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Histoires malheureuses de surendettement

Par Nathalie Côté 21 octobre 2018  |  Magazine : octobre 2018 Shuttertsock.com

Shuttertsock.com

Surconsommation, rénovations coûteuses, impôts inattendus... Les situations à l'origine du surendettement sont nombreuses mais ont souvent le même point de départ: un accès facile au crédit. Plusieurs consommateurs en perdent le contrôle de leurs finances. Témoignages.

Fatiguée de vivre sans marge de manœuvre pour parer aux imprévus, Sophie (prénom fictif) a décidé de réduire ses dettes à néant. « Cette fois, c’est la bonne ! Je ne veux pas que mes enfants grandissent dans la surconsommation qui m’a poussée à l’endettement », souligne cette mère de 37 ans qui réside dans la région de Québec.

Après avoir dressé seule un budget, elle a cessé d’utiliser sa carte de crédit, planifie mieux ses repas afin d’éviter le gaspillage, emprunte des livres à la bibliothèque, etc. L’hiver dernier, elle a même payé comptant son voyage annuel dans le Sud !

Sophie gagne plus de 40 000 $ par an depuis la fin de ses études en archivistique. Grâce à cet emploi stable, les banques lui ont toujours accordé le crédit qu’elle voulait. Au fil du temps, vêtements, articles de cuisine et gâteries ont fait grimper à plus de 15 000 $ le solde de sa carte de crédit.

Sophie fait partie des nombreux Canadiens qui vivent au-dessus de leurs moyens. Depuis les années 2000, l’augmentation de la valeur des biens immobiliers, la facilité d’accès au crédit à la consommation ainsi que les taux d’intérêt au plancher favorisent le surendettement. Si, en général, une hypothèque est considérée comme une « bonne dette » puisqu’elle est un actif dont la valeur est appelée à augmenter, il en va autrement du crédit à la consommation. Ce dernier, qui compte pour 25 % de l’endettement total des Québécois selon Desjardins, peut devenir toxique puisque la valeur des biens qu’il permet d’acquérir diminuera avec le temps, sans parler des intérêts élevés appliqués sur ces achats.

Justement, les Canadiens n’ont jamais été aussi endettés, rapporte Statistique Canada. À la fin de 2017, le taux d’endettement des ménages était de 170 % (prêts hypothécaires inclus), ce qui signifie que pour chaque dollar de revenu après impôts, ils devaient 1,70 $ à un créancier ! Outre l’hypothèque à régler tous les mois, les Québécois ont une dette moyenne de 19 123 $, indique l’agence d’évaluation de crédit Equifax, ce qui fait de nous les deuxièmes moins endettés au pays derrière les Manitobains.

Reste que la remontée prévue des taux d’intérêt risque de faire mal. Alors qu’environ 5 % des ménages québécois avaient déjà un endettement jugé critique en 2016, entre 20 000 et 40 000 ménages additionnels pourraient se retrouver pris à la gorge d’ici 2021 si la hausse est plus importante qu’anticipé, indique Desjardins.

Qu’est-ce que le surendettement ?

Avoir des dettes n’est pas un crime ! En effet, peu de gens ont les moyens d’éviter le crédit pour acheter une maison ou une voiture, par exemple. Le problème, c’est le surendettement. Mais quand a-t-on trop de dettes ?

Statistiquement, une personne ou un couple qui consacre plus de 40 % de ses revenus bruts au remboursement de ses dettes et des frais d’intérêt est jugé à risque de ne pas pouvoir honorer ses obligations financières, indiquent la Banque du Canada et Desjardins. Par exemple, si vous gagnez 5 000 $ bruts par mois (60 000 $ par an) et que vous consacrez 2 000 $ au remboursement de vos emprunts, vous êtes dans la zone critique. Et à partir du seuil de 30 %, soit 1 500 $ par mois, vous jouez avec le feu, car vous pourriez vite vous retrouver mal pris en cas d’imprévus.

En effet, en plus de la surconsommation et des revenus insuffisants pour subvenir à ses besoins de base, les imprévus comme la séparation d’un couple, des ennuis de santé ou bien une perte d’emploi ou d’un contrat lucratif sont les principales causes d’un endettement excessif, explique Éric Lebel, conseiller en redressement financier et syndic autorisé en insolvabilité chez Raymond Chabot Grant Thornton.

