Votre navigateur n'est plus à jour et il se peut que notre site ne s'affiche pas correctement sur celui-ci.

Pour une meilleure expérience web, nous vous invitons à mettre à jour votre navigateur.

Se déconnecter pour mieux travailler

Par Annick Poitras
se-deconnecter-pour-mieux-travailler Shutterstock.com

Courriels, textos, appels, clavardage, visioconférences… Les technologies gardent de plus en plus les travailleurs en laisse à toute heure du jour. Le gouvernement du Québec devrait-il légiférer pour un droit à la déconnexion?

Un projet de loi visant à forcer les employeurs à adopter une politique de déconnexion en dehors des heures de travail a été déposé par Québec Solidaire en décembre dernier. Applicable à l’ensemble des salariés d’une organisation, cette politique déterminerait les périodes durant lesquelles un employé a le droit d’être coupé de toute communication relative à son emploi et prévoirait un protocole d’utilisation des outils d’échange en dehors des heures de travail. Une entreprise désobéissante serait passible d’une amende de 2 000 à 50 000 $, selon son nombre d’employés.

Le parti avait déposé un projet de loi semblable en 2018, lequel est mort au feuilleton à la suite de l’élection d’un nouveau gouvernement. Il revient à la charge avec cette proposition alors que des millions de Québécois font du télétravail à domicile.

Cette situation fait en sorte que les frontières entre la vie professionnelle et personnelle sont de plus en plus floues. «Certains employeurs peuvent exagérer à cet égard et ça devient difficile pour les employés d’établir leurs limites», commente Me Marianne Plamondon, avocate spécialisée en droit du travail et de l’emploi associée chez Langlois Avocats, à Montréal.

Des heures qui s’étirent

Actuellement, la Loi sur les normes du travail au Québec ne prévoit pas de droit à la déconnexion, mais plutôt un droit de refus de travailler pour les employés à salaire horaire une fois dépassé un certain nombre d’heures, d’après l’avocate. Ainsi, un employé pourrait rappeler à son patron qui lui envoie des courriels en soirée ou la fin de semaine qu’il n’a pas à y répondre immédiatement si son horaire prévoit qu’il doit être disponible entre 9 h et 17 h.

Par contre, aucune protection juridique ni aucun paiement d’heures supplémentaires ne sont prévus pour les cadres et les professionnels qui reçoivent un salaire annuel englobant tout le travail nécessaire pour satisfaire les attentes liées à leur poste.

«Sur son relevé de paie, c’est écrit que le salarié travaille de 9 h à 17 h. Mais, en réalité, il commence à 7 h et finit à 20 h. De plus, les outils de communication se multiplient, faisant en sorte qu’en cinq minutes, il peut recevoir cinq courriels, trois textos et une invitation Teams, sans compter les messages en soirée ou durant la fin de semaine», illustre Me Plamondon.

Encadrer le droit à la déconnexion?

Selon un sondage mené en 2018 par l’Ordre des conseillers en ressources humaines et en relations industrielles accrédités du Québec, 48 % des 637 travailleurs répondants affirmaient ressentir une pression officieuse pour rester connectés. Et déjà, bien avant la pandémie, plus d’un salarié sur deux (56 %) disait travailler à distance en dehors de ses heures normales de travail. Les deux tiers des participants étaient d’accord avec l’idée qu’une loi encadre le droit à la déconnexion.

L’Ordre professionnel ne croit pas pour sa part que ce soit nécessaire de légiférer en ce sens, comme l’ont fait notamment l’Ontario et la France. «À cause des réalités opérationnelles variées des entreprises, il serait difficile d’aller plus loin que l’énoncé de principe disant qu’il faut une politique de déconnexion», explique la directrice générale, Manon Poirier. Elle ajoute que l’initiative a tout de même le mérite «d’amener sur la place publique le débat sur l’hyperconnectivité des travailleurs» et ses conséquences sur leur santé physique et psychologique.

En 2018, 88 % des 536 conseillers sondés par l’Ordre affirmaient que leur organisation n’avait pas de politiques ou de mesures en place pour limiter les heures travaillées ou la connexion des employés en dehors des heures de travail.

Mais les employeurs sont «de plus en plus sensibilisés», affirme Manon Poirier, qui encouragent les gestionnaires à donner l’exemple en évitant d’envoyer des courriels le soir et la fin de semaine ou, au moins, de préciser les attentes quant au délai de réponse attendu. Les équipes de travail devraient aussi établir un code en ce qui concerne les outils de travail: dans quelles circonstances doivent-elles utiliser le courriel, le clavardage, le texto, et dans quels délais doivent-elles répondre?

«De plus en plus d’organisations en parlent, s’ajustent et établissent des politiques», constate Manon Poirier.

Les employeurs n’ont plus vraiment le choix, estime Me Plamondon. En contexte de pénurie de main-d’œuvre, une organisation qui ambitionne sur la connectivité hors des heures normales de travail risque de se voir remettre des démissions, ce qui serait coûteux pour elle. «Actuellement, les travailleurs peuvent se replacer facilement chez un employeur plus raisonnable. Bref, ils ont le gros bout du bâton!» explique-t-elle.

Cliquez ici pour trouver des conseils pour contrôler le temps de connexion aux outils de travail

>> À lire aussi: Comment diminuer son impact environnemental à l’ère du télétravail?

 

  Ajouter un commentaire

L'envoi de commentaires est un privilège réservé à nos abonnés.

Il n'y a pas de commentaires, soyez le premier à commenter.