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Détournement de cause

Par Marc-André Gagnon, professeur de politiques publiques à l'Université Carleton Mise en ligne : 20 Janvier 2012  |  Magazine : Février 2012

Detournement de cause

Voici le billet de notre collaborateur Marc-André Gagnon, professeur de politiques publiques à l'Université Carleton. Contrairement à ce qu’elles pensent, plusieurs associations de patients ne mènent pas le bon combat pour obtenir un meilleur accès aux médicaments.

La Coalition Priorité Cancer au Québec pilote depuis quelque temps une campagne médiatique visant le remboursement, par le gouvernement québécois, de certains médicaments anticancer qui sont couverts ailleurs au pays.

Bien que cette organisation réalise un important travail de sensibilisation, il y a un hic: puisqu’elle est financée par 13 compagnies pharmaceutiques transnationales, son message est essentiellement celui de fabricants qui cherchent à accroître leurs profits.

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La Coalition réclame notamment le remboursement de l’Avastin pour certains types de cancer du sein. Or, aux États-Unis, l’utilisation de ce médicament à cet usage n’est désormais plus autorisée: les données cliniques sur ce produit, qui entraîne des effets secondaires importants, n’ont démontré aucun effet bénéfique par rapport au placebo.

Le fabricant Genentech générait ainsi environ un milliard de dollars de revenus annuellement pour un traitement de 100 000 $ qui n’apportait aucun bénéfice clinique.

Rapport coûts-résultats

Supposons que les autres médicaments dont la Coalition exige le remboursement démontrent un réel effet thérapeutique. Combien alors devrions-nous accepter de payer pour un traitement qui permettrait, par exemple, de prolonger de trois mois en moyenne la vie d’un patient cancéreux, et ce, sans effets secondaires importants? Dix mille dollars? Cent mille dollars? Un million de dollars?

Selon la norme utilisée pour évaluer le rapport coûts-résultats d’un traitement, le gouvernement accepte de rembourser jusqu’à 50 000 $ pour chaque année de vie gagnée, en tenant compte de la qualité de vie (une mesure appelée QALY).

Les firmes pharmaceutiques peuvent exiger que leurs nouveaux produits soient remboursés à hauteur de 100 000 $ par QALY, mais l’État se garde le droit de refuser, privant ainsi les patients de nouveaux produits.

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Supposons maintenant que, à la suite de pressions populaires soutenant que «la vie n’a pas de prix», l’État accepte de rembourser les prix exigés par les firmes pharmaceutiques. La question de l’accès aux médicaments serait-elle alors réglée?

En fait, si l’État cède une fois, les firmes exigeront encore davantage par QALY l’année suivante et ainsi de suite, année après année, le problème de l’accès restant entier.

Une vraie solution

Malgré les apparences, la campagne de la Coalition Priorité Cancer pour favoriser un meilleur accès aux médicaments ­anticancer est en réalité une campagne visant à forcer l’État à payer plus par QALY pour un produit donné. Le montant excédentaire que nous accepterions de payer aux firmes ne pourrait plus être investi ailleurs dans le système de santé.

Si les organisations de patients souhaitent améliorer l’accès aux médicaments, la meilleure solution reste d’exiger des compagnies pharmaceutiques qu’elles réduisent leurs prix pour respecter la limite du coût par QALY. Le Québec est la province canadienne où le prix des médicaments brevetés s’avère déjà le plus élevé, et le Canada arrive au troisième rang mondial de ce même palmarès.

Le problème serait vite réglé si, par exemple, le Québec exigeait des fabricants les mêmes prix qu’ils offrent à l’Ontario ou à l’Alberta dans le cadre d’ententes secrètes partiales.

Tous les patients devraient avoir accès à des médicaments dont l’efficacité a été démontrée, mais ils ne devraient jamais avoir à se faire complices de compagnies pharmaceutiques qui manœuvrent au détriment des contribuables… et des patients.

Marc-André Gagnon est professeur de politiques publiques à l'Université Carleton à Ottawa et chercheur pour le Centre d'éthique de l'Université Harvard et le Consortium de recherche en politiques pharmaceutiques.

Illustration: Christine Roy