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Écolo jusque dans la mort

Par Marie-Eve Shaffer
funerailles-ecolos RSTPIERR/Shutterstock.com

Vous faites des choix écologiques tout au long de votre vie. Est-ce la même chose pour votre mort ? Urnes biodégradables, cercueils fabriqués localement, cimetières naturels, aquamation, compost humain : des rituels plus doux pour l’environnement font maintenant partie de l’offre des maison funéraires. Voici nos conseils pour réduire votre dernière empreinte sur terre.

Embaumement : de moins en moins populaire
L’inhumation dans un cercueil
La crémation : redevenir poussière
Des techniques vraiment vertes : l’aquamation et le compost humain
Green Burial Council : une certification « verte »?
5 trucs pour « verdir » encore plus la cérémonie

Depuis une dizaine d’années, l’industrie des services funéraires effectue un virage afin de réduire son impact environnemental. Qu’il s’agisse de la disposition de la dépouille, de la décision entre l’urne ou le cercueil ou même du choix du lieu d’inhumation, elle propose maintenant des options dites « écologiques ».

Jusqu’à tout récemment, la tradition voulait que le corps soit exposé pendant quelques jours avant d’être amené à l’église, puis au cimetière, pour être enterré dans un cercueil sous une pierre tombale. Or cette tradition se perd avec les années. En 2021, la crémation de la dépouille représentait en effet un choix beaucoup plus courant (81 %) que l’inhumation dans un cercueil (19 %), selon la Corporation des thanatologues du Québec (CTQ).

Si des raisons financières, religieuses et morales expliquent ces changements, la question environnementale s’ajoute à la réflexion. « Surtout quand les gens font leur choix en amont; il n’y a pas d’intensité émotive, alors la dernière empreinte qu’ils laissent compte vraiment », constate François Fouquet, directeur général de la Coopérative funéraire de l’Estrie.

Avez-vous réfléchi à ce que vous souhaitez qu’il advienne de votre corps après votre dernier souffle ? Peu importe l’option que vous retiendrez, elle aura un impact environnemental. Toutefois, il y a moyen d’atténuer ce dernier… et la facture ne sera pas plus élevée pour autant.

Embaumement : de moins en moins populaire

À peine 27 % des dépouilles ont été embaumées en 2021, selon la CTQ. Ce traitement, qui coûte de 1 000 à 2 000 $ en moyenne, consiste à désinfecter le corps, à l’habiller et à le maquiller. Pour que le défunt puisse se conserver, le sang est par ailleurs remplacé par des produits toxiques, principalement du formaldéhyde.

Des thanatologues ont cependant commencé à ajouter des solutions salines au liquide d’embaumement. Gilles Bronchti, professeur d’anatomie de l’Université du Québec à Trois-Rivières, a recours à plusieurs techniques pour embaumer les corps qu’il étudie dans son laboratoire, dont l’une comprend une solution saturée en sel et une très petite quantité de formol et de phénol. « La nocivité, que ce soit pour l’environnement ou pour la qualité de l’air, est très réduite », dit-il. Le chercheur tente d’ailleurs de développer une méthode d’embaumement sans aucun produit polluant dans l’espoir qu’elle convienne à l’industrie des services funéraires.

Au départ, le choix le plus écologique revient à refuser l’embaumement. Par ailleurs, la facture diminue du même coup. De 24 à 48 heures après le décès, un corps sans thanatopraxie peut encore être exposé pendant deux périodes de trois heures chacune, si son état le permet et si la maladie qui a emporté le défunt ne pose aucun risque pour les proches. Il doit cependant être réfrigéré avant et après pendant au moins trois heures. Après 48 heures – et dans les 30 jours suivant le décès –, une seule période d’exposition est permise, et le cercueil doit demeurer fermé. Pour prolonger l’exposition, la dépouille peut aussi reposer sur un lit réfrigéré, afin de la conserver à une température de 4 oC ou moins. Un tel service coûte moins de 1 000 $.

Il faut souligner que ce ne sont pas toutes les maisons funéraires qui sont disposées à exposer un corps non embaumé, notamment parce que très peu d’entre elles possèdent un lit réfrigéré.

L’inhumation dans un cercueil

L’inhumation du corps dans un cercueil demeure une option privilégiée par plusieurs pour perpétuer la tradition. Son impact environnemental est toutefois important.

