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Réouverture des écoles: oui ou non au retour en classe de son enfant?

Par Marie-Eve Shaffer
ecole

Retournera-t-il ou non à l’école? C’est la question que se posent bien des parents à l’aube de la réouverture des établissements scolaires et des services de garde. Voici quelques pistes de réflexion sur les pour et les contre.

En annonçant que les écoles primaires rouvriront leurs portes le 11 mai dans la plupart des régions du Québec, à l'exception de celles du Grand Montréal qui ne rouvriront finalement qu'à la rentrée, le gouvernement du Québec a indiqué que ce sont les parents qui décideront si leur enfant retournera derrière son pupitre. Les élèves qui demeureront à la maison auront droit à un encadrement à distance.

Le premier ministre François Legault a néanmoins déconseillé le retour en classe des enfants qui sont atteints d’une maladie chronique ou qui présentent une déficience immunitaire, mais il a chaudement recommandé aux parents de renvoyer sur les bancs d’école les élèves ayant des difficultés d’apprentissage.

 

Risque pour la santé

Quel est le risque pour les enfants de développer des complications s’ils contractent la maladie? Le Dr Alain Vadeboncoeur, urgentologue à l’Institut de cardiologie de Montréal, qui intervient régulièrement sur les réseaux sociaux pour rétablir les faits concernant le virus, se fait rassurant. Il souligne qu’à ce jour, aucun enfant n’est mort de la COVID-19 au Québec et que seulement quelques-uns ont été hospitalisés.

«Ça semble avéré que, de façon générale, la COVID-19 est une maladie plutôt bénigne pour la vaste majorité des enfants, bien qu’il y ait certains cas qui fassent peur dans le monde, dit le Dr Vadeboncoeur. Ça ne veut pas dire qu’il y a un risque zéro, mais ça se compare à un risque qu’on assume correctement avec d’autres infections.»

Quant à la possibilité que les enfants soient des vecteurs de la maladie, les études scientifiques ne s’entendent pas. Une recherche épidémiologique française statue que les enfants sont peu susceptibles de propager le virus alors que des scientifiques allemands suggèrent qu’ils sont aussi contagieux que les adultes.

Cette absence de consensus scientifique fait en sorte que les parents qui sont atteints de maladies chroniques ou d’une déficience immunitaire doivent jouer de prudence et garder leur enfant à la maison.

«Ce que les gens craignent le plus [avec la réouverture des écoles], c’est l’effet sur l’épidémie elle-même, explique le Dr Alain Vadeboncoeur. Les réponses ne sont pas claires puisque ça va dépendre du fait que les enfants jouent ou pas un rôle important comme vecteur de la maladie dans la population. C’est un sujet controversé.»

La sécurité

Depuis l’annonce de la réouverture des écoles, celles-ci révisent leur fonctionnement afin de permettre une distanciation de deux mètres et ainsi protéger les élèves et le personnel scolaire.

Les groupes réuniront au plus 15 enfants. Si davantage d’élèves sont de retour dans une classe, certains d’entre eux seront déplacés dans un autre local ou même dans une école secondaire. Dans les circonstances, les enfants ne retrouveront pas nécessairement leur enseignant.

Des règles strictes sur l’hygiène seront également implantées dans les écoles. Les élèves devront se laver régulièrement les mains. Un protocole sera également mis en place pour déterminer la marche à suivre si un élève ou un employé contracte la COVID-19.

Puisque la distanciation sera difficilement maintenue en tout temps, le personnel scolaire pourra porter des masques, qui seront fournis par le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur.

Et les enfants, doivent-ils porter un masque? Le Dr Vadeboncoeur hésite. «C’est un peu illusoire de penser qu’un élève va porter un masque de façon adéquate, surtout au primaire», risque-t-il.

Les parents ont avantage à expliquer à leur enfant les comportements qu’il devra adopter à l’occasion du retour en classe, notamment en ce qui a trait aux mesures d’hygiène et aux consignes de distanciation physique, a conseillé la vice-première ministre, Geneviève Guilbault.

La routine et la socialisation

Si les parents décident de renvoyer leur enfant en classe, celui-ci y sera pendant au plus six semaines. «Ce n’est pas au cours de cette période que l’enfant fera de nouveaux apprentissages académiques, avise Jonathan Bluteau, professeur du département d’éducation et formation spécialisées de l’Université du Québec à Montréal. L’enjeu n’est pas académique. Pour la majorité des enfants, les trois quarts de l’année scolaire ont été complétés, sinon plus.»

Dans la mesure où les règles d’hygiène sont respectées, Jonathan Bluteau est favorable au fait que les élèves reviennent à l’école afin de reprendre la routine scolaire consistant à se préparer pour aller à l’école, s’y rendre et effectuer des travaux. «[La routine], c’est un facteur de protection pour beaucoup d’enfants, qu’il y ait des problématiques ou non à la maison», précise-t-il.

Il ajoute que le retour de cette routine scolaire peut aussi avoir comme effet de réduire le stress des enfants puisque ceux-ci retrouveront leurs repères. Cela sera particulièrement bénéfique pour les enfants atteints du spectre de l’autisme ou éprouvant des problèmes de santé mentale, de même que ceux vivant dans un foyer inadéquat.

Pour les enfants qui ne retrouveront pas leur enseignant ou qui iront dans une autre école, le professeur de l’UQAM recommande aussi qu’ils reviennent en classe pour reprendre la routine scolaire. «Pour les élèves plus vulnérables, ce type de changements peut par contre comporter un défi, dit-il. La question est de savoir si de rester à la maison représente un risque ou une protection pour l’enfant.» Les parents doivent ainsi peser le pour et le contre, selon le déficit ou les problèmes biopsychosociaux de leur enfant.

En revenant en classe, même si les enfants se trouveront à deux mètres de distance, ils pourront côtoyer leurs amis et ainsi répondre à leur besoin de socialisation. Ils pourront en même temps boucler la boucle de l’année scolaire, selon Jonathan Bluteau.

Le professeur de l’UQAM souligne que les adultes, que ce soit les parents ou le personnel scolaire, doivent éviter de transmettre leurs peurs aux enfants. «S’ils arrivent dans une classe avec des adultes qui ne sont pas contents d’être là et qui ont peur, ça ne générera rien de favorable», mentionne-t-il.

Jonathan Bluteau suggère de demeurer pragmatique et de relativiser le danger. Avant la pandémie, l’enfant courait un risque en se rendant à l’école, ne serait-ce que de tomber dans la cour d’école et de se casser une jambe, donne-t-il comme exemple. «Le risque d’aller à l’école n’est pas pire qu’avant», avance-t-il.

Dans tous les cas, ce sont les parents qui auront le dernier mot. C’est à eux de juger, selon la situation de leur enfant, s’il est bénéfique ou non qu’il revienne à son pupitre.

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MISE À JOUR 21/05/2020: Le texte a été modifié à la suite de la décision du gouvernement du Québec de ne pas rouvrir les écoles du Grand Montréal avant la rentrée de septembre.

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