Sécurité des ados sur les réseaux sociaux : plusieurs protections inefficaces, selon une étude
Les outils censés protéger vos enfants et vos adolescents sur Instagram, Snapchat, TikTok et YouTube fonctionnent-ils vraiment ? Pas tout à fait, selon une étude indépendante.
Ces populaires plateformes offrent différentes fonctionnalités de sécurité pour les mineurs, notamment pour empêcher les adolescents de découvrir du contenu nocif et pour les protéger des adultes malveillants. De 50 à 73 % de celles-ci ne fonctionnent pas comme annoncé, d’après des chercheurs de l’Université de New York et de l’Université Northeastern, aux États-Unis.
Pour évaluer ces fonctionnalités, les auteurs de l’étude Broken, Buried, or Missing: Anatomies of Failure (and Success) of Social Media Child Safety Features (Brisées, enfouies ou absentes : anatomie des échecs — et des réussites — des fonctionnalités de protection des enfants sur les réseaux sociaux) ont d’abord recensé, dans les communications officielles des quatre plateformes, 86 mesures présentées comme protégeant les jeunes.
Ils ont ensuite créé des comptes d’adolescents et d’adultes, puis soumis chaque mesure à différents scénarios d’utilisation: un jeune utilisant normalement l’application, un adolescent tentant de contourner une restriction ou un adulte cherchant à entrer en contact avec un mineur. Chaque fonctionnalité était évaluée selon deux critères : fonctionnait-elle comme annoncé et était-elle suffisamment facile à trouver et à activer ?
Voici les résultats.
Instagram : taux de réussite de 34 %
L’application Instagram est celle qui offre le plus de fonctionnalités de sécurité pour les adolescents. C’est toutefois aussi celle qui compte le plus grand nombre de mesures ne fonctionnant pas convenablement. En effet, 19 des 29 mesures de sécurité annoncées sont brisées, cachées ou manquantes, selon les chercheurs.
Certaines fonctionnalités sont enfouies dans les paramètres, comme la possibilité de désactiver les commentaires. D’autres sont brisées, notamment les limites de temps, les rappels invitant à prendre une pause et la redirection vers des ressources d’aide. La possibilité de masquer le nombre de mentions J’aime, de filtrer des mots et d’effacer des commentaires en bloc est à la fois brisée et difficile à trouver. Enfin, certaines mesures annoncées sont carrément absentes, dont le filtrage de certains contenus et les avertissements concernant les comptes suspects.
Parmi les mesures qui fonctionnent convenablement, notons la présence d’un tableau de bord permettant aux ados de suivre leur temps d’utilisation ainsi que la possibilité de bloquer un compte ou de le mettre en sourdine.
Snapchat : en dernière place
Le service de messagerie éphémère est non seulement celui qui propose le moins de fonctionnalités pour les adolescents, mais aussi celui avec le plus haut taux d’échec. En effet, seulement 3 des 11 fonctionnalités annoncées sont à la hauteur, d’après l’étude.
Parmi les fonctionnalités absentes, notons que Snapchat est censé empêcher les adultes d’amorcer un contact avec les mineurs. Les chercheurs ont toutefois pu trouver le compte d’un adolescent qu’ils avaient créé à partir d’un compte adulte créé aussi pour l’occasion, lui envoyer une demande d’ajout et lui écrire avant même qu’il l’accepte. Une fois la demande acceptée, l’adolescent pouvait consulter tous les messages déjà envoyés, sans qu’aucun avertissement s’affiche.
La fonction permettant de ne pas apparaître dans les suggestions d’amis s’est également révélée peu fiable. Même après sa désactivation, le compte testé a été recommandé à un autre utilisateur qui avait son numéro de téléphone dans ses contacts.
Les seules fonctionnalités de sécurité jugées efficaces pour les adolescents sont celles permettant de bloquer un compte ou tous les comptes associés à une personne, et de ne pas partager sa localisation.
TikTok : premier, mais avec seulement 50 % de réussite
Le service vidéo TikTok arrive en première position parmi les quatre plateformes mises à l’essai par les chercheurs. Cette victoire est toutefois bien relative : 12 des 24 mesures annoncées n’ont pas atteint leur cible.
L’outil visant à limiter le temps d’écran figure notamment parmi les échecs. Une fois la limite quotidienne atteinte, les adolescents peuvent simplement fermer l’avertissement et continuer à utiliser l’application. La fonction « Ne pas déranger » n’a pas non plus bloqué toutes les notifications pendant les périodes prévues.
Les restrictions de recherche peuvent, quant à elles, être contournées facilement : il suffit de modifier légèrement l’orthographe d’un mot. Concernant les troubles alimentaires et l’automutilation, TikTok a même proposé à un compte d’adolescent créé par les chercheurs des expressions menant vers du contenu associé à l’anorexie, à la dépression ou à l’automutilation.
Parmi les réussites, les auteurs de l’étude mentionnent l’expérience distincte destinée aux moins de 13 ans, qui limite fortement les recherches, les interactions et le temps d’utilisation.
YouTube : taux de réussite de 45 %
Seulement 10 des 22 mesures de sécurité de YouTube évaluées fonctionnent comme annoncé, tout en étant facilement accessibles. Le service de diffusion vidéo qui appartient à Google est toutefois le seul où toutes les fonctionnalités promises sont bel et bien présentes.
Les plus grands échecs de la plateforme concernent la limite d’utilisation liée aux vidéos verticales Shorts : YouTube a même proposé un lien à un compte adolescent qui mène directement au réglage permettant de la désactiver. Les filtres contre les commentaires ou les recherches nuisibles peuvent aussi être déjoués facilement à l’aide de fautes d’orthographe, d’expressions différentes ou de chiffres remplaçant certaines lettres.
YouTube compte quelques mesures uniques ou plus efficaces que sur les autres plateformes, notamment les restrictions en lien avec la publicité et la possibilité de désactiver la lecture automatique.
Notons que certaines conclusions de l’étude ont été contestées par les plateformes, après la publication d’un article dans le New York Times. Snapchat a, par exemple, remis en question les méthodes des chercheurs, soutenant que leurs comportements ne représentaient pas ceux des utilisateurs typiques. YouTube a, pour sa part, indiqué que les parents peuvent imposer des mesures plus contraignantes, en particulier par rapport au temps de lecture des vidéos Shorts.
De plus en plus de gouvernements veulent agir
La publication du rapport survient alors que l’accès des jeunes aux réseaux sociaux est remis en question un peu partout dans le monde.
En Australie, les plateformes doivent, depuis l’année dernière, prendre des mesures raisonnables pour empêcher les moins de 16 ans de posséder un compte. La réflexion progresse aussi en Europe, où plusieurs pays réclament des restrictions d’âge plus sévères concernant l’accès aux réseaux sociaux. L’Union européenne prépare d’ailleurs également de nouvelles mesures visant à mieux protéger les mineurs en ligne.
Au Québec, la Commission spéciale sur les impacts des écrans et des réseaux sociaux sur la santé et le développement des jeunes a recommandé d’établir une « majorité numérique » à 14 ans, qui interdirait aux plus jeunes de s’inscrire ou d’accéder aux réseaux sociaux sans le consentement de leur tuteur légal. Il s’agit évidemment d’une recommandation et non d’une règle en vigueur.
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