Payez-vous le juste prix pour votre lait ?
Le lait ordinaire coûte plus cher depuis le 1er février. Nous avons demandé à un spécialiste de décortiquer les mécanismes de fixation des prix de cet aliment consommé au quotidien. Voyez aussi comment savoir si vous payez le juste prix.
L’agronome Pascal Thériault, également économiste et directeur du programme de Gestion et technologies d’entreprise agricole (GTEA) de l’Université McGill, a répondu à nos questions sur les particularités du coût du lait.
- Pascal Theriault. Crédit: Alex Tran Photo
Protégez-Vous : Au début du mois, le prix du lait à la ferme a augmenté d’un peu plus de 2,325 % dans tout le Canada. Comment cette hausse a-t-elle été calculée ?
Pascal Thériault : C’est la Commission canadienne du lait (CCL), un organisme fédéral, qui détermine la formule du coût de production national, mais aussi le prix du lait payé à la ferme et le prix du lait qui sera transformé. Pour fixer le prix du lait à la ferme, la CCL tient compte à 50 % des coûts de production des producteurs laitiers et à 50 % de l’inflation générale.
Combien de fois par an le prix du lait est-il ajusté ? Et est-ce toujours à la hausse ?
On parle habituellement d’une hausse annuelle. Mais l’an passé, ça a baissé [de 0,02 %], parce que le prix du grain [pour nourrir les vaches] était plus bas, donc la baisse de coût de production était plus importante que la hausse de l’inflation.
Le prix payé par les consommateurs est-il différent de celui à la ferme ?
Oui. Au Québec, on a un Règlement sur les prix du lait de consommation. La Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec (RMAAQ) détermine les prix minimums et maximums du lait, selon la teneur en matière grasse, le volume du contenant et la région dans laquelle l’acheteur se trouve [tous les prix sont détaillés ici].
Ces prix prennent aussi en compte les coûts de main-d’œuvre, de transformation, etc. Mais les prix au détail augmentent moins que le prix payé à la ferme, parce que la hausse n’est pas systématiquement refilée à 100 % au consommateur.
Exemples de prix maximums du lait ordinaire vendu au détail, selon les régions
Les limites des régions de vente sont détaillées dans l’encadré au bas de l’article
| Matière grasse et format | Régions de vente | ||||
| 3,25 % | 2 % | 1 | 2 | 3 | 4 |
| 1 L | - | 2,43 $ | 2,49 $ | 2,70 $ | 2,72 $ |
| 4 L | - | 9,21 $ | 9,41 $ | 10,25 $ | 10,27 $ |
- | 1 L | 2,33 $ | 2,39 $ | 2,60 $ | 2,62 $ |
- | 4 L | 8,84 $ | 9,04 $ | 9,88 $ | 9,90 $ |
Source : Prix minimums et maximums fixés pour le lait de consommation, gouvernement du Québec, février 2026
Dans la région 1, qui couvre la majorité de la province, un litre de lait à 2 % de matière grasse ne peut maintenant coûter moins de 2,16 $. Est-ce qu’il existe un prix minimum partout au Canada ?
Non : c’est une particularité locale. En Ontario, par exemple, le lait est considéré comme un produit d’appel – un lost leader, en anglais –, donc il est vendu à perte pour attirer le consommateur dans les épiceries. Ce n’est pas permis au Québec et dans certaines autres provinces, comme le Nouveau-Brunswick.
Pourquoi les prix maximums de la RMAAQ – 2,33 $ pour un litre de 2 %, par exemple – s’appliquent-ils seulement aux laits dits « ordinaires » vendus dans des sacs en plastique de 4 litres ou des contenants de 1, 1,5 ou 2 litres entièrement en carton ?
Parce que ce sont des laits de base. Les autres formats, comme les contenants en carton avec des bouchons en plastique, contiennent généralement des laits à valeur ajoutée : du lait à plus longue durée de conservation, du lait ultrafiltré… Il y a eu un procédé supplémentaire sur le produit, donc il coûte plus cher.
Les prix maximums ne s’appliquent pas non plus au lait « vendu directement au domicile des consommateurs ». Pourquoi ?
Parce que les marges [bénéficiaires] sur le lait sont déjà très faibles et qu’il y a un coût supplémentaire associé à la livraison.
Comment la hausse du prix du lait se répercute-t-elle sur le prix des autres produits laitiers, dont le fromage et la crème glacée ?
Plus les matières grasses du lait valent cher, plus le prix du fromage risque d’augmenter. Mais on sait aussi que le fromage fait souvent partie des produits d’appel en épicerie : pendant une semaine, le cheddar coûte 9 $, puis, la semaine suivante, il coûte 4,50 $ et personne n’a compris pourquoi (rires). Et le fromage, il faut le transformer et le faire vieillir, donc plus les coûts de main-d’œuvre augmentent, plus les coûts d’énergie nécessaires aux salles d’affinage augmentent, plus il y a des chances que le prix du fromage monte.
Pour la crème glacée, il faut aussi penser aux coûts des autres matières premières, comme le sucre et le chocolat. On sait que le chocolat est très cher actuellement, donc le transformateur va essayer d’équilibrer ses coûts de production entre sa crème glacée à la vanille et celle au chocolat, par exemple, parce qu’elles sont vendues au même prix.
Comment savoir si vous payez le juste prix ?
- Rendez-vous sur la page Web du gouvernement du Québec consacrée aux prix minimums et maximums fixés pour le lait de consommation et cliquez sur Tableaux des prix du lait.
- Vérifiez dans quelle région vous vous situez :
- Région 1 : elle couvre presque toute la province, sauf la municipalité de Rapides-des-Joachims, les territoires situés au nord du 50e parallèle et ceux des trois autres régions définies ci-dessous.
- Région 2 : elle couvre la majorité de la Gaspésie, de l’Abitibi-Témiscamingue et de la Côte-Nord, à quelques exceptions près.
- Région 3 : elle couvre les Îles-de-la-Madeleine.
- Région 4 : elle couvre les municipalités régionales de comté (MRC) de Minganie, du Golfe-du-Saint-Laurent et de Caniapiscau.
- Repérez le pourcentage de matière grasse indiqué sur l’emballage, puis vérifiez si le prix affiché est égal ou inférieur au prix maximum permis.
Attention ! Ces prix ne concernent que les laits dits « ordinaires » vendus en sacs de plastique de 4 litres ou dans des contenants de 1, 1,5 ou 2 litres entièrement en carton. Ils ne s’appliquent pas aux laits pasteurisés à ultra-haute température (UHT), biologiques, sans lactose ou à valeur ajoutée – entre autres –, ni à ceux dans des emballages différents (avec un bouchon de plastique, par exemple).
Que faire si le prix du lait dépasse les limites permises ?
Si vous constatez qu’un commerçant vend du lait ordinaire à un prix qui ne respecte pas les montants minimaux et maximaux établis par la RMAAQ pour la région et le format concernés, prenez des photos. Elles pourront ensuite vous servir à porter plainte au moyen d’un formulaire en ligne. Votre dénonciation sera traitée par « les services d’inspection du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation », précise la RMAAQ sur son site Web.
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