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Magasiner aux États-Unis, ça vaut le coût?

Par Priscilla Franken Mise en ligne : 15 Juin 2012 Shutterstock

Magasiner aux États-Unis, ça vaut le coût? Shutterstock

Au programme cet été, un petit séjour aux États-Unis? Vous en profiterez sans doute pour faire quelques achats… euh, pardon, quelques économies.

Now shipping to Canada, nous indique une grosse bannière à l’ouverture du site Web de Sears États-Unis. En sous-titre: We make it easy to shop from Canada. Et c’est vrai qu’on vous la facilite, la vie, puisqu’on vous propose même les prix en dollars canadiens!

Sears.com fait donc maintenant de la concurrence à Sears.ca. Le consommateur québécois a de quoi y perdre son latin… et se perfectionner en anglais. Mais ce n’est pas si surprenant, direz-vous. On le sait depuis longtemps, les écarts de prix entre le Canada et les États-Unis sur de nombreux produits de consommation courante sont légion. Et qu’ils soient minces ou faramineux, il y a une variable qui ne change pas: c’est presque systématiquement plus cher ici.

Pourquoi de telles différences de prix?

En 2008 déjà, Option consommateurs publiait une étude qui démontrait que les Canadiens paient, en moyenne, 22 % plus cher pour les mêmes produits vendus chez leurs voisins du sud. Jouets, vêtements, alimentation, électroménagers, articles de maison, restauration rapide, automobile… Tout y passe et le verdict est chaque fois le même.

«L’enquête révèle que dans la presque totalité des cas, les produits sont toujours moins chers aux États-Unis», écrivait à l’époque Jean-François Vinet, analyste des services financiers pour l’association. L'industrie des détaillants et les organismes de protection des consommateurs ne sont pas tout à fait d'accord lorsqu'il s'agit de trouver une explication à ces différences de prix, mais quoi que vous décidiez de ramener des États-Unis, n'oubliez pas que les droits de douane s'ajoutent à votre facture.

Du côté de l’industrie des détaillants, ce ne sont pas les explications qui man­quent. Nathalie St-Pierre, vice-présidente pour le Québec du Conseil canadien du commerce de détail, distingue quatre principales raisons:

D’abord, les taxes à l’importation: «Elles restent élevées, pourtant elles n’ont plus forcément leur raison d’être… elles atteignent par exemple 18 % pour des vêtements et 9,5 % pour des meubles. Aux États-Unis, elles ne sont que de 0 à 2 %. Ça fait toute une différence!»

Second élément, le country pricing, soit la politique appliquée par les manufacturiers pour établir leurs tarifs en fonction de chaque pays-client. Ils décident, par exemple, qu’ils factureront 16 barres de savon 6,99 $ aux États-Unis, contre 8,98 $ au Canada. «Certains fournisseurs exigent de 10 à 50 % de plus pour des produits identiques aux détaillants qui ont des magasins aux États-Unis et au Canada. Parmi les commentaires obtenus de leur part, figure, je cite: les Canadiens sont habitués à payer plus», déplore Nathalie St-Pierre.

Le troisième élément qui influe sur les prix selon le Conseil est la question du volume acheté aux manufacturiers: plus il est important, plus on peut faire baisser les prix. Or le Canada représente un marché de 33 millions d’habitants, contre 300 millions pour les États-Unis. Fatalement, ces derniers achètent de plus gros volumes de marchandises et obtiennent donc de meilleurs prix.

Quatrième et dernier point, ce qu’on nomme «le coût de faire des affaires», à savoir les loyers, les taxes, les frais de traduction en français, ou encore les tests imposés par la réglementation sur certains produits, comme les sièges d’auto pour enfants.

Marge de profit des commerçants

«Une étude de Statistique Canada, réalisée en 2009, démontre que la marge de profit des commerçants est sensiblement identique dans les deux pays. Elle tourne autour de 3,5 %. Alors on ne peut pas dire que les détaillants canadiens s’en mettent plein les poches. Il existe, en revanche, une foule de facteurs qui influent sur les prix finaux», conclut-elle.

