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10 choses à savoir au sujet de Wealthsimple Prédiction

Par Jean-Luc Lavallée
10 choses à savoir au sujet de Wealthsimple Prédiction WealthsimplePredict

Investissement ou jeu? Les marchés de prédiction, désormais offerts au Canada via une nouvelle application grand public de Wealthsimple, suscitent de l’intérêt mais soulèvent aussi de nombreuses questions. Petit guide pour bien comprendre le fonctionnement et les risques que cela comporte.

Les utilisateurs de la nouvelle application mobile Wealthsimple Prédiction (Predict) – distincte de la plateforme Wealthsimple – peuvent maintenant spéculer sur l’issue d’événements du monde réel depuis la fin juillet.

Rappelons que la fintech Wealthsimple est une société privée majoritairement détenue par Power Corporation du Canada, le groupe financier contrôlé par la famille Desmarais.

Voici 10 questions et réponses au sujet des marchés prédictifs :

1. Investissement ou jeu?

Dans ses communications, l’entreprise évacue complètement de son vocabulaire des termes comme « jeu », « gambling » ou « pari ». Elle rappelle qu’elle agit à titre de maison de courtage et parle plutôt de « positions », de « contrats d’évènements » ou de « produits dérivés réglementés par les autorités canadiennes en valeurs mobilières ».

Des spécialistes soulignent néanmoins que les marchés de prédiction ressemblent suffisamment aux jeux de hasard pour que cela soulève des inquiétudes quant aux risques de dépendance, en plus de nécessiter un meilleur encadrement.

À lire aussi : Marchés de prédiction : c’est du « gambling », prévient un expert

2. Comment ça fonctionne?

Les utilisateurs de la plateforme négocient des contrats dont la valeur dépend de la réalisation d’un événement futur. Chaque contrat est binaire et ne pose qu’une simple question à laquelle il n’y a que deux réponses possibles. Afin de limiter la spéculation à court terme, les contrats ne peuvent venir à échéance avant au moins 30 jours. Il faut donc patienter au moins un mois avant de connaître l’issue d’une mise.

3. Sur quoi est-il possible de miser?

Seules trois catégories d’événements ont été autorisées au Canada :

1.    L’économie : inflation, produit intérieur brut (PIB), chômage, etc.

2.    Les marchés financiers

3.    Le climat et la météo

Voici des exemples de questions :

  •      La Banque du Canada réduira-t-elle son taux directeur en octobre?
  •      Le prix du baril de pétrole Brent franchira-t-il à nouveau 110 $ US en 2026?
  •      Le dollar canadien vaudra-t-il plus de 0,75 $ US à la fin du trimestre?
  •      Montréal recevra-t-elle plus de 30 cm de neige en décembre?

4. Les sports et la politique sont exclus de l’application?

Pas tout à fait. À l’heure actuelle, il n’est effectivement pas possible de spéculer sur des événements liés à la politique, aux élections, aux sports ou à la culture.

Cela dit, de nombreux contrats offerts par Kalshi (la plateforme américaine partenaire de Wealthsimple) concernant ces thématiques, sont bel et bien visibles dans l’application Prédiction. Ils ne sont cependant pas accessibles aux Canadiens, en raison des limites imposées par l’Organisme canadien de réglementation des investissements (OCRI).

Tom Cruise va-t-il remporter un Oscar ? C’est le genre de question – interdite aux Canadiens – que vous pouvez voir dans l’application sans toutefois pouvoir miser.

5. Combien coûtent les contrats?

Chaque contrat lié à un événement précis vaut 1 $ US à l’échéance. Le prix payé, au moment de l’achat, correspond aux probabilités d’un gain. Pour un contrat coté à 0,25 $ US, par exemple, cela signifie que le marché (composé des différents investisseurs présents sur la plateforme) estime la probabilité qu’il se réalise à 25 %. Vous pourriez donc remporter 75 cents par contrat si vous avez raison, moins les frais qui sont facturés par la plateforme. Dans le cas contraire, vous perdez la totalité de la somme investie.

Contrairement à un pari classique, l’utilisateur n’est pas obligé d’attendre l’issue d’un évènement. Il peut revendre son contrat à tout moment, au prix déterminé par le marché, pour encaisser un profit ou pour limiter ses pertes.

6. Quelle est la mise maximale?

Wealthsimple n'impose pas de plafond officiel. Vous pouvez donc théoriquement acheter autant de contrats que vous le souhaitez. Toutefois, à partir d'un certain seuil (la « limite de perte recommandée » qui est propre à chaque investisseur et calculée par Wealthsimple selon votre profil financier), l'entreprise envoie des avertissements dans l'application et par courriel mais elle ne bloquera pas les transactions.

7. Y a-t-il des mécanismes pour protéger les utilisateurs?

Dans un livre blanc publié le 5 août dernier, l’entreprise rappelle qu’elle divulgue les risques et sensibilise ses utilisateurs avec divers messages au sujet de la négociation responsable. « La négociation de prédictions peut comporter des risques et les résultats ne sont pas garantis », peut-on lire dans un avis apparaissant au bas de l’écran. Les utilisateurs peuvent également s’imposer une limite de dépôt (hebdomadaire ou mensuelle), ils peuvent suspendre leurs opérations temporairement (sans possibilité d’annuler cette décision avant l’échéance choisie), voire s’auto-exclure de l’application (pour six mois, un an ou cinq ans).

8. Wealthsimple a-t-elle intérêt à ce que ses clients perdent?

Selon l’entreprise, non. Wealthsimple dit agir essentiellement comme un courtier qui met en relation des investisseurs. « Il n’y a pas de "maison" qui prend les paris [comme au casino] : il y a des acheteurs et des vendeurs de part et d’autre du marché, et aucune transaction n’existe à moins qu’une personne ne soit prête à faire affaire avec une autre. Nous ne réalisons pas de profit lorsqu’un client subit une perte », nous a répondu par courriel Swapnil Parikh, vice-président responsable des produits chez Wealthsimple.

Alors comment l’entreprise réussit-elle à faire de l’argent avec cette application ? Essentiellement avec des frais fixes de 0,02 $ US par contrat qui sont facturés à chaque transaction (tant à l’achat qu’à la vente). « Il n’y a aucune autre commission de transaction », peut-on lire sur le site de Wealthsimple. Des frais de change pouvant aller jusqu’à 1,5 % (pour toute transaction de moins de 10 000 $) s’appliquent aussi puisque les contrats sont transigés en dollars US.

9. Les gains sont-ils imposables?

Oui. Contrairement aux gains à la loterie ou obtenus dans des jeux de hasard – encadrés par Loto-Québec – toutes les opérations réalisées sur les marchés prédictifs sont imposables. Cela signifie que vous devrez déclarer vos gains ou vos pertes au fisc. Le traitement fiscal (gain en capital, revenu d’entreprise, etc.) peut varier selon la situation de l’investisseur.

10. L’application est-elle disponible en français?

Certains menus sont rédigés en français mais les détails de chaque contrat événementiel sont affichés exclusivement en anglais. Les informations proviennent du fournisseur tiers, Kalshi, lequel n’offre aucune version française pour le moment.

Notez par ailleurs que seule l’application mobile Prédiction permet d’acheter des contrats sur les marchés prédictifs. Il n’y a pas de site web prévu à cette fin, contrairement à la plateforme principale de Wealthsimple destinée au courtage et à la gestion des différents comptes offerts.

À lire aussi : Lisez les résultats de notre sondage sur les institutions financières virtuelles et Votre argent est-il en sécurité dans une banque en ligne?

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