaires.

Des frais de service à n'en plus finir

En matière de frais de service, on peut dire que nos banquiers ne manquent pas d’imagination. Aux 10 ou 15 $ en moyenne que les clients déboursent chaque mois pour un nombre limité d’opérations, s’ajoutent souvent quelques dollars pour les relevés mensuels papier, l’impression de son livret bancaire, une attestation de solde, de l’information sur son compte au comptoir, un retrait à un guichet privé… On peut même vous réclamer quelques dollars pour voir une image de chèque en ligne, pour fermer votre compte, ou encore pour compte inactif!

D’une année à l’autre et selon les institutions, certains de ces frais restent stables, d’autres augmentent. Il est difficile de se faire une idée précise de la question, puisque les banques refusent de dévoiler des chiffres qu’elles jugent confidentiels. «Ces coûts entrent dans la catégorie des renseignements privés et concurrentiels qui ne sont pas du domaine public», déclare Christelle Chesneau, de l’Association des banquiers canadiens (ABC). L’organisme indique tout de même que les frais de service représentaient près de 6 % des revenus des banques en 2011, contre 5 % en 2005.

«Quand on se penche sur les profits des institutions financières, on observe qu’ils sont toujours en augmentation. On pourrait s’attendre à ce que les frais facturés aux consommateurs soient stables ou en baisse en raison des gains de productivité, orils augmentent», souligne Charles Tanguay, porte-parole de l’Union des consommateurs.

Économies pour les institutions financières

On sait en effet que de plus en plus d’opérations sont réalisées par voie électronique, ce qui devrait logiquement entraîner des économies pour les institutions financières… «Il est vrai que le nombre de transactions électroniques est à la hausse, mais les banques dépensent des milliards de dollars pour assurer à leurs clients plus de 6 000 succursales au pays, plus de 17 000 GAB [guichet automatique bancaire], sans oublier les services bancaires sécuritaires par téléphone, Internet et appareil mobile. De nombreux clients ne paient aucuns frais de service et, à notre avis, ceux qui paient reçoivent une bonne valeur en retour», répond Christelle Chesneau.

Jean Roy, professeur de finances à HEC Montréal, rappelle pour sa part certains principes de la tarification des produits complémentaires: on attire les clients avec des prix alléchants, puis on rattrape ses objectifs de recettes en surfacturant des produits connexes. «La question, au fond, c’est quel est le coût véritable de ces différentes opérations versus ce qui est facturé aux consommateurs», conclut-il. Question qui restera sans réponse tant que le voile ne sera pas levé sur les bénéfices des banques à ce chapitre.

Quelques chiffres

• Les sources de revenus des banques sont: 55 % en revenus d'intérêt (prêts hypothécaires, cartes de crédit, etc.), 6 % en frais de service, 39 % avec d'autres revenus (courtage, fonds d'investissement, etc.). Source: Association des banquiers canadiens.

• 23 601 000 000 $: bénéfice net des huit plus grandes banques canadiennes* en 2011, contre 19 228 000 000 $ en 2006. (*Banque canadienne de l’Ouest, Banque Laurentienne du Canada, Banque Nationale du Canada, Banque Scotia, BMO Groupe financier, CIBC, Groupe Financier Banque TD, Banque Royale du Canada.) Source: Association des banquiers canadiens.

• 45 % des canadiens utilisent Internet comme­ principal moyen d’effectuer leurs transactions bancaires, comparativement à 8 % il y a 10 ans. Source: Association des banquiers canadiens.

• Au Canada, 60 % des titulaires de comptes dépensent 15 $ ou moins par mois en frais de services bancaires. Source: The Strategic Counsel, Assessment of Canada’s Banks, mai 2011.

Ils ont dit...

«Les banques veulent se conformer uniquement aux lois qui leur plaisent. Cela fait des décennies que ça dure. Il est évident qu’elles préfèrent investir un peu d’argent pour éduquer les gens plutôt que changer leurs pratiques.»
- Jacques St-Amant, enseignant en droit de la consommation à l’UQAM.

