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Interdire la vente de véhicules à essence en 2035 : est-ce suffisant ?

Par Alain McKenna
auto-electrique

C’est officiel: on ne pourra plus acheter d’auto neuve à moteur thermique au Canada à partir de 2035. Cette annonce faite par Ottawa à la fin de juin se colle à celle faite l’automne dernier par Québec. Sur papier, c’est une bonne nouvelle. La réalité est moins simple…

Les véhicules électriques sont pour le moment produits en très petit nombre par les fabricants. Ils sont ensuite distribués dans les régions de la planète où la demande est la plus forte, selon la règle classique de l’offre et de la demande. En interdisant la vente de véhicules neufs à moteur thermique en 2035, le gouvernement fédéral s’assure que la demande envers les véhicules électriques bondisse partout au pays au cours des 15 prochaines années. Voilà pour la demande.

Il reste maintenant à régler la question de l’offre. Car, outre la question du prix plus élevé à l’achat de la plupart des véhicules électriques neufs, un détail qui turlupine de nombreux acheteurs, mais qui est moins pertinent d’année en année, c’est la rareté des véhicules électriques qui continue d’être le plus gros frein à leur adoption généralisée.

Difficiles à trouver

« Il faut améliorer de façon significative les niveaux d’inventaire (des concessionnaires) en véhicules électriques si on souhaite garder le rythme », résume le consultant en transition énergétique Dunsky dans un rapport effectué pour le compte de Transports Canada.

« Malgré les incitatifs à l’achat d’un véhicule zéro émission présents au pays, il est encore très difficile de trouver un véhicule électrique étant donné que seulement 33 % des vendeurs de voitures au pays ont au moins un exemplaire en stock », illustre la firme montréalaise. À l’extérieur du Québec et de la Colombie-Britannique, cette part chute à 20 %. Quatre concessionnaires automobiles sur cinq n’ont en leur possession aucun véhicule électrique ou hybride branchable prêt à être vendu.

Et même ceux qui en ont doivent parfois imposer un délai d’attente qui décourage les acheteurs. Dans notre dossier de juin sur les véhicules électriques, on apprend, entre autres choses, que le temps d’attente requis à l’achat d’un Rav4 hybride branchable chez Toyota est de 15 à 18 mois !

Ce n’est qu’un exemple, et on aurait tendance à croire que le ralentissement économique survenu en 2020 aurait permis aux vendeurs d’améliorer leur inventaire. Or, c’est le contraire qui s’est produit au Québec. Dans l’industrie, on utilise, pour calculer la disponibilité des différents modèles vendus, une donnée exprimée en journées d’inventaire. Plus cette donnée est élevée, plus on a de véhicules en stock et plus il est facile de satisfaire à la demande rapidement.

De façon générale, un concessionnaire qui a de 50 à 100 jours d’inventaire est considéré comme bien fourni. Dans le cas des véhicules électriques, les commerçants québécois comptaient 37 jours d’inventaire à la fin de 2018. Cette durée avait chuté à 29 jours au début de 2020, indique Dunsky.

En annonçant son intention d’interdire la vente de véhicules neufs à essence en 2035, Ottawa a du même souffle promis une aide aux constructeurs qui assemblent leurs véhicules au Canada pour qu’ils fassent eux aussi la transition vers l’électrique.

Vu l’état de ce marché, cette aide a intérêt à être accélérée. Peut-être qu’elle devrait aussi être réfléchie de manière à inciter les constructeurs étrangers à acheminer davantage de leurs véhicules zéro émission au Canada.

Surtout s’il s’agit de véhicules qui ciblent les créneaux les plus gourmands en énergie, comme les camionnettes, qui sont souvent utilisées à la fois comme véhicules particuliers et comme véhicules commerciaux ou de service.

L’offre suit la demande

Chose certaine, l’offre a tendance à s’ajuster en fonction de la demande. En ce moment, vu l’aide fédérale et provinciale, le Québec et la Colombie-Britannique sont les deux régions du Canada où acheter un véhicule électrique (ou hybride branchable) est le plus abordable.

C’est aussi dans ces deux provinces qu’ils sont acheminés en plus grande quantité par les fabricants. Les données de Statistique Canada en font foi: la part de marché des véhicules électriques à l’échelle canadienne en 2020 était de 3,5 %. Elle est de 6,7 % au Québec et de 8,4 % en Colombie-Britannique. Elle tombe à 2 % en Ontario, où l’aide à l’achat a été abandonnée il y a environ trois ans.

À ce propos, le rapport de Dunsky remis à Transports Canada suggère d’harmoniser l’aide à l’achat pour toutes les provinces. Ce que sous-entend cette proposition, c’est qu’il serait logique, pour accélérer encore un peu plus l’émergence du transport électrique, de hausser l’aide dans les provinces où elle est moindre à un niveau comparable à celle offerte au Québec et en Colombie-Britannique.

