Bucket of Doom : le piège à moustiques qui envahit les réseaux sociaux
Un seau d’eau, quelques feuilles mortes et un larvicide facilement accessible : voilà tout ce qu’il faut pour fabriquer un Bucket of Doom. Mais ce piège maison permet-il vraiment de réduire les populations de maringouins dans votre cour?
Qu’est-ce que le Bucket of Doom ?
Sur les réseaux sociaux, dans les groupes de jardinage et les forums de camping, le « Bucket of Doom » (ou « seau de la mort ») suscite un intérêt grandissant. Cette méthode maison promet de réduire les populations de moustiques sans recourir à la pulvérisation d’insecticides.
Le principe est simple : remplir un seau d’eau, y ajouter des feuilles mortes ou d’autres résidus végétaux pour attirer les moustiques, puis incorporer un larvicide à base de Bacillus thuringiensis israelensis (Bti), une bactérie naturellement présente dans les sols. Attirées par cette eau riche en matière organique, les femelles y pondent leurs œufs. Les larves qui en émergent ingèrent ensuite le Bti et meurent avant d’atteindre le stade adulte.
- Un seau d’eau, quelques feuilles mortes et un larvicide facilement accessible : voilà tout ce qu’il faut pour fabriquer un Bucket of Doom. PHOTO : Protégez-Vous
Au printemps et en été, lorsque les conditions sont favorables, il suffit souvent d’une à deux semaines pour qu’un œuf de moustique devienne un adulte capable de piquer. Ainsi, un simple contenant d’eau oublié pendant deux semaines peut être à l’origine d’une nouvelle cohorte de maringouins.
Le Bti est généralement vendu sous forme de pastilles ou de granules. Les appellations commerciales varient d’un produit à l’autre ; il faut donc vérifier dans la liste des ingrédients ou des matières actives la présence de Bacillus thuringiensis israelensis.
Est-ce efficace ?
En théorie, oui. Le Bti est reconnu pour son efficacité contre les larves de moustiques. C’est d’ailleurs ce même agent biologique qui est utilisé par plusieurs municipalités dans les mares, les étangs et d’autres zones d’eau stagnante afin de limiter les populations de moustiques.
Cela dit, le Bucket of Doom est loin d’être une solution miracle. Son efficacité dépend largement de l’environnement dans lequel il est utilisé. Si le voisinage regorge d’autres sites de ponte potentiels (gouttières obstruées, flaques d’eau, bains d’oiseaux, piscines mal entretenues ou contenants oubliés à l’extérieur), les moustiques auront de nombreuses autres options pour se reproduire.
À l’inverse, si vous éliminez déjà la plupart des sources d’eau stagnante autour de votre propriété, le bénéfice additionnel d’un Bucket of Doom pourrait être limité. Après tout, les moustiques auront alors beaucoup moins d’endroits où pondre leurs œufs.
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Les risques à considérer
La popularité du Bucket of Doom ne doit pas faire oublier certains inconvénients. Mal entretenu, il peut produire l’effet inverse de celui recherché et devenir un véritable incubateur à moustiques. Si le Bti n’est pas remplacé selon les recommandations du fabricant, ou s’il est simplement oublié, les femelles pourront pondre dans le seau et y produire une nouvelle génération de moustiques.
Par ailleurs, bien que le Bti soit considéré comme beaucoup plus ciblé que les insecticides classiques, son utilisation continue de faire l’objet de discussions dans la communauté scientifique. Selon Marie‑Ève André, du Service de renseignements entomologiques de l’Insectarium de Montréal, certaines études ont soulevé des préoccupations quant à ses effets potentiels sur certains organismes non ciblés. Les données demeurent toutefois insuffisantes et les résultats, parfois contradictoires, particulièrement dans l’environnement québécois.
Notre verdict
Peu coûteux et facile à installer, le Bucket of Doom repose sur un principe scientifique reconnu. Toutefois, il ne remplace ni l’élimination des eaux stagnantes ni les mesures de protection individuelles contre les moustiques.
