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Les bienfaits du jardinage écologique

Par Mise en ligne : 17 mai 2019  |  Magazine : juin 2019

Shutterstock.com

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Manger ce que vous avez produit, consommer local, renouer avec la nature… les bienfaits du jardinage écologique sont nombreux. En plus de vous faire plaisir, vous protégez l'environnement grâce à l'utilisation de compost, de fumier et d'engrais d'origine organique ou minérale. Regard sur les nombreux avantages du jardin écologique.

De son enfance en Beauce, Bernard Lemieux a conservé de nombreux souvenirs de jardinage. Le plaisir de manger des légumes fraîchement cueillis, des saveurs et des odeurs à nulles autres pareilles. Mais pas seulement. L’utilisation de compost*, le compagnonnage* des plantes, le contrôle naturel des ravageurs, la valorisation de la biodiversité*… Dans le jardin communautaire où il cultive un potager de 28 m2, Bernard pratique aujourd’hui un jardinage qui emprunte plusieurs façons de faire au maraîchage écologique de ses jeunes années.

Selon Yves Gagnon, auteur de l’ouvrage de référence Le jardin écologique, les bénéfices du jardinage écologique sont multiples, aussi bien pour le jardinier que pour l’environnement. En voici les principaux.

* Les termes suivis d’un astérisque sont définis dans l’encadré « Petit lexique écologique »

Savoir ce qu’il y a dans votre assiette… et bannir les produits chimiques

Comme un grand nombre de personnes, Bernard Lemieux trouve important de savoir ce qu’il y a dans son assiette. De façon générale, explique Édith Smeesters, biologiste et auteure du Guide du jardinage écologique, «les jardiniers consomment ce qu’ils produisent, ils sont donc attentifs à ne pas utiliser n’importe quels produits dans leur potager». Bernard n’applique donc ni pesticides ni engrais de synthèse sur les légumes qu’il fait pousser.

En jardinage écologique, «seuls des amendements* naturels, comme le compost ou le fumier, et des engrais d’origine organique ou minérale sont utilisés pour enrichir le sol et nourrir les plantes», dit Jean-Pierre Parent, chargé des renseignements horticoles au Jardin botanique de Montréal. Avant d’être assimilés par les plantes, les engrais naturels sont transformés par des micro-organismes présents dans le sol, précise Yves Gagnon : « Cela assure un meilleur équilibre minéral aux végétaux cultivés, tout en réduisant la pollution de l’eau. »

À l’inverse, les engrais chimiques appauvrissent les sols et polluent nappes phréatiques, lacs et cours d’eau, selon le rapport More people, more food, worse water?, publié en 2018 par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l’Institut international de gestion de l’eau.

Les jardiniers « écolos » bannissent aussi les pesticides de synthèse et, s’ils doivent absolument traiter leurs plantes, privilégient des pesticides à faible impact*. « Nous connaissons aujourd’hui les impacts considérables des pesticides sur la santé humaine et la biodiversité », affirme Nadine Bachand, chargée de projet sur les pesticides et produits toxiques à Équiterre. C’est le cas, par exemple, des néonicotinoïdes (« néonics ») ou des herbicides à base de glyphosate.

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Les pesticides augmentent en effet les risques de développer certaines maladies (certains cancers et leucémies) et il a été démontré que les « néonics » déciment les populations d’abeilles, pollinisatrices indispensables au maintien de l’équilibre de la biodiversité.

Même si le gouvernement du Québec a annoncé au début de 2018 un resserrement de l’utilisation des « néonics », il y a encore du chemin à faire avant que la filière agricole dans son ensemble cesse de se servir des pesticides, affirme Nadine Bachand, qui rappelle par ailleurs que le Code de gestion des pesticides en vigueur depuis 2003 ne couvre que 20 ingrédients actifs et uniquement contenus dans des produits destinés aux platebandes et pelouses. « Or, nous en savons beaucoup plus aujourd’hui sur les pesticides, leur dangerosité et leurs impacts. Il serait donc temps de mettre à jour cette réglementation. »

S’ils sont massivement utilisés en agriculture conventionnelle, ces produits sont également à la portée des particuliers. Selon Édith Smeesters, « de trop nombreux propriétaires traitent encore leur pelouse avec des produits chimiques pour tuer les prétendues “mauvaises herbes”, comme le trèfle et les pissenlits». Leur pelouse, mais également leurs plates-bandes fleuries ou les allées dallées. Les herbicides à base de glyphosate, le funeste Roundup notamment, trônent d’ailleurs en bonne place sur les tablettes des rayons jardinage des magasins.

