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Choisir des aliments sans cruauté envers les travailleurs

Par Benoîte Labrosse Mise en ligne : 13 août 2019  |  Magazine : septembre 2019 Shutterstock.com

cueillette-bananes Shutterstock.com

Confiscation de passeport, heures interminables, salaires dérisoires, violences physiques et sexuelles… Plusieurs aliments que vous mangez au quotidien – comme des bananes, des crevettes ou du Nutella – peuvent être issus de l’exploitation de travailleurs, dont des enfants. Comment reconnaître les produits équitables?

L’incontournable certification équitable
Le choix des produits équitables s’élargit
L'avantage de la proximité géographique
Quelques aliments à surveiller
Payer le véritable coût
Demandez plus de transparence!

Vous êtes de plus en plus nombreux à faire vos achats en tenant compte du respect de l’environnement et du bien-être animal. Mais, au moment de choisir des aliments au supermarché, rarement le sort des travailleurs qui les ont produits est-il pris en compte. « Pourtant, il est impossible d’avoir accès à un aliment aussi peu cher qu’une banane à 0,39 $ la livre si quelqu’un d’autre ne vit pas dans un état de pauvreté et de souffrance quelque part ! » illustre Jennie Coleman, propriétaire et présidente d’Equifruit, principal importateur de fruits équitables au Québec.

« L’esclavage a été aboli officiellement, mais il existe toujours. Bien des gens en situation précaire sont contraints de travailler sous diverses menaces, et dans des conditions d’exploitation éhontées : confiscation de passeport, heures interminables, salaires dérisoires, violences physiques et sexuelles, etc. », fait remarquer Amélie Nguyen, coordonnatrice du Centre international de solidarité ouvrière (CISO). Cette organisation intersyndicale québécoise a lancé cette année une campagne de sensibilisation au travail forcé dans les chaînes d’approvisionnement agroalimentaires, afin d’inciter ceux qui en font partie – dont les fournisseurs de matières premières, les distributeurs et les épiciers – à prévenir et à combattre ce type de pratiques.

Le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) rapporte qu’on dénombrait quelque 168 millions d’enfants forcés de travailler dans le monde en 2016, et que près de 60 % d’entre eux s’activaient sur des bateaux de pêche ou dans les fermes et les champs. Toutefois, il est quasiment impossible de chiffrer l’ampleur du phénomène, entre autres parce que de nombreux travailleurs sont employés hors du circuit légal et que l’ensemble des entreprises qui composent la chaîne d’approvisionnement fournit très peu de renseignements sur la provenance de leurs produits. « Ces travailleurs sont prisonniers de leur situation, et la seule manière d’améliorer leurs conditions viendra des pressions internationales », souligne Amélie Nguyen.

Comme consommateur, le premier geste à poser est de privilégier les aliments produits dans le respect de la main-d’œuvre agroalimentaire. Bien que les spécialistes interrogés s’entendent pour dire que cela demeure « très compliqué », voici quelques pistes pour aller dans cette direction.

>> À lire aussi: Mangez-vous de la viande heureuse?

L’incontournable certification équitable

Il faut d’abord savoir qu’il existe des organismes de certification équitable dont l’objectif est d’assurer des conditions de travail décentes aux travailleurs agricoles. Créés depuis les années 1990, ils travaillent à la fois avec des importateurs et des producteurs pour que ces derniers obtiennent un prix de vente compétitif et juste ainsi qu’une prime équitable – 1 $ US par caisse de bananes importées, par exemple –, laquelle finance des projets visant à améliorer le bien-être des communautés productrices. 

Cherchez les logos équitables sur les emballages. Celui de Fairtrade International, représenté ici par le mouvement national Fairtrade Canada, est le plus répandu.

Visiter la section des produits biologiques constitue également une bonne piste. « C’est déjà bien de choisir des aliments pour lesquels des travailleurs n’ont pas été exposés aux pesticides, reconnaît Jennie Coleman, d’Equifruit. Cependant, ce ne sont pas toutes les certifications bios qui tiennent compte de la manière dont ces personnes sont traitées. »  Cela dit, plusieurs produits affichent à la fois une certification biologique et une autre équitable. 

