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Dur, dur d'avoir la haute vitesse en région

Par Frédéric Perron Mise en ligne : 16 Avril 2010

Acces haute vitesse en region

Un foyer québécois sur 10 n’a pas encore accès à Internet haute vitesse. Les programmes gouvernementaux combleront-ils enfin le fossé numérique?

Les citoyens de Stornoway, une municipalité de 560 habitants située en Estrie, sortiront bientôt d’une certaine pénombre: celle d’Internet basse vitesse. Fini les longues secondes à attendre qu’une simple page Web s’affiche. Dès juin 2010, près de 100 foyers devraient enfin avoir accès à Internet haute vitesse. «Maintenant, pour attirer et garder les gens en région, ça prend la haute vitesse. C’est devenu un service essentiel comme l’électricité», affirme Luc Béliveau, garagiste et membre du Comité de développement de Stornoway.

Un sondage mené dans la municipalité en 2008 a démontré qu’une centaine de foyers souhaitaient la haute vitesse. Forts de cette étude, la municipalité et le Comité de développement ont approché quelques compagnies de télécommunications. C’est finalement Câble Axion qui s’est montrée intéressée à installer un réseau de câble dans le village. En périphérie, les citoyens pourront accéder à la haute vitesse grâce au service par satellite du fournisseur Xplornet. «On ne pouvait pas connecter toutes les maisons en dehors du village avec le câble, explique M. Béliveau. À 10 000 $ le kilomètre, ça aurait coûté trop cher.» La facture de l’équipement et de l’installation du réseau de câble devrait s’élever à près de 70 000 $.

Dans bien des cas, devant l’inaction des élus municipaux, les citoyens passent eux-mêmes à l’action. C’est ce qu’a fait Martin Hamel, un résidant de Shefford, en Montérégie, au milieu des années 2000. Fraîchement déménagé du centre-ville de Montréal, M. Hamel constate qu’il n’a pas accès à Internet haute vitesse. Il entreprend alors de faire circuler une pétition dans son voisinage et récolte ainsi 201 signatures. Il présente son étude de marché à Bell et à Vidéotron. Cette dernière se montre intéressée et connecte les citoyens au début de 2006.

« Ces démarches devraient être le travail des conseillers municipaux et non des citoyens, croit M. Hamel. Aucun élu ne semblait se préoccuper de ce problème et voir qu’il y avait une demande. Quand des gens appelaient à la municipalité pour se renseigner, on les dirigeait vers moi! Je conseille aux citoyens qui n’ont pas encore accès à la haute vitesse de contacter leurs élus. Ils vont devenir tellement tannés qu’ils finiront bien par bouger ! »

Vaincre l'exode rural

Dans le village voisin, Saint-Joachim-de-Shefford, aucun des 494 foyers n’a accès à Internet haute vitesse. Pour vaincre l’exode rural, cette petite communauté s’est battue pour attirer une école primaire internationale, laquelle a amené de nouveaux résidants. Toutefois, sans Internet haute vitesse, le village risque de perdre le combat. Déjà, des gens ont annulé l’achat de terrains dans la municipalité en apprenant qu’il n’y est pas offert. La compagnie Cooptel a déposé une demande de subvention au fédéral pour brancher les résidants du village. Au moment de mettre sous presse, la communauté attendait avec impatience une réponse du gouvernement.

Évidemment, les grandes entreprises de télécommunications s’installent uniquement là où la population est relativement dense et où l’opération est rentable. Ailleurs, d’autres avenues peuvent être envisagées, par exemple la création de coopératives ou d’organismes sans but lucratif dont l’objectif est d’offrir l’accès à Internet haute vitesse. Par exemple, à Très-Saint-Rédempteur, en Montérégie, des citoyens ont fondé la Coopérative de solidarité du Suroît. Avec beaucoup de débrouillardise pour trouver du financement et des solutions techniques, ils ont réussi à offrir un accès à Internet haute vitesse sans fil à l’ensemble de la population pour seulement 40 $ par mois. S’ils avaient accepté un projet présenté par un fournisseur privé, l’abonnement aurait coûté 60 $ par mois, sans compter 350 $ pour l’installation… et ce pour desservir seulement 20 % de la population.

Un projet chez vous ?

Vous aimeriez savoir si votre coin de pays est en voie d’être connecté à Internet haute vitesse ? Contactez votre mairie ou votre municipalité régionale de comté (MRC). Pour en savoir plus sur les programmes de subvention :

Ministère des Affaires municipales, des Régions et de l’Occupation du territoire (programme « Communautés rurales branchées »)

Groupe de travail sur les communautés rurales branchées

Industrie Canada (programme « Large bande Canada »)

Vous ne pouvez pas vous brancher à Internet haute vitesse dans votre municipalité et aucun projet n’a été annoncé en ce sens ? Les technologies suivantes pourraient peut-être vous convenir.

Réseau cellulaire

Bell, Rogers et Telus, les trois grands fournisseurs de téléphonie cellulaire au Québec, offrent tous une clé USB qu’on branche sur son ordinateur et qui permet de naviguer sur Internet. Leurs réseaux HSPA, qui permettent des vitesses de téléchargement allant jusqu’à 7,2 Mbit/s, couvrent la plupart des régions du Québec. Les fournisseurs vous donnent la clé USB, d’une valeur d’environ 200 $, en échange d’un contrat de deux ou trois ans. Les forfaits les plus abordables coûtent autour de 30 $ par mois et comportent une limite de té­lé­chargement mensuelle de 500 Mo.

Réseau Inukshuk

Le réseau Inukshuk, une coentreprise de Bell et de Rogers, repose sur la technologie sans fil pré-WiMAX (semblable au Wi-Fi, mais de plus grande portée). Il est établi dans une vingtaine de municipalités québécoises, dont certaines sont situées en milieu rural, entre autres dans les régions de Portneuf et de la Mauricie. Bell et Rogers appellent ce service « Internet portable ». Pour y accéder, vous devez acheter un modem (environ 100 $) que vous branchez dans une prise électrique et dans votre ordinateur. Le service coûte autour de 45 à 55 $ par mois pour une vitesse maximale de téléchargement de 1,5 à 3 Mbit/s, avec une limite de téléchargement mensuelle de 30 Go.

Satellite

Les deux principaux fournisseurs d’accès à Internet par satellite au Canada sont Xplornet et Galaxy Broadband. Leurs services ont l’avantage d’être accessibles pratiquement partout. Par contre, ils comptent plusieurs désavantages:

  • Ils peuvent être affectés par les intempéries.
  • Compte tenu du délai de transit du signal d’environ une seconde, ils se prêtent mal aux jeux en ligne.
  • Les limites de téléchargement sont plutôt basses, soit 200 Mo par jour pour les abonnements de base.
  • Ils sont coûteux. Il faut compter de 300 à 400 $ pour l’équipement, environ 300 $ pour l’installation, environ 100 $ pour l’activation et 75 $ par an pour les frais de licence imposés par Industrie Canada. Par ailleurs, il faut payer entre 60 et 90 $ par mois pour une vitesse de téléchargement de 1 Mbit/s.

Illustration: Paul Bordeleau