Le surendettement se mesure toutefois au cas par cas. « Il faut regarder le poids des dettes et des intérêts à payer sur le budget mensuel d’une personne, résume Caroline Soulard, conseillère budgétaire à l’ACEF Rive-Sud de Montréal. Une petite dette peut devenir problématique si on a un faible revenu. Une plus grosse dette liée à un actif immobilier peut être correcte si on a un bon revenu stable. » Le surendettement varie aussi en fonction du train de vie. Une famille de trois enfants aura probablement moins d’espace dans son budget pour rembourser ses dettes qu’un couple sans enfant qui gagne un revenu équivalent.

Si vous avez l’impression que vous ne viendrez jamais à bout de vos dettes, vous êtes sûrement trop endetté pour vos moyens. Nous vous présentons, dans cet article, l’histoire de quelques personnes qui pataugent dans le rouge ainsi que des conseils pour éviter de vous retrouver dans le même pétrin. Peut-être vous reconnaîtrez-vous à travers ces trois cas de figure.

Conseils pour vivre selon vos moyens

• Payez le plus d’achats possible en argent comptant : vous serez ainsi conscient de vos dépenses.

• Ayez une seule carte de crédit : la limite de crédit de celle-ci doit être peu élevée. Et ne l’apportez avec vous qu’en cas de nécessité.

• Réglez la totalité du solde de votre carte de crédit chaque mois : « Il faut plus de 10 ans pour rembourser un achat de 1 000 $ sur une carte de crédit si on se contente du paiement minimum », rappelle Caroline Soulard, conseillère budgétaire à l’ACEF Rive-Sud de Montréal.

• Calculez le nombre d’heures de travail nécessaires pour payer un achat : par exemple, si vous gagnez 15 $ l’heure après impôts, vous devrez travailler une journée entière pour vous offrir un billet de spectacle
à 120 $. Cela en vaut-il la peine ? À vous d’en juger !

• Ne vous laissez pas séduire par les offres : ne cédez pas aux offres du genre « achetez maintenant, payez plus tard », à moins de réussir à tout payer à temps et d’éviter tout frais d’intérêt.

• Évitez de faire appel à des entreprises de règlement de dettes ou à des redresseurs financiers : si vous n’arrivez plus à rembourser vos créanciers, consultez plutôt les associations de consommateurs comme les ACEF, dont les conseils sont gratuits. Si une faillite ou une proposition de consommateur est inévitable, seul un syndic autorisé en insolvabilité peut vous accompagner dans cette démarche légale.

DES RÉNOS PLUS CHÈRES QUE PRÉVU

Il y a six ans, Émilie (prénom fictif) et sa conjointe acquéraient une maison. Plutôt disciplinées, elles avaient accumulé 20 000 $ pour la mise de fonds. Aujourd’hui, après avoir puisé 18 000 $ dans sa marge pour payer des rénovations plus coûteuses que prévu, le couple jongle avec une hypothèque de 135 000 $. À cela s’ajoutent le prêt étudiant d’Émilie (11 000 $) ainsi que des soldes impayés sur des cartes de crédit (5 000 $). Avec un troisième enfant en route et un seul salaire de 50 000 $ par an dans la maisonnée, les fins de mois sont difficiles.

Comment éviter ces problèmes ?

Ayez un fonds d’urgence, soit un montant équivalent à trois mois de revenus, recommande Éric Lebel. Si vous n’avez pas de coussin, remboursez toujours vos dettes qui ont le taux d’intérêt le plus élevé en premier.

Restez également prudent avec les marges de crédit, prévient Karine Robillard, consultante budgétaire à Option consommateurs. « Plusieurs institutions financières n’exigent que le paiement des intérêts. Le capital, lui, n’est jamais remboursé. » Versez donc toujours plus que les intérêts pour réduire votre dette.

Comment s’en sortir ?

Émilie et sa conjointe ont fait inclure les soldes de leurs cartes de crédit dans leur nouveau prêt hypothécaire lors du renouvellement, ce qui est une bonne idée pour payer moins d’intérêts, confirme Karine Robillard.

Comme ce couple, réduisez le plus possible vos dépenses. Achetez des trucs usagés et évitez les bars et restaurants. Vous avez plusieurs créanciers ? Vous pouvez demander un prêt personnel à votre banque pour consolider vos dettes, souligne Karine Robillard. Cela peut contribuer à faciliter la gestion des remboursements et à réduire les frais de retard.

Dette moyenne des consommateurs Montréalais (hypothèque exclue) à la fin de l’année 2017
Source : Equifax.

DÉPENSER SANS COMPTER

Partie faire son cégep à Québec avec des prêts étudiant, Catherine (prénom fictif) n’a étudié qu’une session avant de dénicher un emploi à temps plein. « Comme j’avais l’impression d’avoir beaucoup d’argent, je dépensais sans compter », admet-elle. Elle habitait par ailleurs un appartement cher et mangeait souvent au restaurant, jusqu’à ce qu’elle se retrouve avec un inquiétant solde de 7 000 $ sur sa carte de crédit.

