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Revivre après un suicide

Article d'un partenaire de Protégez-Vous

Par Fédération des coopératives funéraires du Québec Partenaire de Protégez-Vous Mise en ligne : 10 Novembre 2014

Photo: François Lafrance

Comment Maryse Chartrand a su se relever après le suicide de son mari.

En septembre 2003, Maryse Chartrand, son mari, Samuel, et leurs trois enfants partent un an en camping autour du monde. Mais à peine quelques mois après leur retour de voyage, Samuel est terrassé par une profonde dépression et s'enlève la vie.
Courageusement, Maryse se redresse et réalise un film sur le phénomène du suicide chez les hommes, un véritable raz-de-marée qui emporte plus d'hommes entre 18 et 45 ans au Québec que n'importe quelle autre cause de mortalité.

Comment avez-vous réagi à l’annonce du suicide de votre mari?
Vers 2 h du matin, la police a frappé à la porte. Une policière m'a dit : « On a retrouvé votre mari. Il s'est ôté la vie. » On m'a remis ses clés et son porte-monnaie et cela a été pour moi un geste d'une extrême violence. Comme si on le réduisait à ces objets banals. J'ai tout lancé à l'autre bout de la pièce, en criant « Mais qu'est-ce que tu as fait là? » À cet instant précis, tout s'est écroulé : toutes les valeurs, la façon que je me définissais et que je définissais notre relation. Le suicide lave tout, remet tout en question, ne laisse rien.

J'ai appelé tous mes proches, frères, sœurs, amis, à trois heures du matin. Je tenais à annoncer le décès moi-même, pour reprendre un peu de ce contrôle sur ma vie que je venais de perdre. Je crois qu'à ce moment, j'avais besoin de sentir la vie qui continuait, car Samuel, en s'enlevant la vie, emportait une bonne partie de la mienne.

La plus grosse partie de ma vie était nos 18 ans de mariage, nos 3 enfants, à qui je devais annoncer la nouvelle à cinq heures du matin. J'avais tellement peur pour eux, peur que ce soit un courant tellement fort qu'il les emporte. J'avais peur qu'ils soient détruits, que cela soit anéantissant d'avoir à porter cette tare du suicide de leur père. Et surtout, je ne voulais pas briser ce lien très fort d'amour qui les liait à leur père.

Comment annonce-t-on une telle nouvelle à ses enfants?
J'ai voulu vérifier que le lien d'amour entre les enfants et Samuel était intact en leur demandant : Êtes-vous certains que papa vous aime? Et êtes-vous sûrs que vous aussi vous l'aimez? Ils n'ont pas hésité un moment. J'ai ajouté : Êtes-vous sûrs que vous vous aimez? Car papa ne s'aimait pas. Et c'était là la différence entre Samuel et les enfants. J'étais très inquiète pour eux : mon deuil devenait presque secondaire au leur. Mais les spécialistes consultés ont été formels : dans un deuil comme celui-là, l'enfant prend modèle sur le parent survivant. Soucie-toi de vivre ton deuil et tes enfants vont calquer sur toi.

Comment se sont passés les premiers mois suivant le décès de Samuel?
Je n'ai pas tout de suite senti le manque de sa présence parce que j'étais occupée à survivre! Il fallait d'abord voir au fonctionnement du quotidien : la maison, les enfants, les détails liés au décès. C'est seulement une fois que j'ai constaté que notre famille tenait encore, peut-être six mois après son décès, que j'ai senti son absence au quotidien. Le plus drôle, c'est qu'on m'aurait dit que j'aurais à vivre ça et je ne m'en serais pas sentie capable. Et pourtant, on le vit et on trouve les ressources... comme le dit Boris Lemay, « Tout comme le bonheur n'est pas pur, le malheur non plus. »

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