L'Association québécoise du commerce équitable reconnaît les «systèmes de garantie» des cinq organisations suivantes:

commerce-equitable

Le choix des produits équitables s’élargit

Depuis l’arrivée du café certifié équitable sur les tablettes québécoises, il y a plus de 20 ans, l’offre s’est considérablement diversifiée, comme en témoigne la liste des produits et des points de vente sur le site choisirequitable.org (mis sur pied par l’Association québécoise du commerce équitable et Équiterre). 

Il est désormais possible de trouver du thé (Four O’Clock, par exemple), du sucre (Camino, Native et Wholesome, entre autres), des épices (dont celles de Cha’s Organics) ainsi que de nombreux produits chocolatés certifiés équitables. « Le chocolat est un produit emblématique, car derrière sa production se cache à la fois du travail forcé, du travail d’enfants et du trafic humain, entre autres en Côte d’Ivoire », précise Fouzia Bazid, chargée de projets en communication et marketing à l’Association québécoise du commerce équitable.

Du côté des fruits et légumes, on ne trouvait auparavant à grande échelle que les bananes certifiées équitables vendues dans les épiceries du groupe Sobeys (IGA, Rachelle-Béry, Marché Tradition et Marché Bonichoix), au Avril Supermarché Santé et dans différents magasins spécialisés. Depuis juin 2019, l’offre se diversifie : à la demande de Sobeys, Equifruit importe maintenant des ananas équitables, et des avocats certifiés seront bientôt en vente. 

Chiffre-1

Des bananes achetées au Canada sont certifiées équitables. Au pays, ce fruit – certifié ou non – est le plus consommé, à raison de 15 kg par personne par an.
Source : Equifruit.

L'avantage de la proximité géographique

« Au Québec, nous avons un cadre institutionnel qui nous permet de contrôler les conditions des travailleurs », souligne Emmanuelle Champion, professeure de management à l’École des sciences de l’administration de l’Université TÉLUQ, spécialisée en responsabilité sociale des entreprises. Et même si le CISO s’inquiète de la vulnérabilité des travailleurs temporaires étrangers, l’organisme admet que « la proximité géographique rend plus faciles le suivi et l’amélioration de leurs conditions ». 

Dans la même optique, Marc Desrosiers, coprésident de l’association Slow Food Montréal – qui fait la promotion d’une nourriture « respectueuse de celui qui la produit, la transforme et la distribue » –, suggère de visiter des marchés publics, car « prendre le temps d’échanger avec les producteurs nous sensibilise à l’impact de nos choix sur le bien-être des personnes travaillant dans cette industrie ». 

>> À lire aussi: Comment et où trouver les aliments d’ici?

QUELQUES ALIMENTS À SURVEILLER 

Bananes et ananas

ananas

Problème : les travailleurs qui cueillent les bananes reçoivent en moyenne 7 % du prix payé par le consommateur, rapporte le magazine britannique Ethical Consumer, alors que ceux qui ramassent des ananas en perçoivent 4 %, selon l’organisation Consumers International. Au Costa Rica, de nombreux cueilleurs d’ananas sont des migrants originaires du Nicaragua, vulnérables aux abus de toutes sortes. Plusieurs formes d’exploitation des travailleurs du secteur de la banane ont été relevées par Ethical Consumer dans un dossier spécial con­sacré à ce fruit, publié en mai 2017. 

Solution : tournez-vous vers les produits équitables Equifruit, vendus chez les marchands du groupe Sobeys (IGA, Rachelle-Béry, Marché Tradition et Marché Bonichoix), au Avril Supermarché Santé et dans les magasins spécialisés.

nutella

Nutella 

Problème : le New York Times rapportait en avril 2019 que le producteur de la célèbre tartinade chocolatée aux noisettes, le groupe italien Ferrero, achète le tiers de la production de noisettes de la Turquie. Or, ce même article révélait que le code du travail turc ne s’applique pas aux entreprises agricoles de moins de 50 employés, soit à la majorité des fermes de noisettes. L’organisme international Fair Labor Association estime que plus de 72 % des travailleurs de ce secteur ont à peine assez d’argent pour survivre et note une hausse du travail des enfants. 

