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Le port obligatoire de la ceinture de sécurité a 50 ans

Par Nadine Filion
Le port obligatoire de la ceinture de sécurité a 50 ans Drazen Zigic/Shutterstock.com

Si tous les occupants d’un véhicule au Québec s’étaient attachés depuis l’obligation du port de la ceinture de sécurité, 4 500 vies auraient pu être sauvées.

C’est l’année 1976. Le nouveau Stade olympique de Montréal s’apprête à accueillir ses premiers athlètes d’élite, René Lévesque est sur le point d’être élu premier ministre du Québec dans une victoire « éclatante et inattendue » et une nouvelle voiture est offerte aux Québécois : la petite Renault 5, au prix de 3 295 $.

Cette année-là, une autre première va « secouer » la Belle Province : à compter du 1er juin 1976, la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) oblige les occupants qui prennent place à l’avant des véhicules à boucler leur ceinture de sécurité. (Il faudra attendre 1990 pour que l’obligation touche les occupants de la banquette arrière.)

Le Québec n’est pas la première juridiction canadienne à légiférer ainsi : il a été devancé en début d’année par l’Ontario. Même si tous les véhicules de promenade commercialisés au pays devaient être équipés de ceintures de sécurité depuis cinq ans déjà, le fait de les boucler n’était pas encore obligatoire. D’ailleurs, bien peu de Canadiens s’attachaient.

En 1976, l’amende pour avoir enfreint la nouvelle loi québécoise varie entre 10 et 15 $ – soit entre 53 et 80 $ en devises d’aujourd’hui. Cette année-là, le bilan routier de la Belle Province fait état de 1 589 décès chez les occupants d’une automobile. C’est quatre fois plus que les 371 victimes qui ont trouvé la mort sur ces mêmes routes en 2025.

4 500 vies auraient pu être sauvées

Si, depuis le 1er juin 1976, tous les occupants des véhicules circulant au Québec avaient religieusement porté leur ceinture, pas moins de 4 500 vies auraient pu être sauvées, selon l’estimation de la SAAQ.

Bonne nouvelle : alors qu’on célèbre aujourd’hui les 50 ans de l’obligation du port de la ceinture de sécurité, la SAAQ rapporte qu’à peu près tous les Québécois (98 %) s’attachent.

En revanche, les 2 % restants qui ne la bouclent pas sont surreprésentés dans les accidents routiers mortels. Au cours des cinq dernières années, ils ont compté pour plus du quart (29 %) des décès survenus dans les collisions de voitures ou de camions légers.

Chaque année, d’après la SAAQ, en moyenne 57 conducteurs ou passagers qui ne s’étaient pas attachés trouvent la mort alors que 126 personnes « non ceinturées » sont gravement blessées.

Qui ne la boucle pas ?

Qui sont ces occupants des véhicules de promenade qui sont tués dans un accident de la route et qui ne portaient pas leur ceinture ?

  • Deux fois plus souvent, ce sont des hommes (34 % contre 18 % pour les femmes) ;
  • Plus du tiers du temps (39 %), ces conducteurs sont âgés de 25 à 49 ans (contre 31 % chez les 16-24 ans et 20 % chez les +50 ans) ;
  • Une grande proportion (41 %) de ces décès « non ceinturés » survient entre 20 h et 4 h ; une fois sur trois, la nuit en fin de semaine ;
  • Chez les conducteurs décédés dont les tests ont révélé une alcoolémie supérieure à 80 mg, plus de la moitié (53 %) n’avaient pas attaché la ceinture.

Qu’est-ce qui les empêche encore de s’attacher ?

L’occupant d’un véhicule qui ne s’attache pas au Québec encourt une amende de 200 à 300 $ et trois points d’inaptitude. Annuellement, les policiers aux quatre coins de la Belle Province remettent des contraventions à plus ou moins 14 000 irréductibles.

Pourquoi diable ces automobilistes ne s’attachent-ils pas ? Parmi les mythes tenaces, il y a le « Bah, je ne roule pas vite ».

Le problème, c’est que, lorsqu’un véhicule heurte un obstacle à 50 km/h, le poids des corps en mouvement est multiplié par au moins 20. Ainsi, « une personne pesant 70 kg se transforme en une masse de 1 400 kg [le poids d’un hippopotame] projetée contre le volant, le tableau de bord, le pare-brise, voire contre un autre passager », explique la SAAQ.

À ceux qui disent qu’il vaut mieux être éjecté de son véhicule que de demeurer dans l’habitacle, la SAAQ réplique par un fait – et une vidéo percutante : lors d’un impact, l’occupant a quatre fois plus de risques de décéder s’il est éjecté que si sa ceinture de sécurité joue son rôle principal, celui de freiner son élan.

La ceinture du futur : gonflable, chauffante et… intelligente

L’histoire de la ceinture de sécurité à trois points remonte à 1959. C’est à un ingénieur de chez Volvo, Nils Bohlin, qu’on doit cette invention destinée à remplacer la ceinture abdominale (à deux ancrages) qui causait parfois de graves blessures internes. Ironiquement, l’ingénieur avait auparavant œuvré dans l’aéronautique et conçu des sièges éjectables pour les pilotes de chasse…

Encore aujourd’hui, les experts mondiaux en sécurité routière considèrent que la ceinture de sécurité est l’accessoire qui a sauvé le plus de vies à bord de nos automobiles. Transports Canada estime que, bien portée, la ceinture réduit de près de la moitié (47 %) les risques de décès lors d’une collision (et de 52 % les blessures graves). En comparaison, les coussins gonflables réduisent les risques de décès de près du tiers (30 %).

Pas toujours appréciée à sa juste valeur, la ceinture de sécurité connaît depuis quelques années des avancées technologiques intéressantes. Ford a créé une sangle gonflable qui se déploie en cas d’impact, et Mercedes-Benz vient de lancer sa luxueuse berline Classe S équipée de ceintures chauffantes. Et Volvo, par qui toute cette histoire a commencé, vient d’être honorée du prix de l’Innovation 2026 décerné par l’Association des journalistes automobile du Canada (AJAC) pour sa nouvelle ceinture multi-adaptative.

Celle-ci tient compte, en temps réel, de la sévérité de l’impact imminent, mais également de la morphologie de l’occupant. Bref, il n’y a plus aucune raison de ne pas la boucler.

À lire aussi : Les coussins gonflables sont-ils dangereux pour des petits passagers ?

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