Revenir de loin
Par Fédération des coopératives funéraires du Québec Partenaire de Protégez-Vous Mise en ligne : 27 août 2018
Ouvrir son cœur et parler de la mort demande un certain courage – Danièle Henkel nous raconte le décès de sa mère.
On ne nous enseigne pas le départ, donc je me disais que ce n’était pas encore la fin, qu’elle allait se relever, qu’elle ne pouvait pas m’abandonner, car j’avais encore énormément besoin d’elle. Je ne voulais pas y croire. Mais en même temps, une petite voix me disait : Et si c’était vraiment la fin? Ensuite est venue la rage, l’amertume. Tout le non-sens autour du départ. Toute l’injustice qu’on ressent en se disant que ce n’est pas possible que quelqu’un d’aussi précieux puisse s’en aller. C’était ma mère, elle ne pouvait pas partir. Qu’allais-je devenir…
Elle était encore chaude quand il a fallu qu’on libère la salle. C’est à ce moment-là que j’ai réalisé qu’on me l’enlevait, que je ne pourrais plus la toucher ni entendre sa voix. Je m’accrochais à elle en lui disant : Tu ne peux pas, ce n’est pas le temps. Je ne suis pas prête, je ne sais même pas comment faire. Je ne sais pas vivre sans toi, tu ne m’as pas appris. Je voulais rester là. J’étais énormément dans les émotions, dans le ressenti, et j’ai vécu dramatiquement son départ.
La cérémonie a eu lieu dans une église catholique avec les rituels traditionnels. Mais comme maman était vraiment unique, j’ai osé faire une requête inhabituelle. J’ai demandé si c’était possible que mon mari, qui était comme un fils pour ma mère, puisse lui dire au revoir dans sa langue en lisant les versets du coran. Le prêtre m’a répondu : Vous savez bien que ce n’est pas possible, nous sommes à l’église. Je comprenais.
Lors de la procession, tous les jeunes étaient à l’avant avec une rose. Ils adoraient ma mère et l’appelaient mamie Éliane. La cérémonie s’est déroulée comme prévu, et je suis allée rendre hommage à ma mère. L’église était pleine. Puis, le prêtre a pris la parole en disant ceci : Aujourd’hui, j’ai décidé de faire quelque chose de particulier pour Éliane, car je comprends qu’elle était une femme très spéciale. C’est alors qu’il invite mon mari et mon neveu à venir au micro pour qu’ils puissent réciter les versets du Coran. Jusqu’au bout, ma mère aura été rassembleuse. Même dans la mort, elle a trouvé le moyen de nous faire comprendre que dans la maison de Dieu, nous étions tous égaux.
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