Utilisé correctement, il pourrait contribuer à réduire le nombre de moustiques dans certaines situations. Mais son efficacité réelle en conditions normales demeure difficile à évaluer, et un mauvais entretien risque de transformer ce piège en site de reproduction supplémentaire. Avant d’installer un Bucket of Doom, mieux vaut d’abord s’assurer qu’il n’existe pas déjà d’autres sources d’eau stagnante à éliminer autour de la maison.
Petit lexique des principaux insectes piqueurs du Québec
Les moustiques (ou maringouins)
- PHOTO: Kwangmoozaa / Shutterstock.com
Ordre : Diptères
Famille : Culicidae
Nombre d’espèces dans le monde : environ 3 500
Au Canada : environ 80
Au Québec : environ 60
Au Québec, les moustiques sont couramment appelés maringouins, un mot emprunté à une langue autochtone du Brésil par les marins français à l’époque coloniale. En entomologie, toutefois, le terme « moustique » est privilégié.
Seules les femelles piquent, car elles ont besoin d’un repas de sang pour produire leurs œufs. Les moustiques se reproduisent dans l’eau stagnante, où les larves passent les premiers stades de leur vie avant de devenir des insectes volants.
Les mouches noires
- PHOTO : Marc-Olivier Beausoleil, via iNaturalist (sous licence CC BY)
Nom commun : Simulies
Ordre : Diptères
Famille : Simuliidae
Nombre d’espèces dans le monde : environ 1 500
Au Canada : environ 160
Au Québec : plus de 70
Les mouches noires sont particulièrement abondantes près des rivières et des cours d’eau à courant rapide, où leurs larves se développent. Plus petites que les moustiques, elles mordent la peau plutôt que de la percer avec une trompe. Seules les femelles mordent. Leurs morsures sont souvent plus douloureuses que les piqûres de moustiques et peuvent provoquer un gonflement important.
Les brûlots
- PHOTO : Christian Back, via iNaturalist (sous licence CC BY)
Nom scientifique le plus souvent utilisé : Culicoides
Ordre : Diptères
Famille : Ceratopogonidae
Genre principal : Culicoides
Nombre d’espèces dans le monde : plus de 6 000 dans la famille (mais elles ne se nourrissent pas toutes de sang)
Au Canada : environ 260
Au Québec : plus de 100
Minuscules — souvent à peine 1 à 3 mm de longueur —, les brûlots peuvent passer à travers certaines moustiquaires. En anglais, on les appelle notamment biting midges ou no-see-ums, littéralement «ceux qu’on ne voit pas ». Seules les femelles mordent. Malgré leur petite taille, leurs morsures peuvent être très irritantes et provoquer des démangeaisons persistantes.
Les mouches à chevreuil
- PHOTO : Dominique Bérubé, via iNaturalist
Noms communs : Mouche à chevreuil, taon du chevreuil
Ordre : Diptères
Famille : Tabanidae
Genres le plus souvent observés : Chrysops, Tabanus, etc.
Nombre d’espèces dans le monde : plus de 4 000 espèces
Au Canada : plus de 140 espèces
Au Québec : plus de 70 espèces
Plus grosses que les moustiques et les brûlots, les mouches à chevreuil sont particulièrement actives pendant les journées chaudes et ensoleillées. Elles sont attirées par le mouvement, la chaleur corporelle et le dioxyde de carbone expiré par leurs hôtes.
Contrairement aux moustiques femelles, qui percent la peau avec une trompe fine, les mouches à chevreuil femelles la lacèrent à l’aide de pièces buccales tranchantes avant de se nourrir du sang. Leur morsure est souvent douloureuse et peut laisser une petite plaie qui continue de saigner. Elles sont particulièrement redoutées des randonneurs, des canoteurs et des baigneurs en forêt.
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