TVFrog et Alibox: de l'arnaque?

Par Mise en ligne : 27 février 2019  |  Magazine : mars 2019

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Certains détaillants vous promettent la télé et des films à très bas prix, voire gratuits. Leurs produits fonctionnent-ils et, surtout, sont-ils légaux ?

Dans une infopublicité en ligne pour le TVFrog, un marchand affirme qu’avec cet appareil, « vous pouvez regarder tout ce que vous voulez gratuitement, sans aucun abonnement et en toute légalité ».

Curieux, Frank Malenfant, de Rivière-du-Loup, a acheté un TVFrog en 2017 au coût d’environ 100 $. « C’est de l’arnaque, purement et simplement, juge-t-il. L’appareil ne permet pas d’accéder facilement et gratuitement à des films et séries télé tel que promis. » Nous sommes loin du produit « clés en main » annoncé dans l’infopublicité.

Le TVFrog est en fait un simple boîtier Android comme on en trouve des centaines de modèles chez des détaillants tels qu’Amazon et eBay. Il suffit de le brancher à un téléviseur pour accéder à des vidéos tirées d’Internet, comme avec l’Apple TV. Ces appareils permettent d’installer la plupart des applications disponibles dans le magasin Google Play, par exemple ICI Tou.tv et Crave.

Les boîtiers Android sont aussi compatibles avec l’application Kodi, qui sert à lire des fichiers audio et vidéo. Des extensions permettent d’étendre ses fonctionnalités pour accéder à des contenus légaux (YouTube, par exemple) ou piratés (des films et séries télé pour lesquels il faudrait payer). Il faut toutefois être à l’aise avec l’informatique pour configurer certaines d’entre elles.

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Alibox : des canaux à prix dérisoire

De son côté, Alibox vend sur son site ses propres boîtiers Android en plus de proposer, moyennant 12 à 20 $ par mois (selon les forfaits), l’accès en direct à environ 3 000 canaux de télévision, dont des chaînes québécoises comme TVA, RDS et Super Écran.

Selon Marc-André (prénom fictif), un abonné à Alibox, le service fonctionne plutôt bien, mais demande de se débrouiller en informatique pour être en mesure de régler certains bogues. Aussi, le soutien technique serait très lent, selon Marc-André. « On peut les contacter par courriel seulement, et ça peut prendre deux ou trois jours avant d’avoir une réponse », constate-t-il.

Nous avons nous-mêmes commandé le boîtier Alibox pour en faire l’essai. Alors que le produit devait nous être livré en deux jours, nous l’avons reçu un mois plus tard, après avoir effectué plusieurs suivis par courriel auprès du service à la clientèle. Le boîtier est satisfaisant, mais il ne permet pas d’installer Netflix, un service très populaire auprès des gens qui abandonnent leur abonnement à la télé. La qualité d’image est correcte, mais inférieure à celle qu’on obtient d’un fournisseur comme Bell ou Vidéotron. Sur certaines chaînes, le signal coupe à l’occasion, alors que d’autres canaux ne s’affichent pas du tout.

Des services illégaux

« Si vous accédez gratuitement à des contenus pour lesquels il faut normalement payer, vous contrevenez à la Loi sur le droit d’auteur du Canada, affirme Me Julien Valois-Francœur, un avocat spécialisé en télécommunications. Si vous payez seulement 15 ou 20 $ par mois pour accéder à des centaines de canaux, il s’agit évidemment de piratage. » Bell Média nous a d’ailleurs confirmé qu’Alibox ne paie pas de droits de distribution pour ses canaux comme Canal Vie, Canal D, CTV, RDS et TSN.

Selon Me Valois-Francœur, aucun consommateur canadien n’a été poursuivi à ce jour pour avoir accédé à des contenus piratés par l’entremise d’un boîtier Android. Les détenteurs de droits d’auteur préfèrent s’attaquer aux détaillants de boîtiers ainsi qu’aux développeurs d’extensions.

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Un Montréalais poursuivi

La vie d’Adam Lackman, un résident de Montréal, a basculé tôt le matin du 12 juin 2017 quand un huissier et des avocats sont venus frapper à sa porte. Après avoir exigé ses mots de passe, ils ont rapidement mis hors ligne son site, TVAddons. La raison : Bell, Vidéotron, TVA et Rogers le poursuivent, jugeant qu’il a contrevenu à la Loi sur le droit d’auteur en facilitant l’accès à leurs contenus par l’entremise d’extensions de piratage.

Voilà quelques années, TVAddons était un forum de discussion très populaire auprès des amateurs de l’application Kodi. Sur ce site, on pouvait télécharger environ 2 000 extensions permettant d’accéder à du contenu légal ou piraté.

« Mon site ne publiait aucun contenu protégé par le droit d’auteur, se défend Adam Lackman. Il ne faisait que partager le code d’environ 2 000 extensions permettant d’afficher du contenu déjà présent ailleurs sur le Web. »

200 000 $ en frais d’avocats

Quand nous avons rencontré Adam Lackman, en septembre 2018, le procès sur le fond (pour déterminer s’il a contrevenu au droit d’auteur) n’avait pas encore débuté. D’après lui, des procédures judiciaires préliminaires lui avaient déjà coûté environ 200 000 $ en frais d’avocats.
Après les événements de juin 2017, Adam Lackman a remis TVAddons en ligne, en s’assurant toutefois que les extensions proposées n’accèdent qu’à du contenu légal.

Contre les boîtiers « prêts au piratage »

Très impliqué dans la communauté des utilisateurs de Kodi, Adam Lackman affirme avoir toujours dissuadé les consommateurs de se procurer, par exemple sur les sites de petites annonces, des boîtiers Android avec des extensions de piratage préinstallées. « Ces boîtiers sont vendus trop cher pour ce qu’ils sont, affirme-t-il. Il vaut mieux acheter un boîtier Android sur Amazon et y installer soi-même Kodi et les extensions voulues. »

En cour dans une autre cause, un vendeur de boîtiers contenant des extensions de piratage, Vincent Wesley, a reconnu faire un profit de 40 $ sur chacun des appareils, vendus 100 $. Ce qui donne raison à Adam Lackman : en plus d’être illégaux, ces boîtiers sont vendus trop cher.

Le Montréalais se montre particulièrement critique envers les fournisseurs de télé piratée, comme Alibox. « Ils vendent un accès direct à des canaux de télé dont ils volent le signal, dénonce-t-il. Ils mentent en disant que la qualité est bonne, que c’est fiable. Ces services sont instables, et plusieurs finissent par disparaître. »

Pour des produits et services de bonne qualité, et surtout légaux, il vaut mieux vous tourner vers les solutions que nous vous proposons ici.

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