La fabrication du cercueil, sa décomposition et la putréfaction du corps produisent jusqu’à 127 kg de dioxyde de carbone (CO2), selon le Guide de la coopérative funéraire écoresponsable, de la Fédération des coopératives funéraires du Québec (FCFQ); un résultat comparable à un trajet en voiture de 300 km. À cela s’ajoute la contamination du sol, notamment par des métaux, comme l’acier et le nickel, qui sont utilisés dans la conception des cercueils. Le mercure, qu’on trouve dans les amalgames dentaires, pollue aussi la terre. C’est sans compter la pierre tombale, qui requiert de l’énergie pour l’extraction de la matière, la découpe et le transport.

Des choix plus verts

Pour réduire de 40 % l’impact environnemental de l’inhumation, le guide de la FCFQ recommande aux gens d’opter pour un cercueil écologique et d’écarter la pierre tombale. Cette dernière peut être remplacée par un pavé de granit, une tige de métal avec une inscription, un arbre ou rien du tout.

Plusieurs matériaux servent à produire un cercueil écologique : le carton, le bois (peuplier, bambou, etc.) ou des herbes marines. Pareil coffre est recouvert de cire d’abeille ou d’une huile naturelle. Ses pièces sont collées avec un adhésif non toxique. Aucune pièce de métal n’est ajoutée à ces cercueils et les tissus placés à l’intérieur sont biodégradables.

« Tout dépend du degré d’engagement écologique : la fabrication du cercueil, sa provenance et les matières premières peuvent être prises en compte », mentionne John Tittel, vice-président du Complexe funéraire Les Sentiers.

En moyenne, le prix des cercueils écologiques varie entre 1 500 et 4 000 $. Les cercueils traditionnels se vendent quant à eux de 1 300 à plus de 20 000 $.

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- Un cercueil fabriqué en peuplier, un arbre qui pousse au Québec. Il est, par conséquent, plus écologique que les cercueils faits avec des essences exotiques. Photo fournie par la Coopérative funéraire de l’Estrie

La crémation : redevenir poussière

La crémation consiste à réduire la dépouille en cendres et en poussière d’os. Le corps est déposé dans un cercueil ou une boîte de bois pour ensuite être inséré dans un four crématoire, qui fonctionne au gaz naturel. Il y brûle à une chaleur de plus de 1 000 oC pendant trois heures, tout au plus. Les restes sont récupérés et glissés dans une urne.

Jusqu’à 730 kg de CO2 sont émis pendant le processus de crémation, selon le guide de la FCFQ, ce qui correspond grosso modo à un vol aller-retour entre Montréal et New York en première classe. L’incinération d’un corps produit en plus des émissions polluantes, notamment de dioxines, de furanes et de mercure, qui peuvent causer des maladies chroniques.

Pour réduire ces émissions toxiques, le Règlement sur l’assainissement de l’atmosphère (RAA) exige que les crématoriums disposent de deux chambres de combustion. En outre, ils ne doivent pas émettre plus de 70 milligrammes de particules par mètre cube pendant un cycle de crémation ou une période de deux heures. « Mais il n’y a pas de valeur limite sur les émissions les plus toxiques comme le mercure, les dioxines et les furanes », souligne Mélanie Huneault, qui a rédigé en 2021 un essai de maîtrise sur les funérailles écologiques dans le cadre de ses études à l’Université de Sherbrooke.

Des choix plus verts

Avant tout, vérifiez si la maison funéraire avec laquelle vous faites affaire respecte les dispositions du RAA. Les entreprises fautives figurent dans le Registre des déclarations de culpabilité et le Registre des sanctions administratives pécuniaires (SAP), qui se trouvent dans le site web du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC).

Demandez des précisions aux maisons funéraires sur les fours crématoires utilisés ou visitez leur site internet pour en savoir plus sur leurs installations. Certaines d’entre elles ont acquis des équipements qui recyclent la chaleur pour chauffer un bâtiment ou qui nécessitent moins de combustible. La consommation de gaz naturel par crémation atteint en moyenne 65 mètres cubes (m3), selon la Cremation Association of North America (CANA), mais elle est susceptible de diminuer à près de 20 m3 avec un four plus performant.

Quant à l’urne, il est possible d’en choisir une qui est biodégradable, laquelle sera par la suite mise en terre. Elle peut être faite avec du carton, du sable, du bois ou même de la glace. Certaines sont même conçues pour générer la croissance d’un arbre. Comme pour les cercueils, il vaut mieux éviter les urnes qui contiennent des métaux et qui sont enduites de produits toxiques. Privilégiez celles qui sont fabriquées au Québec pour réduire l’impact environnemental lié au transport.

