Guerre en Iran : quels seront les effets sur le prix du panier d’épicerie ?
Avant même le conflit au Moyen-Orient, le Mouvement Desjardins s’attendait à ce que l’inflation alimentaire à l’épicerie soit de 2,1 % en 2026 et de 2,3 % en 2027. Depuis, le prix de l’essence a grimpé, ce qui entraînera, entre autres, une hausse des frais de transport des aliments. Quels seront les autres impacts sur le prix de notre panier d’épicerie ?
Pascal Thériault, agronome, économiste et directeur du programme de Gestion et technologies d’entreprise agricole (GTEA) de l’Université McGill, répond à nos questions à propos des impacts potentiels de la guerre en Iran sur l’énergie et sur la chaîne d’approvisionnement.
Quel sera l’effet de la hausse du coût du carburant sur les prix à l’épicerie?
De façon globale, ce qui ressort des analyses de Morgan Stanley [ndlr : groupe de services financiers], c’est que, pour 10 % d’augmentation du prix du baril de pétrole, on a une hausse globale de l’inflation de 0,35 %. Donc, avec un baril en hausse de 25 % [au moment de l’entrevue], on est à quasiment 1 % d’augmentation.
En raison de la hausse du prix du pétrole, le coût de transport augmente, mais aussi le coût de transformation et les frais de chauffage. Ça va forcément se refléter dans le prix des aliments.
Il y a également une variable très importante qui est le coût des engrais agricoles. Près de 50 % des exportations d’engrais azotés proviennent de la région du golfe Persique. On pourrait donc voir une hausse du prix des engrais, ce qui ferait grimper les coûts de production pour les agriculteurs et les prix globaux des denrées alimentaires si la crise ne se résout pas rapidement.
À quel moment le conflit pourrait-il avoir un impact sur le prix des aliments ?
Dès aujourd’hui. Tous les fruits et légumes qui proviennent des États-Unis et du Mexique vont subir la hausse du prix des transports. Déjà, ils coûtent plus cher à transporter qu’il y a une semaine. Et comme l’industrie du camionnage ajuste ses prix chaque semaine pour tenir compte des variations du prix du carburant, il est fort probable qu’on verra rapidement une hausse du coût des aliments.
Quels sont les impacts du conflit sur les importations de produits alimentaires ?
Il y a beaucoup de sucre qui provient du golfe Persique, mais on a des solutions de rechange. Au-delà des marchandises qui passent par le détroit d’Ormuz, ça ne prend pas grand-chose pour déranger la chaîne logistique mondiale.
Il y a tant de bateaux et tant de conteneurs en circulation dans le monde. Et si plusieurs d’entre eux sont immobilisés dans le golfe Persique, ça va forcer des réarrangements des chaînes d’approvisionnement, des modifications de trajets de certains transports, comme déplacer des marchandises en train vers d’autres pays avant de les embarquer sur un bateau. Ça vient augmenter les coûts, même pour les marchandises qui ne passent pas par le golfe Persique et le détroit d’Ormuz.
Comment expliquer que l’inflation prévue avant les vagues de frappe était plus importante que la moyenne ?
Les épisodes de sécheresse et autres conditions météorologiques défavorables ainsi que les tarifs douaniers et les difficultés de la chaîne d’approvisionnement expliquent en partie les prévisions à la hausse de Desjardins.
Par exemple, le cycle du prix du bœuf est complètement déphasé, il ne suit plus le cycle normal. Le bœuf aurait dû être moins cher l’année passée, mais le prix a continué de monter. Et comme la demande reste forte, ça exerce une pression à la hausse sur les prix.
Le prix du bœuf étant ce qu’il est, ça a une incidence sur l’augmentation de l’inflation alimentaire vers l’inflation générale.
Les aliments en conserve qui sont traditionnellement économiques risquent aussi d’augmenter en raison des tarifs douaniers sur l’aluminium. On ne fabrique pas de boîtes de conserve au Canada, elles proviennent des États-Unis. Si le contenant dans lequel l’aliment est vendu coûte plus cher, il va y avoir forcément un effet. Les petits pois ne sont pas plus chers qu’avant, mais la boîte de conserve, oui.
La hausse du prix du pétrole entraîne aussi une hausse du coût des emballages des aliments parce que le plastique est dérivé du pétrole.
Tous ces éléments contribuent à l’augmentation des prix des aliments. Et il y a eu beaucoup d’événements climatiques dans les dernières années qui ont créé des dérèglements et causé des hausses temporaires.
Si le conflit prend fin rapidement et que le prix de l’essence baisse, est-ce qu’on peut s’attendre à une baisse de prix ?
Au-delà du fait que le conflit pourrait se terminer rapidement, on l’espère, l’instabilité sur les marchés va faire en sorte que les prix ne baisseront pas tout de suite. Les grands transformateurs et les grands transporteurs vont se garder une petite gêne au cas où. Parce que personne n’aime ça jouer au yoyo. Quelquefois, quand on augmente ses prix… ça monte toujours plus vite que ça descend, on va dire ça comme ça.
*L’entretien a été édité pour plus de clarté et de concision.
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