Tous ces produits chimiques, engrais de synthèse et pesticides ont des impacts majeurs sur la santé humaine et l’environnement. Ne pas les utiliser dans votre jardin est donc une bonne pratique, confirme Jean-Pierre Parent. Pour vous comme pour l’environnement.

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- « Les jardiniers consomment ce qu’ils produisent, ils sont donc attentifs à ne pas utiliser n’importe quels produits dans leur potager. » - Édith Smeesters, biologiste et auteure du «Guide du jardinage écologique»

Manger vos propres légumes… et emprisonner le CO2

Sans être totalement autosuffisant – un rêve de jardinier! –, Bernard Lemieux évalue qu’entre juillet et la mi-octobre, la parcelle qu’il cultive dans l’arrondissement de Verdun lui fournit 75 % des légumes dont il a besoin.

Pour pouvoir se nourrir de sa récolte, il est important de ne pas se contenter de quelques plants de tomates ou de concombres. En agriculture comme dans votre potager, planter une grande variété de légumes, de plantes aromatiques et même de fleurs, tout en mettant en place une rotation des cultures, a plusieurs effets positifs, explique Jean-Pierre Parent.

« La rotation des cultures consiste à faire se succéder, sur une même parcelle, des plantes aux caractéristiques et aux exigences différentes, et ce, pendant de nombreuses années », précise Yves Gagnon. Elle prévient l’apparition de maladies, l’infestation d’insectes et assure au sol un équilibre minéral. L’utilisation de compost, d’engrais naturel et de paillis* contribue grandement à enrichir le sol.

Qui plus est, « une terre riche en matière organique*, en micro-organismes et en minéraux, comme l’azote, le potassium ou le phosphore, apporte non seulement à vos plantes ce dont elles ont besoin pour croître, mais joue également un rôle important dans la rétention du dioxyde de carbone (CO2) », explique Yves Gagnon. Le CO2 est le principal gaz à effet de serre responsable des dérèglements climatiques.

À l’opposé, en utilisant de nombreux produits chimiques, les adeptes de la monoculture* appauvrissent les sols. Par exemple, les plantes se contentent de « consommer » des engrais de synthèse pour leur croissance, pendant que les pesticides détruisent vers de terre, acariens et micro-organismes indispensables à l’équilibre et à l’oxygénation des sols. Autant d’éléments vivants qui permettent pourtant d’emprisonner le carbone. En France, l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) affirme qu’un sol équilibré stocke trois fois plus de carbone que l’atmosphère.

Consommer local… et réduire le transport des aliments

Dans la vie de tous les jours, Bernard Lemieux est directeur adjoint d’un centre de francisation à Côte-des-Neiges. Lorsqu’il revêt son costume de superjardinier à la fin d’une journée de travail, il aime faire un détour par son potager pour y ramasser une salade. « Une laitue fraîchement cueillie n’a rien à voir avec une salade de supermarché », confie-t-il.

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Et pour cause! Elle n’a pas été récoltée il y a une semaine et transportée en camion sur des centaines de kilomètres avant de rejoindre l’étal de votre épicerie. En plus de maximiser la fraîcheur des denrées, « produire localement contribue à réduire, indirectement, le transport des aliments », affirme Yves Gagnon. Au Québec, le transport routier est responsable du tiers (32,8%) des émissions totales de GES, selon l’Inventaire québécois des émissions de gaz à effet de serre, publié en 2018 par le gouvernement provincial.

Yves Gagnon reconnaît qu’à eux seuls, les jardiniers ne sauveront pas la planète. Mais ils peuvent être des acteurs importants du changement, croit-il. Alors pour réveiller l’horticulteur à la fibre environnementale qui sommeille en vous, nous vous présentons les grands principes qui prévalent en jardinage écologique et les façons de les mettre en œuvre si vous avez la chance de disposer d’un petit lopin de terre à cultiver.

