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Comment réagir en cas de vol d'identité

Par Maxime Bilodeau Mise en ligne : 20 Janvier 2020  |  Magazine : 01 Février 2020 Shutterstock.com

vol-identite Shutterstock.com

Le vol d’identité est le crime de l’heure au pays, peut-être même celui du 21e siècle. Si vous êtes victime d’une fraude, voici les solutions à mettre en œuvre pour rétablir la vérité.

Apprendre qu'on est victime d'une fraude ou d'un vol d'identité suscite beaucoup d’anxiété. Avec raison : mettre en œuvre les solutions pour rétablir la vérité peut pourrir le quotidien, et ce, pendant longtemps.

Parlez-en à Tommy Dolbec qui se souviendra sûrement toujours de ses dernières vacances, mais pas pour de bonnes raisons. À la mi-juillet 2019, le résident de Dudswell, en Estrie, reçoit un appel d’une entreprise spécialisée en recouvrement de créances. Au bout du fil, un agent l’informe qu’il dispose de sommes impayées d’un peu plus de 600 $ à la Banque Scotia. Seul problème : Tommy Dolbec, client chez Desjardins, n’a jamais fait affaire avec cette institution bancaire.

« J’ai alors appris que la succursale de la banque où j’avais supposément ouvert ce compte chèques sept mois plus tôt était située en Ontario, dans une ville que je n’avais jamais visitée », raconte l’homme de 29 ans. Peu après, ses pires craintes se confirment : la Banque Scotia n’est que la pointe de l’iceberg. « J’avais d’autres compte chèques en souffrance ouverts ailleurs. Je croyais pourtant ne faire partie d’aucune fuite de données connue », indique celui dont la cote de crédit est encore entachée.

En 2018, le Centre antifraude du Canada répertoriait 9769 cas d’acquisition de renseignements personnels à des fins criminelles, des statistiques qui représentent toutefois moins de 5 % du nombre total de victimes.

« Les fraudeurs disposent dorénavant d’une quantité phénoménale d’outils pour collecter les données personnelles par rapport à il y a 15 ans. Pour eux, c’est à la fois payant et peu risqué, car il est très difficile d’identifier les auteurs de ces crimes complexes », affirme Claude Sarrazin, président et fondateur de Sirco, une entreprise d’investigation indépendante.

Les conséquences d’un vol d’identité peuvent être dramatiques, surtout s’il passe sous le radar pendant des mois, voire des années. « Quand la fraude est rapidement détectée, les institutions financières ne posent pas trop de questions et rétablissent les faits. C’est quand la situation dégénère et que les montants gonflent qu’elles deviennent moins compréhensives », explique Sylvain Paquette, président et fondateur du Bureau canadien du crédit, qui se spécialise en rétablissement des identités.

Voici la marche à suivre pour rétablir la vérité pour trois types de fraudes.

Fraude simple : achat suspect sur une carte de crédit

En voyage dans une métropole de la côte est des États-Unis, vous ne trouvez plus votre carte de crédit. La dernière fois que vous l’avez utilisée, c’était il y a deux jours, dans un marché achalandé du centre-ville. Un coup d’œil sur vos transactions dans votre compte en ligne confirme vos soupçons : quelqu’un vous l’a vraisemblablement dérobée et enfile depuis les achats frauduleux grâce à elle.

Ici, la rapidité d’action est le nerf de la guerre. Dès qu’elle est mise au courant d’une telle situation, votre institution financière gèle le compte frauduleux et rembourse les montants dérobés. Vous avez 30 jours à compter de la date de transaction suspecte qui apparaît sur votre relevé pour la signaler, sinon il se pourrait que vous ayez à assumer cette dépense non autorisée.

« Votre dossier de crédit ne sera pas entaché et le dénouement sera rapide, soit de l’ordre de quelques jours », souligne Claude Sarrazin. Mieux encore : il se peut que ce soit votre institution qui vous mette au parfum, grâce à des algorithmes capables de détecter les transactions de carte de crédit aux allures frauduleuses.

Fraude moyenne : identité compromise

L’utilisation illicite d’informations personnelles est plus grave. C’est ce qu’a vécu Tommy Dolbec, qui croit que la fraude dont il a été victime est liée à la fuite de données de Desjardins puisque son institution est l’une des seules à détenir autant de renseignements confidentiels sur lui. Comme tous les membres particuliers du mouvement, son nom, sa date de naissance, son numéro d’assurance sociale (NAS), son adresse, son numéro de téléphone, son courriel, ses habitudes transactionnelles et son profil de produits financiers ont vraisemblablement été transmis illégalement à des tiers.

Si vous faites les frais d’une telle fraude, votre premier réflexe doit être de porter plainte à la police, qui ouvrira une enquête. Celle-ci vous fournira un numéro d’événement que vous noterez dans un journal de bord dans lequel vous consignerez toutes vos futures démarches. Parmi celles-ci, il vous faut, sans plus tarder, contacter les deux agences d’évaluation du crédit du Canada, Equifax et TransUnion, pour qu’elles inscrivent un avis de fraude à votre dossier de crédit. Bien qu’optionnel, rapporter l’événement au Centre antifraude du Canada est une bonne idée; ils vous dispenseront de précieux conseils, comme celui d'avertir vos fournisseurs de services (téléphonie, SAAQ, Revenu Québec...).

