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Pénurie de caoutchouc : l’industrie automobile se prépare

Par Vincent Aubé
pneus

Aux prises avec une pénurie de semi-conducteurs depuis quelques mois, l’industrie automobile voit poindre une nouvelle menace à l’horizon : la pénurie de caoutchouc naturel, qui risque fort de faire grimper le prix des pneus.

Le secteur du caoutchouc, ce matériau clé dans la fabrication des pneus et de plusieurs composants des voitures, est actuellement en crise. La forte demande pour ce matériau pendant la pandémie, notamment pour les gants de protection, a accentué la pénurie mondiale.

L’industrie automobile commence à ressentir les effets de cette philosophie de production « juste à temps » pour réduire les coûts, alors que sa chaîne d’approvisionnement a été chamboulée plus d’une fois au cours de la dernière année, notamment par les fermetures d’usine et les perturbations maritimes. Le manufacturier Michelin a même fait appel à des avions pour transporter ses pneumatiques.

L’offre mondiale de caoutchouc était déjà insuffisante, et voilà que les prix se mettent à grimper, ce qui pousse certains fournisseurs nord-américains à sécuriser leurs commandes de pneus pour répondre à la demande croissante engendrée par le plan de relance économique de la nouvelle administration Biden.

Trois facteurs déterminants

Le caoutchouc, produit à partir de la sève de l’hévéa, provient principalement de petites plantations situées en Thaïlande, en Indonésie, en Chine et en Afrique de l’Ouest.

Les problèmes reliés à la pénurie du caoutchouc ont commencé bien avant 2021, rappelle André Tchokogué, professeur agrégé au Département de gestion des opérations et de la logistique à HEC Montréal. «Déjà en 2015, la production n’était pas en mesure de répondre à la demande […] il y a même eu une forte baisse du prix cette année-là. Et quand il y a baisse de prix, ça décourage les agriculteurs à un point tel que les producteurs songent à éliminer l’hévéa au profit des palmiers à huile.»

Et l’industrie de la production de caoutchouc ne peut pas simplement se mettre à planter plus d’arbres pour répondre à la demande, car l’hévéa a besoin de sept ans avant d’être apte à produire adéquatement. Pour engendrer plus de revenus, certains agriculteurs surexploitent leurs plantations, ce qui affaiblit les arbres et les rend vulnérables aux maladies.

Les changements climatiques (sécheresse, inondations, etc.) sont aussi à l’origine de cette crise du caoutchouc. D’ailleurs, la propagation d’un microbe pathogène à la suite d’une inondation a nui aux producteurs thaïlandais ces dernières années.

Tous ces facteurs contribuent à cette baisse de productivité au sein d’une industrie surtaxée en ce moment.

La pandémie n’a pas aidé

La pandémie a aussi eu un effet néfaste sur notre utilisation des transports en commun perçus, assez tôt dans la crise, comme trop susceptibles de propager le virus. Les gens se sont donc remis à acheter des véhicules personnels pour leurs déplacements.

M. Tchokogué explique que la Chine a été le premier pays à se sortir du confinement, ce qui a eu une incidence directe sur l’achat de voitures là-bas. Et face à une menace de pénurie de caoutchouc, les constructeurs ont stocké de grandes quantités de pneus en Chine. Pour le moment, la situation est stable en Amérique du Nord, mais les différents joueurs de l’industrie gardent un œil attentif sur cette nouvelle menace.

Doit-on s’attendre à une pénurie de pneus?

À cette question, André Tchokogué répond : «Je ne pense pas». L’expert de l’Université de Montréal se montre rassurant en expliquant que « les gros joueurs de l’industrie du pneu (Bridgestone, Continental, Goodyear, etc.) s’engagent dans le développement durable et qu’ils vont considérer la chaîne d’approvisionnement dans sa globalité ».

Mais, ce qui est sûr, «c’est qu’il y aura une augmentation du prix des pneus et que celle-ci devrait avoir lieu très rapidement», poursuit André Tchokogué. Il faudra donc surveiller la situation dans les prochains mois, car ce composant si essentiel à la circulation  des véhicules sur la route pourrait subir une inflation plus forte qu’à l’habitude.

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