Solution : privilégiez les variétés de pâtes à tartiner certifiées équitables, comme la tartinade bio au cacao et aux noisettes de Penotti.

crevette

Crevettes

Problème : le véritable esclavage – emprisonnement, torture, trafic humain – que subissent plusieurs travailleurs de l’industrie de la crevette en Thaïlande, surtout les migrants birmans et cambodgiens, a fait l’objet de nombreuses enquêtes depuis 2014, année où le quotidien britannique The Guardian en a révélé les rouages. 

Solution : comme il n’existe pas de crevettes certifiées équitables sur le marché, l’option la plus sûre est d’opter pour les petites crevettes de la Gaspésie ou du Nouveau-Brunswick.

Payer le véritable coût

Les produits équitables et locaux affichent généralement des prix un peu plus élevés que leurs voisins de tablette. Mais se pourrait-il qu’il s’agisse du coût réel des denrées ? « Le système actuel nous a habitués à des prix très bas, rappelle la nutritionniste Catherine Lefebvre, auteure de l’ouvrage Sucre : vérités et conséquences. C’est sûr que si un producteur paie et traite correctement ses travailleurs, cela va se refléter sur le prix de ses produits. » 

Évidemment, plus la demande sera forte, plus le prix des produits équitables deviendra compétitif, estime Fouzia Bazid, parce que les volumes importés permettent des économies d’échelle sur d’autres composantes de la chaîne d’approvisionnement, comme le transport et la distribution. 

Demandez plus de transparence!

« Pour avoir un véritable impact, il faut agir sur la chaîne d’approvisionnement ; pousser les grands distributeurs à plus de transparence sur les produits et les conditions des travailleurs », insiste Amélie Nguyen. L’organisme dont elle est coordonnatrice, le Centre international de solidarité ouvrière (CISO), publiera un rapport à ce sujet à l’automne.

En tant que consommateur, vous pouvez interpeller vos députés sur les responsabilités des gouvernements dans ce dossier, recommandent les experts consultés. Ces derniers vous suggèrent de demander au gérant, à l'épicerie, d’augmenter l’offre de produits équitables et locaux sur ses tablettes. 

Plus nombreuses seront les requêtes des acheteurs, plus notables seront les changements. « Nous l’avons constaté avec les aliments biologiques : quand les consommateurs sont sensibilisés à l’importance d’une pratique alternative, cela pousse les commerçants à l’intégrer dans les réseaux de distribution traditionnels », conclut la professeure Emmanuelle Champion. 

Mais d’ici à ce que davantage d’options soient offertes, respecter la main-d’œuvre agroalimentaire nécessitera quelques sacrifices. À commencer par éviter de consommer les aliments soupçonnés d’avoir été produits dans des conditions déplorables.

Ressources

Choisir équitable
Un outil en ligne pour connaître les produits équitables offerts au Québec et pour géolocaliser les points de vente.

Fairtrade international
Pour en apprendre plus sur la certification équitable. 

Ethical consumer
Magazine britannique qui informe les consommateurs sur les enjeux humains et environnementaux concernant plusieurs produits alimentaires.

Non à l’escalavage moderne
Renseignements sur la campagne contre le travail forcé dans les chaînes d’approvisionnement agroalimentaires que mène le Centre international de solidarité ouvrière.

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Santé et alimentation

Commentaires 1 Masquer

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  • Par LOUISE RHEAUME | 13 août 2019

    Très intéressant cet aspect que vous dénoncez. (Moins de 1% des bananes sont équitables!!) J'apprécie aussi les solutions que vous proposez, particulièrement où on peut faire des achats équitables. merci!