Gaston Lafleur, pdg du Conseil québécois du commerce de détail, abonde dans ce sens. «Le transport des marchandises est aussi très coûteux, car il y a de grandes distances à couvrir d’une ville à l’autre sur le territoire canadien. De plus, les conditions de travail des salariés sont très différentes, ne serait-ce que lorsqu’on compare le salaire minimum aux États-Unis, qui s’établit à 7,25 $US en moyenne, contre 9,90 $CA au Québec», ajoute-t-il.

À ses yeux, la situation est par ailleurs très préoccupante pour les commerçants québécois: «Nous savons que nous perdons des parts de marché, mais nous sommes le dernier maillon de la chaîne. Il faut s’interroger sur le rôle des intermédiaires dans tout ça, et aussi sur celui du taux de change actuel. Il crée de fausses perceptions», estime-t-il.

Écarts de prix trop importants

La parité creuserait les écarts, mais de façon factice selon Gaston Lafleur, puisque les prix n’ont pas bougé. «Une paire de chaussures qui vaut 60 $US revient à environ 60 $CA en ce moment. Mais elle n’est pas au même prix pour le consommateur canadien quand le dollar US est plus fort», donne-t-il en exemple. Mais pour Option consommateurs, les écarts de prix trop importants ne sont pas justifiés. «Il y a une part de vrai dans toutes ces explications, mais rien qui justifie 50 % de différence, tranche Jean-François Vinet, analyste des services financiers pour Option consommateurs. Au final, la seule chose qui peut expliquer des prix plus élevés au Canada, c’est le manque de concurrence.»

Un avis que plusieurs partagent, à l’instar de Benoît Duguay, professeur spécialisé dans le domaine de la consommation à l’École des sciences de la gestion de l’Université du Québec à Montréal. «De nombreuses hypothèses sont avancées, mais il faut reconnaître qu’à ce jour, personne n’a donné­ de réponse satisfaisante à 100 %. La taille du marché étasunien ainsi que les taxes à l’importation ont sans conteste un impact. Mais tout cela ne nous dit pas pourquoi on note des écarts de 15 000 à 25 000 $ sur des voi­tures de luxe!» Pour lui aussi, davantage de concurrence en sol canadien solutionnerait sans doute le problème.

Le Bureau de la concurrence du Canada n'agira pas

À ce chapitre, Option consommateurs voudrait que le Bureau de la concurrence du Canada intervienne: «La mission de cet organisme est de veiller à ce que les entreprises et les consommateurs canadiens prospèrent dans un marché concurrentiel et innovateur, insiste Jean-François Vinet. À notre avis, si les Canadiens paient plus cher que les Étasuniens pour les mêmes produits alors que leurs monnaies ont la même valeur, le Bureau de la concurrence a le devoir d’agir.» Pour ce faire, l’association l’invite à réaliser une étude détaillée sur l’état de la concurrence dans le marché de détail au Canada. «Les résultats de cette enquête pourraient notamment aider le gouvernement à instaurer des politiques visant, au besoin, à favoriser la concurrence dans ce secteur», poursuit l’analyste.

Mais le Bureau de la concurrence n’a pas la même lecture des choses: il nous indique qu’il ne fera pas d’enquête et qu’il agit seulement dans les situations de comportement anticoncurrentiel ou d’abus de position dominante. Le ministère des Finances fait savoir pour sa part que le Comité sénatorial permanent des finances nationales a entrepris une étude sur les raisons pouvant expliquer les inégalités entre les prix au Canada et aux États-Unis. Au moment de publier, on nous a indiqué qu’il remettrait son rapport au Sénat à la fin de juin 2012.

Deux habitués du magasinage aux États-Unis donnent leur avis

• «On y va toutes les semaines», Mélanie de Notre-Dame-de-Stanbridge
Mélanie habite à une quarantaine de kilomètres de la frontière avec les États-Unis. D’ordinaire, cette mère de deux enfants la traverse une fois par mois. Mais depuis que le litre d’essence tourne autour des 1,05 $US, elle s’y rend chaque semaine pour faire le plein. Au programme également: vêtements, chaussures et épicerie. «Les spéciaux sur les vêtements de marque sont toujours plus importants là-bas. Il y a aussi davantage de choix pour les articles de grande taille», estime-t-elle. Du côté de l’épicerie, tout dépend des promotions du moment. Il n’y a que les fruits et légumes qu’elle se refuse à acheter aux États-Unis, afin d’encourager les agriculteurs locaux. Dans tous les cas, aucun hasard dans ses choix: «Avant tout achat, je compare les prix sur le Web.»