«Les banques sont un véritable cartel organisé, c’est pourquoi nous payons des frais de toutes sortes, et plus élevés qu’ailleurs. Chaque année, elles réalisent des profits records et quand elles gaffent, les gouvernements les aident. Elles sont tellement puissantes qu’elles ont les coudées franches. Too big to fail
- Léo-Paul Lauzon, professeur à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM.

«Un manque de connaissances et de compréhension des risques et des avantages que présentent les produits et les services financiers peut créer des problèmes tant pour les individus eux-mêmes que pour l’économie dans son ensemble. »
- Extrait du discours de Terry Campbell, président de l’Association des banquiers canadiens, prononcé à l’occasion du Forum économique international des Amériques qui se tenait à Montréal le 12 juin 2012.

S'endetter, encore et encore

Gabrielle Roehl se souvient de cette dame retraitée qui, malgré ses 950 $ de revenus mensuels, se baladait avec deux cartes de crédit dont les limites respectives atteignaient 10 000 et 35 000 $. Selon la conseillère budgétaire à l’ACEF du Sud-Ouest de Montréal, ce ne sont pas les exemples qui manquent: «De nombreux consommateurs ont accès à des montants qu’ils n’ont pas la capacité de rembourser. Il suffit de regarder le ratio d’endettement des Canadiens pour s’en convaincre.»

À ses yeux, les cartes de crédit remportent la palme de l’outil le plus problématique, car c’est l’un des plus faciles d’accès. «Elles représentent une source incroyable de revenus pour les institutions financières, notamment en raison de leurs taux d’intérêt très élevés», rappelle-t-elle.

Les consommateurs, pour leur part, ne savent pas toujours résister aux sirènes du marketing. «Les gens veulent du crédit. Les pubs le leur présentent comme un bâton magique pour obtenir ce qu’ils n’ont pas les moyens de s’acheter», poursuit Gabrielle Roehl. Bref, tout le monde ou presque s’entend pour parler d’une nécessaire responsabilité partagée, entre trois acteurs: «L’institution financière, qui doit faire ses devoirs de vérification, l’individu, qui doit garder le contrôle de ses dépenses, et le gouvernement, pour veiller à un bon encadrement des pratiques», résume Marc Lacoursière, professeur spécialisé en droit bancaire à l’Université Laval.

Obliger les banques à vérifier la capacité de remboursement

Fortes de ces constats, les associations de consommateurs réclament des limites de crédit mieux adaptées à la réalité financière des clients. «À l’heure actuelle, il n’existe aucune réglementation qui obligerait les banques à vérifier la capacité de remboursement des clients, indique Charles Tanguay, porte-parole de Union des consommateurs. Elles disent faire ces vérifications, mais les ACEF reçoivent des gens qui ont des soldes impayés hallucinants.»

Le projet de loi 24, mort au feuilleton avec la fin de la session parlementaire et le déclenchement d'élections générales en août, proposait que tous les prêteurs (banques et commerçants) aient l’obligation de vérifier la capacité de remboursement du client avant de lui consentir un prêt. Concrètement, s’il s’avérait que ces vérifications n’ont pas été effectuées, le prêteur pourrait devoir renoncer aux intérêts. Selon Charles Tanguay, il est probable que le nouveau gouvernement réintroduise un projet similaire au projet de loi 24.

Récompenses: vous vous les payez!

Grâce à eux, on sait tout de vos habitudes de consommation. En plus, ils vous fidélisent et vous donnent envie d’utiliser votre carte de crédit le plus souvent possible. Les programmes de récompenses, ce sont aussi des stratagèmes bien ficelés qui vous coûtent cher, à votre insu. Pourquoi? Parce que pour vous offrir des points boni à gogo, les émetteurs de cartes de crédit facturent des frais de transaction aux commerçants, soit entre 1,5 et 3 % par achat. Selon le Bureau de la concurrence du Canada, ils représentent 5 milliards de dollars par an et sont parmi les plus élevés au monde.

Or, les émetteurs de cartes de crédit interdisent aux commerçants de refiler ces frais aux clients qui paient par ce moyen. «Résultat, pour absorber ces coûts supplémentaires, les détaillants augmentent leurs prix… de manière générale. D’où cette appellation de “frais cachés”: tous les consommateurs subissent une hausse des prix, sans même le savoir», explique Charles Tanguay.