Au Québec, le montant total peut atteindre 13 000 $ après les taxes, en combinant l’aide fédérale et provinciale. Elle est de 8 000 $ en Colombie-Britannique.

Cette mesure serait bonne pour l’industrie et les provinces où l’électrique est présentement peu populaire. Mais elle forcerait les fabricants à répartir leur offre plus également. On trouverait donc encore moins de véhicules neufs chez les concessionnaires québécois…

La situation risque de perdurer jusqu’à ce que les constructeurs commencent réellement à fabriquer des véhicules électriques en plus grand nombre. Dans la plupart des cas, on promet une accélération importante de la production à partir de 2025, mais surtout à l’horizon 2030. Est-ce qu’une plus grande demande nationale suffira à les attirer en plus grand nombre chez nous ?

L’Asie et l’Europe sont de bien plus gros marchés que le Canada… Ottawa veut d’ailleurs convaincre Washington d’harmoniser ses règles avec les siennes, pour rendre l’Amérique du Nord plus accueillante pour les véhicules électriques. Mais, encore là, les États-Unis, deuxième marché automobile en importance dans le monde, risquent d’attirer davantage les fabricants que le Canada.

>> À lire aussi : Êtes-vous prêt pour l’auto électrique?

 

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  • Par GUILLAUME P.
    02 Juillet 2021

    Bien sûr, 2035 c'est quand même dans près de 15 ans, c'est très long, la technologie électrique va évoluer beaucoup d'ici là, l'accès aux bornes de chargement va augmenter et le temps du chargement rapide va diminuer.
    Mais dans l'annonce, on note que les véhicules hybrides rechargeables ne seront pas interdits. Hors, rien n'empêche d'utiliser ces véhicules sans jamais les brancher, donc en utilisant seulement de l'essence. Ça enlève beaucoup de mordant à l'interdiction, n'est-ce pas?
    Je crois qu'on ne se débarrassera pas de l'essence tant que le litre ne sera pas vendu plus cher, soit plus de $2 le litre comme en Europe.

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  • Par YVES DUPLESSIS
    02 Juillet 2021

    Je ne comprends pas cette idée d'imposer les voitures électriques. L'électricité n'est pas une ressource énergétique, il faut la fabriquer. Et pour la produire, rare sont les endroits sur la planète, qui, comme au Québec, ont des ressources hydro-électrique. La grande majorité de l'électricité produite dans le monde provient de la combustion de sources d'énergie produisant du CO2, charbon, pétrole et gaz naturel. Donc pour la réduction des émanations du CO2, la voiture électrique n'apporte qu'une faible contribution mais dispendieuse pour la réduction du CO2. Mais ça fait une belle promesse pour la classe politique.

  • Par DANIEL RATTÉ
    03 Juillet 2021

    Il n'en demeure pas moins que bon nombre de gens n'ont pas les moyens de s'acheter une voiture neuve, encore moins une voiture électrique neuve.
    Autre point très important : même si on me donnait une voiture électrique, où est-ce que je vais la brancher?? Le condo où je demeure n'a même pas de prises électriques ordinaires dans les stationnements. Avez-vous une idée de ce que ça va coûter pour installer massivement des bornes électriques dans tous les stationnements extérieurs et souterrains de tous les blocs de condos et de tous les blocs appartement partout au Québec? Et ce, sans savoir si la technologie utilisée sera encore pertinente 5 ans plus tard? *Méchant* problème! Qu'en pensez-vous?

    Par GUILLAUME P.
    08 Juillet 2021

    Il y a en effet beaucoup d'enjeux pour brancher les voitures. Mais pour les condos, il y a un immeuble près de chez moi où j'ai remarqué une Tesla avec une borne dans son stationnement. Il n'y avait pourtant aucune prise électrique et ils ont pu ajouter une borne. Ce ne doit pas être plus cher que ceux qui s'installent une piscine avec une thermopompe où ils doivent amener l'électricité à l'autre bout de la cour. Si on fait tous les condos d'un immeuble d'un coup, ça réduit aussi les coûts. Mais imaginez ceux qui demeurent en ville, comme sur le Plateau, où 90% des gens stationnent dans la rue. Pas évident pour eux.
    Pour ce qui est du prix des autos électriques, elles seront éventuellement au même prix, peut-être même moins chères que celles à essence. Et il y aura aussi éventuellement des autos plus vieilles usagées moins chères. Actuellement elles sont chères car presque toutes récentes. Et recherchées car il y en a peu, donc ça maintient les prix élevés.

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  • Par LINDA GRABOSKY
    02 Juillet 2021

    J’ai hâte de voir comment les autorités composeront avec les pannes d’électricité… les changements climatiques nous ont joué de biens mauvais tours… et que dire de l’avenir… encore bien des inconnus.