Le coût moyen d’une urne biodégradable varie entre 150 et 900 $. Le prix d’une urne classique se situe plutôt entre 160 et plus de 2 000 $.

Des cimetières naturels

Au Québec, il existe des cimetières dits « naturels », notamment dans les municipalités de Sherbrooke (Estrie) et de Prévost (Laurentides). Seules des urnes biodégradables y sont enterrées. Le coût de location d’un lot y est semblable à celui que vous devez vous attendre à payer dans un cimetière traditionnel, c’est-à-dire entre 1 000 et 2 000 $, selon sa capacité, la durée de la concession (de 25 à 100 ans dans la plupart des cas) et son emplacement. Notez que d’autres frais s’ajoutent, notamment pour l’entretien.

Il est aussi possible de répandre les cendres dans ces cimetières naturels ou dans un endroit significatif pour le défunt, et ce, sans qu’elles soient dans une urne. La Loi sur les activités funéraires précise que « nul ne peut disperser des cendres humaines à un endroit où elles pourraient constituer une nuisance ou d’une manière qui ne respecte pas la dignité de la personne décédée ».

Sachez toutefois que les cendres humaines contiennent un pH élevé, ce qui fait qu’elles pourraient endommager la flore. Le jardin botanique de Montréal indique qu’il « n’est pas dans ses politiques […] d’accepter de répandre des cendres mortuaires sur ⦋son⦌ site ». De son côté, la Société des établissements de plein air du Québec (Sépaq) n’a aucun règlement à ce sujet, mais elle précise qu’il « est nécessaire que la réglementation municipale soit respectée ». En cas de doute sur le lieu, demandez conseil au salon funéraire avec qui vous faites affaire.

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- Une urne biodégradable fabriquée à partir de plusieurs essences d’arbre, comme l’érable, le noyer et le cerisier. Photo fournie par la Coopérative funéraire de l’Estrie

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- L’urne de glace se dissout dans l’eau ou dans la terre. Elle a été conçue par l’anthropologue Diane Leclair Bisson à la demande de l’entreprise Alfred Dallaire Memoria. Une glacière est fournie si la famille doit effectuer un long déplacement avant de disposer de l’urne. Photo fournie par Alfred Dallaire Memoria

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- Avec l’urne botanique, le monument funéraire est remplacé par un arbre. Le mélange de terre est préparé de façon à faire contrepoids au pH élevé des cendres. Photo fournie par Alfred Dallaire Memoria

Des techniques vraiment vertes : l’aquamation et le compost humain

L’aquamation

L’aquamation, ou hydrolyse alcaline, est une autre option qui peut être employée pour disposer d’un corps. Celui-ci est déposé dans une machine qui se remplit de 300 litres d’eau et d’une solution alcaline composée de sodium et de potassium. La température atteint 96 oC à basse pression. Durant 12 heures, les tissus humains se décomposent et le squelette se fragilise. À la fin, il ne reste plus que des os, qui sont réduits en poussière. Le liquide est quant à lui jeté dans les égouts et ensuite traité dans l’usine de filtration.

Moins de 1 kg de CO2 est produit pendant le processus d’aquamation, selon Éric Le Sieur, président du Complexe funéraire Le Sieur. Son entreprise, établie à Granby, est la seule à offrir l’hydrolyse alcaline au Québec. Plus de 300 corps y sont traités chaque année.

Contrairement à la crémation, l’aquamation ne nécessite pas de gaz naturel. « Mais elle utilise plus d’électricité et plus d’eau », nuance Barbara Kemmis, directrice de la CANA. A priori, Mélanie Huneault ne considère pas que l’utilisation de l’eau et de l’électricité représente un « enjeu majeur », mais elle convient qu’une analyse de cycle de vie permettrait de statuer sur l’avantage environnemental de l’aquamation.

L’acceptabilité sociale demeure toutefois un défi. La Coopérative funéraire de l’Abitibi a possédé une machine d’aquamation de 2016 à 2021. Le directeur général, Patrick Blais, explique qu’elle s’en est départie parce que sa clientèle n’était pas prête à adopter cette pratique. « Les défunts ont en moyenne 82 ans; ils ont accepté la crémation. De les amener à changer encore une fois de paradigme, c’est difficile », fait-il valoir.

Au printemps 2022, aucune demande de permis d’aquamation n’était à l’étude au MELCC, mais des maisons funéraires s’intéressent à cette technique, de l’avis des experts interrogés.

