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Guerre en Iran : 10 questions sur le prix de l’essence

Par Jean-Luc Lavallée
Guerre en Iran : 10 questions sur le prix de l’essence Kolabava Nadzeya/Shutterstock.com

La guerre au Moyen-Orient aura des répercussions inévitables sur le portefeuille des consommateurs québécois. Attendez-vous à devoir payer plus cher votre carburant – et vos denrées – dans les jours et les semaines à venir.

Au moment d’écrire ses lignes, l’Iran limitait l’accès au détroit d’Ormuz. Or, environ 20 % de la production mondiale de pétrole transite par ce passage stratégique, entre l’Iran et l’Arabie saoudite. Conséquence directe : les cours du pétrole brut, tant le Brent que le West Texas Intermediate (WTI), ont bondi de façon importante en début de semaine.

Même si le Québec ne s’approvisionne pas dans cette région du monde – ou si peu – le prix du pétrole, lui, fluctue partout sur la planète lorsque de tels conflits éclatent parce qu’il est surtout dicté par les marchés internationaux.

Pour en discuter, nous avons posé dix questions sur ces enjeux à Patrick Gonzalez, professeur agrégé au département d’économique de l’Université Laval, à Québec.

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- Patrick Gonzalez. Photo : Courtoisie.

1. Quel est l’effet prévisible de cette guerre, à court terme, sur le pétrole ?

Une hausse du prix du baril. D’ailleurs, c’est déjà commencé [avec le prix du Brent qui flirtait avec les 80 $ US le lundi 2 mars dernier, en hausse de 13 %, avant de redescendre légèrement].

2. À quoi peut-on s’attendre comme hausse à la pompe, au Québec, prochainement ?

Personne n’a une boule de cristal. Ça peut monter de 5, 10, 15 sous, et même plus, ce n’est pas impossible. Les mouvements sont purement spéculatifs sur le pétrole pour l’instant.

Ce qu’on peut faire, c’est regarder le prix qu’on a déjà payé dans le passé. En 2022, le baril de Brent a grimpé à près de 140 $ US au début de l’invasion russe en Ukraine [le litre d’essence avait alors franchi la barre des 2 $ dans plusieurs grandes villes du Québec].

C’est peu envisageable que de grosses perturbations fassent grimper le prix du baril encore davantage, à 160 $ US par exemple. Il faudrait vraiment que ça dégénère au Moyen-Orient… Nous n’en sommes pas là du tout pour l’instant.

3. Ne devrait-il pas y avoir un important délai avant que la hausse du prix du brut nous affecte à la pompe, compte tenu des réserves existantes ?

Non. Les raffineurs facturent le prix du pétrole en fonction de son prix actuel, pas du prix auquel ils l’ont acquis. Le prix du pétrole est mondial. Il est affecté par n’importe quel évènement sur la planète et il l’est encore plus par les prévisions sur les contrats à terme.

Les contrats à terme permettent aux raffineries de sécuriser leurs approvisionnements, mais quand il y a beaucoup d’incertitude, ça tire implicitement le prix du pétrole vers le haut. Si le prix du pétrole sur trois mois monte à 90 $ US, celui d’aujourd’hui ne restera pas à 60 $ US, il va monter aussi.

C’est pour ça que, lorsqu’il y a une guerre au Moyen-Orient, tout d’un coup, on voit le prix monter et on se dit : « C’est quoi le rapport ? » Bien, il est là le rapport.

4. Et à plus long terme ? Qu’arrivera-t-il si la circulation maritime est perturbée encore longtemps dans le détroit d’Ormuz ? Quelle est son importance dans l’échiquier mondial ?

Elle est énorme [environ 20 % du trafic mondial], mais il serait surprenant – quoique pas impossible – qu’elle soit perturbée longtemps.

5. Est-ce que la production additionnelle de 206 000 barils par jour, annoncée par des pays membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP+) aura un effet important ou non ?

Dans le passé, presque chaque fois qu’une perturbation majeure a limité l’approvisionnement en pétrole, d’autres producteurs – au premier chef l’Arabie saoudite – ont accru la production pour compenser.

Dans ce cas-ci, l’Arabie saoudite n’est pas vraiment une alternative parce qu’elle déplace le produit principalement via le détroit d’Ormuz, mais il ne manque pas de producteurs ailleurs dans le monde qui peuvent accroître leur production, notamment les États-Unis, la Russie et le Canada. Je ne suis pas inquiet pour l’approvisionnement en pétrole.

6. Selon vous, le prix à la pompe risque-t-il d’être à la hausse de façon durable ou plutôt temporaire ?

Avant le déclenchement des hostilités en Iran, l’U.S. Energy Information Administration (EIA) prévoyait une légère baisse du prix de l’essence cet été. Donc, a priori, la hausse devrait être temporaire si la guerre est temporaire. Mais si les choses s’enveniment et durent longtemps [plus de trois ou quatre semaines], le pronostic changera.

7. Quels pays – ou régions du monde – risquent d’être les plus affectés ? Y a-t-il des craintes de pénuries ?

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) impose aux pays membres importateurs nets de pétrole l’obligation de détenir en permanence des stocks d’urgence équivalant à au moins 90 jours d’importations nettes de pétrole. Donc, sur cet horizon, qui dépasse les trois ou quatre semaines que j’ai évoquées plus haut, il n’y a pas de pénurie envisagée.

8. D’où provient l’essence que nous consommons ici, au Québec ? Quelle est la proportion de pétrole canadien versus le pétrole importé de l’étranger ? 

Le Québec ne produit pas de pétrole. Nos raffineries [à Montréal et Lévis] importent le pétrole de l’Ouest canadien et surtout des États-Unis. La proportion de pétrole canadien a été de 62 % en 2025, alors que le pétrole du Texas [importé par bateau] représentait 32 % du pétrole raffiné au Québec.

9. Le Canada, en tant que producteur de pétrole et exportateur, s’en tirera-t-il mieux que les pays qui n’en produisent pas ?

Si les troubles actuels se traduisent par une hausse du prix du pétrole, cela favorise toujours, en un sens, le Canada, qui est un exportateur net de pétrole – nous en produisons plus que nous n’en consommons. Cela veut dire de meilleures entrées fiscales pour les provinces productrices.

Cela dit, l’économie ne se résume pas au pétrole, et les perturbations ailleurs dans le monde peuvent nous affecter négativement. Une chose est sûre, lorsqu’une hausse du pétrole entraîne une hausse du prix de l’essence, tous les consommateurs d’essence sont affectés, qu’ils soient Québécois ou Albertains.

10. Les consommateurs, de façon générale, doivent-ils anticiper des hausses de prix à l’épicerie et dans divers autres secteurs d’activité commerciale ?

Oui, si la hausse du prix perdure. Le pétrole est un intrant majeur dans plusieurs procédés industriels et dans le transport. La Banque du Canada ne lutte pas contre l’inflation induite par une hausse du prix du pétrole. Cela dit, les hausses sont difficiles à anticiper : une hausse de 10 % du prix du pétrole peut se traduire à moyen terme par une hausse du prix de 0,5 % du prix d’un bien particulier, bien en deçà d’autres variations dues à d’autres facteurs. L’essence est un bien où le lien de cause à effet est évident, mais dans le reste de l’économie, c’est beaucoup plus flou.

*L’entretien a été édité pour plus de clarté et de concision.

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