Faut-il roder votre nouveau véhicule électrique ?
La réponse est oui : même en l’absence d’un moteur thermique, vous devez ménager votre nouveau véhicule électrique pendant les premières centaines de kilomètres. Voici pourquoi – et comment.
Le rodage d’un véhicule neuf, ce n’est pas une histoire de grand-père. Bon, il est vrai qu’aujourd’hui, les constructeurs ne nous imposent plus de conduire notre nouvelle auto pendant ses 5 000 premiers kilomètres comme si on roulait sur des œufs. Ça, c’est du passé, merci aux avancées mécaniques, aux matériaux plus durables et aux procédés modernes de fabrication !
Actuellement, le rodage pour les voitures à essence est plutôt une période où la prudence est de mise : on laisse le temps aux composantes mécaniques de s’ajuster, sans trop de contraintes ni de pression. « En gros, pour une distance d’environ 1 000 km, il s’agit d’éviter les régimes élevés et les vitesses soutenues », explique Jesse Caron, expert automobile chez CAA-Québec.
Les avantages à long terme de cette conduite mesurée ? Une consommation légèrement réduite, autant en carburant qu’en huile moteur, et, par conséquent, un moteur qui vous remerciera en durabilité pour vos bons soins.
Maintenant, on sait tous que les véhicules électriques (VE) n’ont ni pistons ni soupapes qui demandent une adaptation progressive. De fait, « leurs moteurs n’ont pas ce besoin d’éviter de rouler à trop grand régime au sortir de l’usine, parce que leur consommation énergétique ne risque pas d’augmenter par la suite », dit Simon-Pierre Rioux, fondateur et porte-parole de l’Association des véhicules électriques du Québec (AVÉQ).
Mais ce n’est pas parce que vous troquez un moteur thermique contre un groupe motopropulseur électrique, prêt à l’utilisation dès les premiers tours de roue, que vous devez piloter votre nouveau VE sans retenue. Certes, son rodage est beaucoup moins critique que pour les véhicules à combustion interne, mais il y a néanmoins quelques précautions à prendre.
Voici donc les trois principaux aspects pour lesquels vous devriez « prendre ça mollo ».
Les freins : on repousse à plus tard « la conduite à une pédale »
Une composante que votre VE sollicitera abondamment, ce sont ses freins. En plus du système traditionnel, les VE annexent un système régénératif qui, comme son nom l’indique, récupère l’énergie cinétique des décélérations. Celle-ci est retournée dans la batterie pour ainsi en prolonger l’autonomie.
Outre cette différence de conception, les freins de votre VE sont composés des mêmes plaquettes et disques que pour les véhicules à essence. Et ces plaquettes et disques ont besoin de s’ajuster d’une manière progressive et uniforme, sans freinage brusque. Grâce à ce temps d’adaptation, vous vous assurez de leur mordant optimal. Au-delà de cette sécurité, vous profiterez d’un roulement silencieux et sans vibration, sans parler d’une réduction de leur usure.
Selon le modèle de votre véhicule, vous devriez donc ménager ses freins pendant les 300 à 500 premiers kilomètres. Pour ce faire, « évitez les freinages brusques et d’urgence », recommande Jesse Caron. Pour ne pas avoir à vous immobiliser de manière intempestive, vous connaissez la rengaine : gardez une bonne distance avec le véhicule devant et levez le pied à l’approche d’un feu de circulation qui n’est pas encore passé au vert.
Allez-y plutôt avec des ralentissements progressifs et des freinages légers qui viendront uniformément user les aspérités des composantes. Pour les mêmes raisons, reportez à plus tard l’idée de remorquer une charge lourde qui mettrait les freins à rude épreuve.
Un dernier tuyau « freinage » : Simon-Pierre Rioux, de l’AVÉQ, conseille d’utiliser le mode le moins agressif de votre système régénératif. De cette manière, ce sont bien vos freins qui ralentiront votre VE, pas son régime moteur. Quant à la conduite à une pédale – cette fonction des VE qui entraîne une solide décélération sans même devoir toucher les frein – attendez idéalement après la période de rodage pour en faire l’apprentissage.
Les pneus : donnez-leur le temps avant de « sprinter »
Certes, au début, vous serez peut-être tenté de pousser au maximum votre nouvelle voiture électrique qui vous a promis le 0-100 km/h plus rapidement que tout ce que vous avez conduit jusqu’à présent. Mais une autre de ses composantes commande de la retenue : les pneus.
D’une part, lors de leur fabrication, les pneus sont enduits d’un lubrifiant destiné à en faciliter le démoulage. Cette fine couche protectrice appliquée sur leur bande de roulement est antiadhérente – tout le contraire de la « grip » que vous attendez de vos pneus. « Ce lubrifiant de démoulage les rend glissants pendant les 200 à 500 premiers kilomètres, prévient Jesse Caron ; évitez donc les franches accélérations. » Soyez particulièrement vigilant sur les routes sinueuses et les chaussées mouillées.
L’expert automobile de CAA-Québec recommande également d’éviter « les courbes négociées sportivement pendant au moins les 100 premiers kilomètres ». Vous voulez laisser vos pneus bien se stabiliser sur leur jante et leur caoutchouc subir quelques cycles thermiques avant de les pousser à fond.
Notez que ces deux conseils – éviter les accélérations rapides et les manœuvres trop sportives – s’appliquent aussi à tout nouvel ensemble de pneus. Et vérifiez-en régulièrement la pression ; il en va de leur durabilité et de l’économie d’énergie que vous ferez.
Les batteries : pas de rodage, mais des conseils « à vie »
Les batteries au lithium des véhicules électriques n’ont pas besoin de rodage. Voilà, c’est dit. Par contre, si vous voulez prémunir la vôtre contre une dégradation prématurée, appliquez ces recommandations de CAA-Québec pendant toute la durée de vie de votre VE – et pas seulement en période de rodage :
- Au quotidien, évitez les grandes plages de décharge-recharge. Privilégiez plutôt des recharges qui demeurent dans la plage 20 % - 80 %;
- Ne laissez pas la batterie se décharger complètement;
- Limitez les recharges complètes à 100 %, réservées aux longs trajets;
- Limitez l’usage des bornes de recharge rapide en courant continu (CC). En effet, elles génèrent une forte chaleur, ce qui peut dégrader les cellules de votre batterie et, donc, en réduire l’autonomie à long terme;
(NDLR : les batteries LFP [Lithium-Fer-Phosphate] sont les seules qui peuvent être rechargées à 100 % au quotidien sans que leur longévité en soit affectée.)
Le manuel du propriétaire, la bible de votre VE
Donc, résumons : selon les marques et les modèles, la période de rodage pour les freins est de 300 km à 500 km, et celle pour les pneus est de 200 km à 500 km. Évidemment, les recommandations pour votre VE peuvent différer. Dans ce cas, le manuel du propriétaire reste la référence.
Rassurez-vous : vous n’aurez pas à vous « taper » la consultation de plus de 500 pages : utilisez la fonction de recherche du document numérique avec le mot « rodage ».
- Votre nouvelle Chevrolet Bolt vous sera reconnaissante de ne pas freiner brusquement pendant ses 322 premiers kilomètres (200 milles).
- Votre nouvelle Toyota BZ vous recommande d’éviter les accélérations brusques et les vitesses extrêmes pendant les 1000 premiers kilomètres.
- Votre nouveau Ford F-150 Lightning aimerait mieux que vous attendiez 1 600 km avant de le mettre à l’épreuve du remorquage.
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