L’agriculture, gros pollueur

Le modèle agricole dominant s’appuie sur la production intensive de monocultures et l’utilisation massive de produits chimiques (insecticides, herbicides, engrais de synthèse). Un modèle dont les impacts majeurs sur la santé humaine, la biodiversité et les changements climatiques sont aujourd’hui largement documentés.

Le protoxyde d’azote qui se dégage de l’épandage des engrais de synthèse en est un exemple. Lorsqu'il est libéré dans l’air, ce gaz à effet de serre (GES) est réputé avoir un potentiel « réchauffant » près de 300 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone (CO2) sur un siècle, car il subsiste beaucoup plus longtemps dans l’atmosphère que le CO2. Or, 90% des émissions globales de protoxyde d’azote proviennent du secteur agricole.

Ajoutons à cela que ce même secteur est responsable du quart (24%) des émissions mondiales de GES, selon un rapport de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) publié en 2014. Cela comprend aussi bien l’agriculture que l’élevage et les pratiques de déforestation (qui se font au bénéfice des terres cultivables). À titre de comparaison, en 2014, le secteur de l’énergie représentait 25% des émissions globales et le secteur industriel, 21%, selon les données du Groupe d’experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC).

Dans son dernier rapport paru à l’automne 2018, le GIEC précisait que « la limitation du réchauffement climatique à 1,5 °C [comme le groupe d’experts le recommande minimalement] nécessiterait des changements rapides, très profonds et sans précédent dans tous les aspects de la société ». L’agriculture devra donc faire partie de l’équation.

Petit lexique écologique

Amendement organique ou naturel : Substance incorporée au sol afin d’en améliorer les propriétés physiques, chimiques et biologiques. Le compost ou le paillis sont des exemples d’amendements organiques.

Biodiversité : Ensemble des êtres vivants, micro-organismes, plantes, champignons ou animaux et interactions qui les relient entre eux et avec le milieu où ils vivent.

Compagnonnage : Association de plantes qui se protègent mutuellement, entre autres des insectes nuisibles, comme la courge et le maïs, l’ail et les épinards, etc.

Compost : Résultat de la décomposition des matières organiques. Il ensemence le sol en micro-organismes, améliore la structure du sol, équilibre le pH et fournit tous les éléments nutritifs essentiels aux végétaux.

Engrais (ou fertilisant) naturel : Substance mêlée au sol pour le fertiliser. Il existe des engrais naturels organiques (farine de sang, os moulu, farine d’algues, émulsions de poissons, etc.) et minéraux (sulfate de potassium et de magnésium, borax, sel d'Epsom, etc.).

Matière organique : Élément constituant du sol, elle sert de nourriture et de milieu de vie à sa flore et à sa faune. Sous l’action des micro-organismes (des bactéries en particulier), elle libère les éléments nutritifs essentiels aux végétaux.

Monoculture : Culture unique ou largement dominante d’une espèce végétale.

Paillis : Matière organique posée au sol dont les effets sont importants. En plus de maintenir un certain niveau d’humidité, le paillis participe, en se décomposant, à la fertilisation de la terre.

Pesticide à faible impact : Produit renfermant des ingrédients actifs jugés peu toxiques pour la santé humaine et l'environnement. L’ingrédient actif d’un pesticide à faible impact a un effet, par exemple, sur les insectes (insecticide), les maladies fongiques (fongicide), les acariens ou les herbes indésirables (herbicide). Les sels de potassium sont un exemple d’insecticide.

Sources : Site internet Espace pour la vie du Jardin botanique; «Guide du jardinage écologique»; «Le jardin écologique»

À lire

Le-jardinage-ecologique

Le jardin écologique, Yves Gagnon, Les éditions Colloïdales, 2013

Guide-du-jardinage-ecologique

Guide du jardinage écologique, Édith Smeesters, Broquet, 2013

Guide-de-l-eau-au-jardin

Guide de l’eau au jardin, Lili Michaud, Les Éditions MultiMondes, 2011

Ressources web

Le Jardin botanique de Montréal : m.espacepourlavie.ca
Le site de Larry Hodgson, jardinier : www.jardinierparesseux.com

 

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