• «Vérifier les prix aux USA est un réflexe», Gilles de Gatineau
C’est surtout pour sa BMW décapotable que Gilles magasine aux États-Unis. Car il aime beaucoup la bricoler, mais pas à n’importe quel prix! «Ça ne vaut pas toujours la peine, mais je fais parfois de très bonnes affaires. Par exemple, j’ai récemment acheté un paravent pour l’arrière de la voiture pour 460 $, taxes et livraison comprises, alors qu’il coûte 750 $ avant taxes ici. Pour moi, vérifier les prix aux É.-U. est devenu un réflexe.» Selon la taille et le poids de la pièce dont il a besoin, il la commande sur Internet ou il va la chercher lui-même. «Si c’est trop lourd, l’économie réalisée ne vaudra peut-être pas la peine. Il faut faire attention aux frais de livraison», souligne-t-il.

Quelques produits comparés

Des prix différents pour une même enseigne, est-ce surprenant? Jacques Marcil, économiste principal pour le groupe Banque TD, souligne qu’hormis tout ce qui n’est pas de son ressort, il est courant, pour une bannière donnée, d’avoir des stratégies d’affaires différentes d’un pays à l’autre. On constate aussi que seuls les articles électroniques ont des prix comparables. Selon Nathalie St-Pierre, il y a deux raisons à cela: des politiques de country pricing sensiblement identiques et aucune taxe à l’importation pour ces produits.

Enseigne

Prix au Canada
 

Prix aux USA
 

Écart

Vêtements et chaussures

Chaussures Asics «Nimbus 13»

Foot Locker

189,99 $

127,50 $

49%

Robe «Cowlneck printed shift»

Banana Republic

119,99 $

78,50 $

52,8%

Pantalon «Sta-Prest filiforme 511»

Levi's

88 $

66,70 $

31,9%

Électroménagers

Cafetière Cuisinart 12 tasses Coffee PLUSMC (CHW-12C)

Home Depot

129 $

98,13 $

31,4%

Sécheuse électrique LG Chargement frontal, 4,2 pi3 (DLEC855W)

Home Depot

1 248 $

882,41 $

41,4%

Aspirateur Hoover Vertical cyclonique Pet Windtunnel (UH70085)

Best Buy

249,99 $

176,65 $

41,5%

Électronique

Téléviseur LG 42 po CS570 1080p 120Hz LCD (42CS570)

Walmart

698 $

635,97 $

9,7%

Lecteur eBook Sony PRST1WC

Best Buy

129,99 $

127,57 $

1,8%

Déchiqueteuse AleratecDVD CD Plus DS2

Walmart

138 $

136,42 $

1,1%

Jouets

Barbie (Fisher Price) Power Wheels Cadillac Hybrid Escalade

Toys'R'Us

549,99 $

387,66 $

41,8%

LEGO Star Wars Imperial Shuttle

Toys'R'Us

309,99 $

255,16 $

21,4%

Toy Story RC’s Race Gear

Toys'R'Us

36,99 $

29,43 $

25,6%

Prix hors taxes en dollars CA, constatés en ligne par Protégez-Vous en avril 2012.
Lecture du tableau: les chaussures Asics «Nimbus 13» sont 49 % plus chères au Canada.

Le casse-tête des droits de douane­

On ne peut que vous recommander de déclarer tous vos achats lorsque vous traversez la frontière. «Ne pas le faire est un acte criminel», rappelle Jean-François Cavanagh, avocat chez Cavanagh Piché. Le montant de ces frais dépend de la durée de votre séjour, mais aussi du type de marchandise que vous rapportez. Les amendes peuvent aller de 30 à 70 % de la valeur du produit.

