Votre navigateur n'est plus à jour et il se peut que notre site ne s'affiche pas correctement sur celui-ci.

Pour une meilleure expérience web, nous vous invitons à mettre à jour votre navigateur.

Masques de procédure: peut-on s’en débarrasser de façon écoresponsable?

Par Rémi Leroux
recyclage-masque

Recyclage, enfouissement, incinération… les options pour traiter les masques de protection jetables présentent de nombreuses limites. Et les recommandations officielles ne sont pas toujours très claires…

Henri, 12 ans, conserve ses masques de protection usagés dans un sac-poubelle dans sa chambre. À raison de deux masques par jour, soit ceux qu’il reçoit en arrivant à l’école chaque matin, il devrait en amasser quelques centaines d’ici la fin de l’année scolaire.

En première année du secondaire à Longueuil, Henri ne «collectionne» pas les masques par plaisir, mais plutôt, explique sa mère, parce que son école n’a mis en place aucun dispositif pour les récupérer. Et Henri ne veut pas les jeter simplement à la poubelle. Existe-t-il une autre solution?

À la maison

Selon les recommandations de la Santé publique du Québec, les masques jetables que vous et vos enfants utilisez «doivent être mis dans des sacs bien fermés avant d’être placés dans des contenants de déchets fermés», tout comme les mouchoirs, lingettes et gants souillés. En aucun cas, ces matériaux ne doivent «se retrouver au bac de récupération ou dans l’environnement», précise Brigitte Geoffroy, chargée des communications gouvernementales et des relations médias à Recyc-Québec.

Noémie Vanheuverzwijn, chargée des relations médias au ministère de la Santé et des Services sociaux, rappelle par ailleurs que «les masques de procédure ne sont ni lavables ni réutilisables» et qu’il est recommandé de les changer aux quatre heures puisqu’ils peuvent être contaminés par différents microbes.

Avant de jeter un masque à la poubelle, Eugénie, comme toutes ses amies de cinquième secondaire de l’école Joseph-François-Perrault de Montréal, prend soin de couper les élastiques. «Si le masque se retrouve malheureusement dans l’environnement, cela permet au moins d’éviter qu’un oiseau ou un autre animal soit pris dans l’élastique», soutient l’adolescente. Ces derniers mois, des organisations de protection des animaux ont recommandé ce geste simple pour protéger la faune d’un déchet devenu aussi emblématique que le sac en plastique à usage unique.

La récupération: premier écueil

Pour les directions d’écoles secondaires, récupérer et entreposer des milliers de masques usagés est un véritable casse-tête. «Depuis la rentrée de janvier, deux masques de procédure sont distribués chaque jour à des milliers d’élèves québécois; pourtant, on a l’impression que rien n’a été prévu pour les récupérer ou les valoriser», déplore Karel Ménard, porte-parole du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets (FCQGED).

Son organisme évalue que près de 100 millions de masques jetables auront été livrés dans les écoles d’ici la fin de l’année scolaire. «Le coût de leur récupération serait de l’ordre de 30 à 35 millions de dollars», précise-t-il. Un enjeu environnemental et financier majeur.

Certaines entreprises de traitement des déchets proposent aux écoles des boîtes de récupération en carton qu’elles viennent chercher lorsque celles-ci sont pleines afin de procéder à la valorisation de leur contenu. Mais ce service représente une dépense significative pour les établissements scolaires, fait valoir le FCQGED.

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a annoncé à la mi-janvier que le gouvernement rembourserait aux écoles les coûts associés à la récupération des masques en vue de leur recyclage ou de leur valorisation. Il n’empêche: certaines commissions scolaires ont fait savoir qu’elles ne seraient pas en mesure d’organiser la collecte des masques à grande échelle.

De son côté, Recyc-Québec a publié un document destiné aux institutions et organismes listant plusieurs entreprises «offrant des services de récupération de masques et d’équipements de protection individuelle», dont certaines situées aux États-Unis. Le document a fait réagir les organismes environnementaux qui déplorent que les entreprises en question n’aient pas été auditées par Recyc-Québec. Sans parler de l’impact environnemental du transport des masques usagés lorsqu’il faut les acheminer, par exemple, au New Jersey.

La société d’État se défend en précisant que cette liste d’entreprises «ne constitue pas un avis, une recommandation, une analyse de procédés ou une quelconque garantie de la part de Recyc-Québec» et qu’elle «n’a pas le mandat ni les leviers d’intervention pour auditer les informations des entreprises de récupération».

Recyclage, incinération ou enfouissement?

Or, les solutions de valorisation actuelles des masques de procédure sont loin d’être écoresponsables.

Première difficulté: les masques n’ont pas été conçus pour être recyclés, rappelle Marc Olivier, professeur-chercheur en gestion des matières résiduelles au Centre universitaire de formation en environnement et développement durable de l’Université de Sherbrooke. Pour pouvoir l’être, un masque doit être démonté et ses différentes composantes traitées séparément: barrette nasale, élastique, carré de polypropylène… Peu d’entreprises sont aujourd’hui en mesure de recycler adéquatement les masques, croit Karel Ménard.

Par ailleurs, l’incinération des masques dans une perspective de valorisation énergétique soulève des enjeux environnementaux puisqu’elle peut provoquer des rejets de dioxines et de furanes, des «substances persistantes dans la nature et très nocives pour l’être humain», précise encore Karel Ménard.

L’option retenue majoritairement pour traiter les masques usagés demeure donc l’enfouissement. Moins coûteux que le recyclage ou l’incinération, il ne représente cependant pas la solution idéale, estiment les experts que nous avons interrogés.

Un écomatériau à base de masques

Pour régler le problème, «il faut favoriser la valorisation des matériaux qui composent les masques dans une logique d’économie circulaire et de circuit court», croit Marc Olivier. Le professeur-chercheur a contribué ces derniers mois au développement d’un écomatériau à base… de masques de procédure.

Composé aux deux tiers de matière fibreuse (copeaux de bois) et d’un tiers de plastique (polypropylène n.5 issu des masques), cet écomatériau offre divers débouchés possibles. «La valorisation énergétique très ciblée, dans les chaudières industrielles, ou dans le cadre de la production de vapeur-électricité pour une entreprise, détaille Marc Olivier; la valorisation de la matière pour produire un gaz de synthèse utilisé dans la préparation d’éthanol ou de méthanol et, enfin, le recyclage pour la fabrication de matériaux de construction, comme des panneaux de revêtement ou d’insonorisation.»

Développé conjointement par le centre intégré de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l’Estrie et l’Université de Sherbrooke, le projet est soutenu par plusieurs entreprises de l’Estrie. S’il s’adresse en priorité aux collectivités et aux organismes, Marc Olivier souhaite qu’il inspire d’autres régions du Québec.

Mais en attendant que le projet se généralise à l’échelle de la province, Henri, lui, devra continuer sa collection de masques.

>> À lire aussi: Écolos ou pas? Cinq produits décortiqués et Recycler ses appareils électroniques de façon responsable, malgré les restrictions.

  Ajouter un commentaire

L'envoi de commentaires est un privilège réservé à nos abonnés.

Il n'y a pas de commentaires, soyez le premier à commenter.