En décembre 2010, le Bureau de la concurrence a déposé une demande au Tribunal de la concurrence visant à faire abolir les règles «contraignantes et anticoncurrentielles» que Visa et MasterCard – qui exploitent les deux réseaux de cartes de crédit les plus importants du Canada – imposent aux commerçants. «Si ces règles ne sont pas modifiées, […] tous les consommateurs, même ceux qui utilisent des modes de paiement moins coûteux, notamment la carte de débit ou le comptant, continueront à payer des prix plus élevés», a alors déclaré Melanie Aitken, commissaire de la concurrence, par voie de communiqué.

Au moment de la mise en ligne, les audiences étaient terminées et l’on attendait la décision du Tribunal.

Bon à savoir

• La banque paie 15 fois moins que le consommateur. Alors que le consommateur qui ne paie pas la totalité du solde de sa carte débourse en moyenne 19 % d’intérêts, son institution financière, elle, emprunte à la Banque du Canada à des taux extrêmement bas, soit environ 1,25 % actuellement. Les associations de défense des consommateurs prônent un écart fixe entre le taux directeur et les taux proposés aux clients, mais l’idée ne séduit pas les banquiers canadiens…

• 150 %, c'est le ratio d’endettement des ménages canadiens à la fin de 2011. Source: Statistique Canada.

• 64 % des Canadiens paient le solde de leur carte de crédit en totalité chaque mois. Source: The Strategic Counsel, Assessment of Canada’s Banks, 2011.

• 74,5 millions de cartes de crédit Visa et MasterCard étaient en circulation en 2011 au Canada. Source: Association des banquiers canadiens.

• 53 % des personnes déclarent que la possibilité d’obtenir des récompenses les incite à utiliser leur carte de crédit. Source: Union des consommateurs, sondage sur les modes de paiement, 2010.

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Commentaires 23 Masquer

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  • Par Emiliano do REGO | 30 Août 2013

    Ce que l'on a de mieux actuellement au Canada c'est ING Direct:ils offrent tous les services bancaires notamment des retraits à volonté sans AUCUN frais et des taux d'intérêts les plus élevés sur le marché pour des différents comptes d'épargne.
    Et même le compte chèque génère des intérêts.
    Rien à voir avec les RBC,TD,Scotia,Banque nationale,BMO,CIBC de ce monde.
    Quant à la caisse Desjardins,voilà bien des années qu'elle n'a plus rien d'une caisse:c'est une vraie banque RAPACE,plus que les autres.

  • Par Daniel Allaire | 30 Août 2013

    Le simple fait qu'il y ait des frais de banque.
    Comme si ce n'était pas suffisant leurs revenus en intérêts.

  • Par Anne-Marie Courville | 25 Juillet 2013

    Les clients déposent de l'argent aux banques ou aux caisses. Malgré tout, on a l'impression que nous sommes au service des banques qui font des profits avec notre argent. En plus, on doit payer des frais élevés pour tous les services. Pour faire un arrêt de paiement, j'ai payer $12.00. Pourquoi ce montant et non pas $2.00?
    J'en ai assez de me faire exploiter par eux y compris les caisses.
    Je rêve d'une banque ou caisse qui me donnerait satisfaction sans exiger des frais prohibitifs et qui serait au service du client et non des actionnaires. Le système est à repenser.

  • Par BERTRAND MACAMEAU | 25 Juillet 2013

    taux d interets ridiculements bas sur depots a terme ex:0.650% pour 1 an! Services aux clients tres lent

  • Par JACQUES HAINS | 30 Août 2013

    En ce qui me concerne, il y a belle lurette que la caisse Desjardins n'est plus «populaire». Elle n'a de coopératif que le nom mais n'est plus vraiment au service de ses «membres». Alphonse Desjardins, le fondateur, doit se retourner dans sa tombe !!
    Chaque mois, je reçois un malheureux 6¢ ou 7¢ d'intérêt alors que je maintiens un plancher de 1000$ dans mon compte d'opération. D'autre part, je suis obligé d'acheter les chèques chez Québécor par carnet de 50 ou 100. Et ce mois-ci, on me charge 50$ de frais pour retirer un RÉÉR.