Combien coûte une aquamation ? À Granby, vous devez vous attendre à payer de 2 000 à 2 500 $; cela comprend le transport du corps, les formalités administratives et le processus d’hydrolyse alcaline. Le Complexe funéraire Le Sieur facture 1 $ le kilomètre pour aller récupérer un corps à l’extérieur de la ville estrienne. Pour Montréal par exemple, il faut prévoir un surcoût d’environ 140 $.

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- L’appareil d’aquamation du Complexe funéraire Le Sieur traite plus de 300 corps par année. Il est le seul en fonction au Québec. Photo: Complexe funéraire Le Sieur

Le compost humain

Le compost humain, aussi appelé « humusation », est intéressant d’un point de vue environnemental : il ne nécessite ni embaumement ni cercueil. Les dépouilles se décomposent en présence de matériaux naturels. « C’est plus écologique, confirme Mélanie Huneault. C’est une bonne avenue pour le futur. »

Au Québec, cette technique est toutefois interdite : la Loi sur les activités funéraires exige que le corps du défunt soit inhumé dans un cercueil. Le gouvernement du Québec n’a pas reçu de demande pour revoir cette disposition.

Aux États-Unis, les États de Washington, du Colorado, de l’Oregon et du Vermont autorisent ce qu’on appelle la natural reduction, c’est-à-dire la « transformation accélérée des restes humains en terreau » dans un milieu fermé. Près de Seattle, l’entreprise Recompose dépose des corps dans des cylindres d’acier remplis de copeaux de bois, de luzerne et de paille. Dans un environnement contrôlé, les dépouilles se décomposent en l’espace de 6 à 10 semaines.

Le prix pour ce traitement ? Près de 9 000 $. À cela, il faut ajouter des frais de transport si le défunt se trouve à l’extérieur de l’État de Washington. Sachez toutefois que Recompose n’offre pas ses services au Canada.

En Belgique, la Fondation Métamorphose milite pour que les dépouilles puissent se décomposer à même le sol, enveloppées dans des feuilles et des broyats de bois. En l’espace de 12 mois, elles seraient réduites en poussière, selon l’organisme. Une expérience réalisée par l’Université catholique de Louvain avec des carcasses de porcs a toutefois statué que le processus serait plus long et qu’il engendrerait de la pollution en raison de la présence d’ammoniaque dans la terre.

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- Aux États-Unis, l’entreprise Recompose propose de composter des corps humains depuis janvier 2021. Les dépouilles se décomposent pendant 6 à 10 semaines et produisent jusqu’à 0,75 m3 de terre. Photo: Recompose

Green Burial Council : une certification « verte »?

Green-Burial-Council

La certification Green Burial Council (GBC) est accordée à des maisons funéraires, à des cimetières et à des fabricants qui offrent des produits et services ayant recours à des matières biodégradables et limitant la consommation d’énergie. Au Québec, quatre salons funéraires Alfred Dallaire Memoria ont obtenu cette certification, de même que les fabricants Cercueils Concept, Victoriaville & Co. et Muses Urnes Design.

Dans son essai de maîtrise, effectué dans le cadre de ses études à l’Université de Sherbrooke, Mélanie Huneault note toutefois que l’organisme certificateur « manque de sérieux ». « L’absence d’accompagnement, de guide et d’audit du processus de la certification [est la principale raison évoquée] », écrit-elle. Le directeur de la Coopérative funéraire de l’Abitibi, Patrick Blais, abonde dans le même sens : « Le processus de vérification est très bon, mais une fois la certification accordée, l’organisme ne fait pas de vérification dans les années subséquentes. C’est comme un club social qui te permet d’afficher ton affiliation, pourvu que tu paies ta cotisation annuelle. » Le prix de la certification s’élève à près de 450 $ par année. Des frais s’ajoutent si l’entreprise funéraire dispose de plusieurs sites ou si le fabricant souhaite certifier plus de trois produits.

La Coopérative funéraire de l’Abitibi a mis fin à sa certification GBC en mai 2020. Elle avait été la première organisation funéraire à l’obtenir, en 2011.

5 trucs pour « verdir » encore plus la cérémonie

En plus de revisiter les rituels entourant la disposition du corps, vous pouvez réduire l’impact environnemental des funérailles. Voici quelques moyens pour y arriver :

  • Organiser le rassemblement et la cérémonie à un seul endroit.
  • Acheter des fleurs locales.
  • Faire affaire avec un traiteur local.
  • Éviter la vaisselle jetable.
  • Envoyez des faire-part en papier recyclé ou même virtuellement.

>> À lire aussi : notre enquête sur les préarrangements funéraires

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