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Sommes-nous plus riches ou plus endettés?

Par Emmanuelle Grill
epargne

Les nouvelles sur le taux d’épargne et l’endettement des Canadiens semblent contradictoires. Que faut-il comprendre?

La semaine dernière, le sous-gouverneur de la Banque du Canada, Paul Beaudry, a prononcé devant la Commission des valeurs mobilières de l’Ontario un discours qui a fait la manchette dans plusieurs médias. Il en est ressorti que le nombre de ménages très endettés est reparti à la hausse. D’ici la fin de l’année, la banque centrale s’attendait à ce qu’il rejoigne, et même dépasse son niveau de 2019, soit plus de 16 %, selon les projections.

Parallèlement, on constate que, depuis la pandémie, le taux d’épargne des Canadiens a atteint des sommets inégalés, passant d’un maigre 3 % au début de 2020 à 11 % au troisième trimestre de 2021, et même à 14 % au deuxième trimestre de la même année! Difficile de savoir s’il faut s’inquiéter ou se réjouir… L’économiste réputé Pierre Fortin, professeur émérite à l’Université du Québec à Montréal, nous aide à démêler tout ça.

Une minorité très endettée

Il faut savoir que si l’épargne a grimpé, c’est parce que l’on n’a guère eu d’occasions de dépenser au plus fort de la crise sanitaire. Plusieurs d’entre nous ont aussi fait preuve d’une grande prudence financière, ne sachant pas de quoi le lendemain serait fait. À cela s’ajoutent les aides gouvernementales, qui ont donné un bon coup de pouce à ceux ayant perdu leur emploi. Collectivement, nous avons également réduit notre endettement en remboursant nos cartes et marges de crédit.

Le revers de la médaille, c’est que la dette hypothécaire issue de nouveaux prêts a crû rapidement et que la proportion de ceux dont le ratio prêt/revenu est très haut – supérieur à 450 % – a monté en flèche. La frénésie du marché immobilier et l’explosion du prix des propriétés y sont assurément pour quelque chose.

Pierre Fortin ne s’en émeut guère et souligne que cette tendance illustre surtout le fait que, puisque les revenus et l’épargne sont en hausse, il est logique que l’endettement hypothécaire suive une tendance similaire. En effet, les banques sont plus enclines à prêter davantage à des personnes qui ont de bons revenus, un bas de laine bien garni et peu de dettes de consommation.

Par ailleurs, les bas taux d’intérêt facilitent la gestion de l’endettement, même lorsque celui-ci pèse lourd. Et c’est exactement ce qui est en train de se produire avec les taux au plancher que nous connaissons.

En revanche, la situation pourrait se corser si la Banque du Canada décidait d’intervenir pour limiter la hausse de l’inflation. Elle prévoit d’ailleurs relever son taux directeur en 2022, ce qui aura nécessairement un impact sur les taux d’intérêt de différents types de prêts, notamment hypothécaires. Pour la portion de ménages très endettés, les conséquences pourraient être fâcheuses, et c’est ce qu’il faudra surveiller au cours des prochains mois, selon Pierre Fortin. Cela dit, on ne devrait pas connaître une remontée spectaculaire, mais plutôt de l’ordre de quelques points de pourcentage, ce qui permettra de limiter les dégâts.

Il reste que la minorité de Canadiens qui vivent en étirant au maximum leur élastique financier demeure très vulnérable et pourrait grandement souffrir si certaines menaces venaient à se concrétiser.

Selon Pierre Fortin, une hausse du chômage associée à un ralentissement économique, une forte remontée des taux d’intérêt hypothécaires conjuguée à une baisse marquée du prix des maisons – faisant en sorte que la dette hypothécaire dépasserait la valeur de la propriété – serait un cocktail explosif. Attention, beaucoup pourraient être emportés dans la tourmente…

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