Les exemptions

AJOUT: pour une information plus à jour, consultez notre article «Retour des vacances: ce qu’il faut déclarer aux douanes» publié en juillet 2015

Il existe cependant des exemptions, qui permettent d’importer des produits d’une certaine valeur sans avoir quoi que ce soit à payer. Depuis le 1er juin 2012, leur montant est de 200 $CA pour un séjour de 24 heures ou plus, et de 800 $CA pour un séjour de 48 heures ou plus. Cela signifie que si vous êtes resté aux États-Unis moins de 24 heures, vous ne bénéficierez d’aucune exemption. Notez par ailleurs que certaines restrictions s’appliquent. Les boissons alcoolisées et les produits du tabac, par exemple, peuvent être inclus uniquement dans les exemptions des séjours de 48 heures et plus. L’envie de jouer au cachottier pourrait vous prendre, mais gare aux conséquences. Difficile de savoir à combien peut monter une amende pour fausse déclaration, mais ça peut aller très haut!

«Les agents des services frontaliers tiendront compte­ du type de marchandise non déclarée et du degré de gravité de l’infraction. Par exemple, pour défaut de déclaration ou encore déclaration inexacte pour des articles tels que vêtements, textiles, literie, bijoux, tapis, les amendes peuvent aller de 30 à 70 % de la valeur du produit, selon le niveau de dissimulation qu’a tenté le voyageur», détaille Jacqueline Roby, conseillère en communication à l’Agence des services frontaliers du Canada. En plus, un bien non déclaré peut être saisi ou encore donner lieu à des poursuites judiciaires.

N’oubliez pas, enfin, que certaines marchandises sont purement et simplement prohibées (certains médicaments, par exemple) et d’autres réglementées, comme les armes à feu.

Exemple de droits exigibles pour 600 $ d'achats, selon l'Agence des services frontaliers du Canada

Julie et Marc-André ont passé moins de 24 heures aux États-Unis, ils n’ont donc droit à aucune exemption. Ils ont acheté plusieurs marchandises fabriquées dans un tiers pays (les produits fabriqués aux États-Unis sont exempts de droits de douane, mais la TPS et la TVQ s’appliquent), pour un total de 600 $CA. Voici ce qu’ils vont payer en droits et taxes:
• 100 $ de vêtements (18 % de droits de douane)
• 300 $ pour un téléviseur neuf (3,5 %)
• 100 $ pour des pneus d’auto neufs (7 %)
• 100 $ pour une chaise en bois (9,5 %)

Total des droits de douanes: 45 $ avant taxes
Total articles + droits de douane: 645 $
Total avec taxes: TPS (5 %) X 645 = 32,25 $ + TVQ (9,5 %) X 677,25 $ = 64,34 $
Total final de l’achat: 741,59 $

Droits exigibles sur quelques articles importés fréquemment
Vêtements: 16-18 %
Chaussures: 16-20 %
Pièces d’auto: 6-8 %
Téléviseurs: 3,5 %
Meubles: 9,5 %
Bijoux: 8,5 %
DVD: 6 %

Quelques articles hors droits (mais les taxes s’appliquent)
Jouets, consoles de jeu vidéo, jeux vidéo, iPad et autres tablettes électroniques, livres, ordinateurs et périphériques, appareils photo et caméras numériques, téléphones cellulaires, décorations de Noël.

Ressources utiles:

  • Pensez-y et déclarez!: règles et restrictions liées aux déplacements transfrontaliers
  • Santé Canada: liste des produits interdits et des produits réglementés
  • Agence des services frontaliers du Canada: vos droits et obligations lorsque vous revenez de voyage
  • Service d’information à la frontière (SIF): Combien aurez-vous à payer en droits et taxes lors de votre passage à la frontière? Demandez-le avant de partir! Service en français: 1 800 959-2036 Service en anglais: 1 800 461-9999
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Commentaires 1 Masquer

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  • Par JEAN-FRANÇOIS CRÉMER | 20 Juillet 2018

    J'ai acheté des toiles lors de ma croisière en février, j'ai du annuler car les douanes me chargeaient beaucoup trop cher pour les avoir. Le commerçant était d'accord, ils ont gardé le tout. Depuis j'attends mon remboursement...Rien à faire...après des appels, des courriels...on me dit oui oui it's in process...aies-je des recours? Sylvie Perrier Boucherville