Comment éviter ces problèmes ?

La clé, surtout quand on est jeune, est d’apprendre à vivre selon ses moyens. « Faire un budget, c’est la base pour savoir où va votre argent », rappelle Caroline Soulard. Limitez également les risques d’achat impulsif. « Par exemple, plusieurs personnes veulent changer de voiture au printemps, illustre Éric Lebel. Or, en retardant la visite chez le concessionnaire, ça finit souvent par passer. » Appliquez ce principe pour tous vos achats.

Comment s’en sortir ?

Réduisez votre train de vie. Par exemple, si le prix de votre loyer est élevé, vous pouvez faire comme Catherine et déménager dans un logement plus abordable. La jeune femme a aussi transféré sa dette sur une carte de crédit qui offre temporairement un taux sous les 2 % afin d’en venir à bout plus rapidement. Bien que cette stratégie puisse être efficace, elle ne convient pas à tous, avertit Caroline Soulard. Vous devez avoir la discipline nécessaire pour rembourser le solde chaque mois. Et comme les promotions offertes par les banques sont d’une durée limitée (souvent 6 ou 12 mois), renseignez-vous sur le taux qui s’appliquera ensuite si le solde n’est toujours pas réglé.

UNE FACTURE D’IMPÔT SURPRISE

Travailleuse autonome en communications, Marie-Pierre (prénom fictif) gagne 25 000 $ par an. Ses finances ont dérapé il y a quatre ans à cause d’une facture d’impôt inattendue : « J’avais gagné plus que d’habitude et je n’avais pas mis l’argent de côté pour payer les impôts supplémentaires. » Marie-Pierre a alors contracté auprès de son institution financière un prêt personnel de 4 000 $, qu’elle a déposé dans un REER afin de bénéficier d’une réduction d’impôt.

Mais les versements mensuels de 341 $ exigés pour rembourser ce prêt l’ont par la suite empêchée d’épargner les fonds pour payer ses impôts de l’année suivante. Des problèmes de santé ont aussi aggravé la situation. « Comme j’étais en dépression, ça me faisait du bien de me payer des films ou des disques. »

Résultat : elle a actuellement 40 000 $ de dettes, dont 30 000 $ sur des cartes ou marge de crédit et dans un prêt personnel. De plus, elle doit encore 2 000 $ au gouvernement du Québec et 8 000 $ à sa mère.

Comment éviter ces problèmes ?

On ne rigole pas avec l’impôt ! Les travailleurs autonomes qui n’ont pas de retenues à la source sur leurs revenus devraient mettre de côté ce qu’ils devront en impôt et taxes. Vous pouvez estimer ce montant au moyen du formulaire TP-1026 de Revenu Québec ou vous fier au montant exigé l’année précédente si vos revenus sont semblables. Faire des acomptes provisionnels, c’est-à-dire verser les sommes nécessaires à l’avance quatre fois l’an, est aussi recommandé par les experts.

Pour éviter d’être sans revenus advenant des ennuis de santé ou à la suite d’un accident, les travailleurs autonomes devraient également se procurer une assurance invalidité, note Éric Lebel.

Et attention : contracter une dette pour en régler une autre aggrave souvent la situation, avertit Caroline Soulard, qui remet en question la stratégie de Marie-Pierre d’emprunter pour investir dans un REER. Surtout que la déduction d’impôt obtenue est inférieure au prêt contracté. Cela vient donc gonfler sa dette.

Comment s’en sortir ?

La première chose à faire consiste à couper dans le gras. « À eux seuls, mes abonnements à la bibliothèque et à des services de vidéo en ligne m’ont permis d’économiser environ 2 000 $ par an, car je n’achète plus de livres ni de DVD, dit Marie-Pierre. En changeant de forfait bancaire et en faisant réduire le taux d’intérêt d’une de mes cartes de crédit, j’épargne aussi environ 300 $ par mois, somme que je peux consacrer au remboursement de mes dettes. »

De plus, demander à l’émetteur de votre carte de crédit un taux d’intérêt inférieur est souvent une bonne idée, et ce, même si on doit payer des frais annuels pour obtenir ce taux, confirme Caroline Soulard. Avec des frais annuels de 20 $, vous pourriez bénéficier d’un taux de 11,9 %, par exemple. C’est beaucoup moins que les 20 % qui s’appliquent généralement.

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