Par la suite, vous devez déclarer le vol d’identité auprès des institutions bancaires concernées. Cette démarche s’effectue en général auprès d’un directeur de la succursale la plus proche de chez soi, qui est la personne la mieux placée pour remplir un tel formulaire et avec laquelle il faut prendre rendez-vous. Une fois la déclaration remplie, assurez un suivi régulier.  

« Par expérience, de tels dossiers ont tendance à se perdre dans le système. L’étiquette de fraude n’est pas particulièrement facilitatrice; on vous regarde avec soupçon, comme si vous étiez quelqu'un qui ne voulait pas payer ses comptes... », raconte Tommy Dolbec, dont les procédures pour rétablir son identité ont pris bien plus que les trois semaines de vacances auxquelles a droit cet employé du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Plusieurs institutions s’engagent à accompagner aussi longtemps que nécessaire leurs clients dont l’identité aurait été usurpée. Desjardins, par exemple, offre notamment une garantie allant jusqu’à 50 000 $ pour tous les frais engendrés pour réhabiliter l’identité – frais administratifs, frais d’avocats, coûts liés à diverses démarches... Renseignez-vous sur les services de protection contre le vol d’identité offerts par votre institution bancaire. Et assurez-vous d’obtenir son accord explicite avant de procéder à certains déboursés, comme l'embauche d’une firme experte en rétablissement des identités ; une banque pourrait décider de ne pas rembourser certaines dépenses pour lesquelles elle n’a pas donné son aval.

Nos experts conseillent en outre l’utilisation d’un gestionnaire de mots de passe et de surveiller étroitement vos communications et comptes pour y détecter toute transaction suspecte. Ils recommandent aussi, si possible, de verrouiller votre boîte aux lettres et de faire retenir votre courrier, surtout lors de la période des impôts, et, enfin, de ne jamais vous connecter sur des réseaux Wi-Fi publics ou inconnus.

« On veut minimiser autant que possible les intrusions. Tous ceux qui croient avoir été victimes d’une quelconque fuite de données devraient minimalement appliquer ces mesures dès maintenant et de manière continuelle », pense l’analyste en fraude Sylvain Paquette.

Fraude extrême : usurpation de votre identité

Marie-Ève Aubry subit encore les conséquences d’une fraude complexe. « Tout vol d’identité est catastrophique, on ne sait jamais combien de temps ça prendra pour réparer les pots cassés, dit-elle. Dans mon cas, ça pourrait prendre toute une vie. »

La Montréalaise de 42 ans se souviendra toujours de ce jour de 2006, quand sa vie a basculé. « La Société de l’assurance automobile du Québec m’avise qu’un individu se balade dans la nature avec un permis de conduire à mon nom, raconte-t-elle. De fil en aiguille, j’apprends que j’ai plusieurs contraventions non payées à mon nom. » C’était bien des années après que l’éducatrice spécialisée eut égaré son portefeuille, lequel contenait son NAS.

Dans les années suivantes, Mme Aubry tente par tous les moyens de régulariser sa situation. Elle fait annuler des centaines de dollars de contravention et se bat avec Revenu Québec et l’Agence du revenu du Canada, qui avaient cessé de lui verser ses allocations familiales. Le point culminant de sa mésaventure est atteint en 2012 lorsqu’elle apprend qu’un mandat d’emprisonnement a été lancé à son encontre! De guerre lasse, elle fait finalement appel, en 2014, aux services d’une firme experte en rétablissement des identités, dont l’armée d’experts et d’avocats règle en bonne partie ses problèmes.

Ce type d’entreprise privée prend en charge l'ensemble des procédures. Certaines vont même jusqu’à proposer la correction de l’ensemble des erreurs contenues dans votre dossier de crédit. C’est notamment le cas du Bureau canadien du crédit, dont le président et fondateur Sylvain Paquette prétend « qu’au moins 80 % des dossiers de crédit contiennent des erreurs pouvant mener à des refus automatiques de financement ». Et ne comptez pas sur les agences de crédit pour corriger ces inexactitudes. « Equifax et TransUnion ne reconnaîtront jamais que leurs fiches contiennent des erreurs : c'est leur pain et leur beurre! L'admettre briserait le lien de confiance avec leurs clients », affirme l'auteur du livre La face cachée des bureaux de crédit paru en 2011.

Ces services ne sont toutefois pas donnés : prévoyez des frais de quelques centaines de dollars pour la simple ouverture d’un dossier chez de tels spécialistes. Heureusement, les polices d’assurance habitation comprennent une couverture contre le vol d’identité, parfois sous forme d’avenant – gratuit ou non –, d'autres fois à même leur offre globale. Attention : les pertes liées aux transactions frauduleuses font l’objet de démarches séparées auprès de votre institution bancaire.

Dans un cas comme celui de Marie-Ève, attendez-vous donc à investir beaucoup de temps, d’énergie et, possiblement, d’argent pour rétablir votre identité. Il se peut même que la situation ne rentre jamais complètement dans l’ordre. « J’ai vu des victimes patauger là-dedans pendant des années alors que d’autres normalisent leur situation en quelques mois à peine. Il n’y a pas de règle : c’est très variable selon les cas et la gravité de l’atteinte à la vie privée », conclut Claude Sarrazin, de Sirco.

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Commentaires 1 Masquer

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  • Par JOHANNE CANTIN | 23 Janvier 2020

    Un aspect intéressant du vol d'identité non couvert: le transfert des conséquences d'un vol d'identité aux héritiers au décès.