Votre navigateur n'est plus à jour et il se peut que notre site ne s'affiche pas correctement sur celui-ci.

Pour une meilleure expérience web, nous vous invitons à mettre à jour votre navigateur.

Compostage: bactéries contre vers de terre

Par Stéphan Dussault Mise en ligne : 18 Juin 2010

Photo: Stéphan Dussault

En début d’année, nous avons été attirés par un court texte paru dans le quotidien La Presse qui vantait un nouveau type de compostage dans la maison, où ce sont des bactéries qui font le travail. « Pas de vers, pas d’odeur ! » écrit le quotidien. « Pas de compostage non plus », serions-nous tentés d’ajouter après avoir testé la chose.

En mars, nous avons acheté le Compostgénie, de la petite entreprise ontarienne Cooter Muck. Pour 40 $, vous recevez un bac en plastique et trois sachets de bactéries en granules. Vous mettez vos résidus de cuisine dans le bac, vous épandez une petite couche de bactéries et vous refermez le couvercle étanche.

Pour mieux évaluer ce procédé, nous l’avons comparé avec le vermicompostage. Pendant un mois et demi, notre cuisine a été le théâtre d’un combat épique entre 340 grammes de vers de terre et une pelletée de semences de bactéries. Dans les deux cas, le but est noble : offrir une solution aux gens qui n’ont pas accès à un terrain pour installer un composteur.

La différence est spectaculaire. D’un côté, les gloutons vers de terre ont transformé en compost une bonne partie des résidus. De l’autre, le travail bactérien est à peine entamé. « Notre produit accélère le processus de compostage », écrit pourtant le commerçant.

De plus, une forte odeur de fermentation se dégage du bac à bactéries quand on l’ouvre pour y déposer les matières végétales. « Ce n’est pas étonnant, puisque le travail d’anaérobie [sans air] du bac à bactéries ne réussira qu’à faire fermenter le tout. Le compostage ne sera jamais complet », assure Lili Michaud, agronome et auteure du livre Tout sur le compost.

Contrairement au terreau issu du vermicompostage, impossible de fertiliser nos plantes avec ce produit nuisible. Alors, que fait-on de cette base fermentée quand on demeure dans un logement ? On la dépose… dans un composteur ! Le Compostgénie est diablement cher pour un produit qui fait le travail à moitié. Car chaque sachet de bactéries coûte 6 $ et dure un mois. « Un bel exemple de greenwashing, dit Lili Michaud. C’est un produit inutile.


 

Dans le coin gauche, le petit bac à compost à bactéries. L’ensemble comprend un faux fond qui laisse passer l’air et les liquides. Le bac coûte 20 $. Chaque sac de granules de bactéries coûte 6 $ et est censé durer environ un mois.

 

 

 L’utilisation est d’une simplicité enfantine. On ajoute les résidus de table…

 

 … sur lesquels on saupoudre les bactéries. Le fabricant prétend que cette superposition de couches finira par générer du compost.

 

 

 Dans le coin droit, le matériel du parfait petit vermicomposteur inclut le contenant en plastique (1), 340 g de vers de terre (2), de la « litière » – une matière carbonée, comme des feuilles mortes ou du carton (3) – et de la terre (4). Le tout nous a coûté 115 $.

 

 

C’est dans ce riche environnement «sécurisé» (le couvercle laisse passer l’air, mais pas les vers de terre!) que s’affaireront ces petites bêtes voraces. Car l’espèce qui nous a été vendue serait capable de manger l’équivalent de son poids chaque jour.

Après deux semaines, nous avons ajouté quatre couches de restes de table et de bactéries. À l’œil, le processus de compostage ne semble pas commencé. Les matières que nous y avons déposées sont encore visibles. En revanche, lorsqu’on ouvre le couvercle, une forte odeur de fermentation s’échappe. On dirait que le tout va produire du vinaigre et non du compost !

 

 

Juste à côté, les vers de terre font figure de gloutons qui se vautrent dans leur nourriture ! La transformation des restes de table est rapide. Après deux semaines, les lombrics ont pris du poids.

 

L’agronome et experte en compostage Lili Michaud avait prédit l’échec du compostage avec les bactéries lorsque nous l’avions consultée au début du test. Après plus d’un mois d’essai, nous devons lui donner raison. De plus, à 6 $ le sachet par mois, c’est un produit qui finit par coûter cher.

 

Juste à côté, le vermicomposteur fait de jolies pousses. En brassant, on voit que les petites bêtes n’ont pas chômé.

Le verdict est sans appel : le vermicomposteur est nettement plus efficace que le composteur à bactéries. Et surtout, le premier permet au locataire de déposer le produit fini dans ses pots de plantes, alors que pour le produit issu du second, il faudra trouver un composteur pour terminer le travail.

 

 

Photos: Stéphan Dussault