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Meta et YouTube, les nouveaux cigarettiers du numérique

Par Catherine Crépeau
Meta et YouTube, les nouveaux cigarettiers du numérique sav_an_dreas/Shutterstock.com

Un jury californien a conclu, le 25 mars dernier, que Meta et YouTube étaient responsables de la dépendance et de la dépression d’une adolescente, ce que nient les plateformes dont la stratégie de défense rappelle celle des cigarettiers dans les procès des dernières décennies.

Le procès lancé par la Federal Trade Commission (FTC) à Los Angeles a conclu que les algorithmes de Meta et YouTube (propriété de Google) avaient été conçus pour créer une dépendance entraînant des troubles de santé mentale, dont la dysmorphie corporelle, la dépression et les idées suicidaires.

Les deux plateformes devront verser 3 millions $ US (environ 4,14 millions $ CA) de dommages et intérêts à la plaignante pour qui l’exposition précoce aux réseaux sociaux s’est traduite par une dépendance marquée, accompagnée de troubles de santé à l’adolescence.

Le plus frappant, c’est que ce ne sont pas les contenus qui sont visés, mais le fonctionnement des plateformes, comme les mentions J’aime, les notifications, le défilement infini et la lecture automatique de vidéos.

La stratégie des cigarettiers

La stratégie de défense adoptée par les géants du web rappelle celles des cigarettiers dans les procès des dernières décennies. Les grandes compagnies de tabac ont longtemps nié les effets nocifs de leurs produits. Face aux accusations de la santé publique, des consommateurs ou des tribunaux, elles ont soigneusement caché leurs études internes montrant que la nicotine pouvait créer une dépendance.

Devant les tribunaux, les cigarettiers alléguaient que fumer était un choix individuel et qu’il revenait au consommateur d’en assumer les conséquences, résume Me Philippe Trudel, qui dirige le cabinet Trudel Johnston & Lespérance, qui est derrière l’action collective intentée au Québec contre les compagnies de tabac.

Des agissements et un argumentaire qui ressemblent à ceux des plateformes au procès de Los Angeles. « Des documents déposés en cour ont montré que Meta savait que ses algorithmes pouvaient créer une dépendance et a choisi de continuer de les exploiter. Les plateformes ont menti sur leurs connaissances des effets de leurs algorithmes, comme l’ont fait les cigarettiers », explique MTrudel.

Non seulement Meta et YouTube connaissaient les torts causés par leur produit, mais elles en profitaient. Leurs revenus et leurs parts de marché reposent sur l’attention continue des utilisateurs : plus ils restent longtemps, plus la plateforme génère des revenus. La dépendance est en quelque sorte recherchée.

Un exemple pour le Québec ?

La décision du tribunal californien ne va rien changer sur les pratiques et politiques des plateformes à court terme. D’autant que Meta et Google, la maison mère de YouTube, ont annoncé leur intention de faire appel.

La cause américaine va tout de même servir d’exemple pour les poursuites en cours aux États-Unis et au Canada, selon Me Trudel. La preuve des faits, les documents déposés devant le tribunal seront utiles aux avocats pour préparer leurs causes. Il faudra cependant attendre le dénouement de l’affaire pour qu’elle fasse jurisprudence.

Légiférer pour encadrer les plateformes

Me Trudel croit toutefois important d’encadrer les pratiques des plateformes. « Le législateur n’est pas sans moyens, mais ça demande du courage parce que ces entreprises ont les moyens et elles vont contester, comme l’ont fait les compagnies de tabac, mentionne-t-il. La bataille sera titanesque, mais c’est un enjeu social majeur. »

L’Australie, la Turquie et l’Indonésie ont déjà institué des restrictions quant à l’âge d’accès aux réseaux sociaux et plusieurs autres songent à le faire, notamment le Canada, afin de protéger les adolescents.

Les effets des réseaux sociaux sur la santé mentale, particulièrement chez les jeunes, sont largement documentés. La littérature montre qu’il y a une augmentation des symptômes d’anxiété et de dépression en lien avec la validation externe et avec la comparaison sociale.

À lire aussi : Les actions collectives pleuvent contre Facebook et Ottawa et plusieurs provinces songent à interdire les réseaux sociaux aux moins de 16 ans

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