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Par Rémi Leroux Mise en ligne : 18 octobre 2016

Photos: Réjean Poudrette, Youtube

Certaines vedettes du Web s’attirent des dizaines de milliers de vues chaque fois qu’elles mettent une nouvelle vidéo en ligne. Mais comment font-elles? Nous avons demandé à Cynthia Dulude, Billy Rioux et Théo Abbaci.

Cynthia Dulude est la webvidéaste la plus populaire du Québec. En septembre 2016, la jeune femme, qui prodigue des conseils de maquillage, comptait plus de 500 000 abonnés à sa chaîne YouTube, et ses vidéos totalisaient plus de 56 millions de visionnements.

À l’image de cette cybervedette, des dizaines de jeunes Québécois ont investi YouTube pour y partager leurs passions. Beauté, humour, jeux vidéo et vlog (journal personnel filmé) sont les catégories les plus populaires auprès des milléniaux, ces internautes nés autour des années 2000 et qui constituent le public cible des cybervidéastes. Grâce aux revenus publicitaires générés par le visionnement massif de leurs vidéos et à des contrats passés avec des commanditaires, certains youtubeurs vivent même de leur « art ».

>> À voir aussi: la chaîne YouTube de Protégez-Vous!

Un phénomène qui ne surprend pas Sandrine Prom Tep, professeure au Département de marketing de l’École des sciences de la gestion de l’Université du Québec à Montréal : « Nous assistons à une professionnalisation des youtubeurs un peu partout sur la planète. Au Québec, elle s’est faite plus tardivement qu’ailleurs, car l’audience est moins importante ici. Mais, progressivement, la province rattrape son retard. »

Agents d’artistes 2.0

Deux structures québécoises, Le Slingshot (Attraction Images) et Goji (Québecor Groupe Média), regroupent les cybervidéastes les plus prometteurs du moment. Ces studios fonctionnent comme des agences d’artistes et se payent à même les contrats qu’ils obtiennent pour les youtubeurs. Ils gèrent tout ce qui gravite autour de la carrière des créateurs : développement des audiences sur YouTube, relations avec les médias et les annonceurs, création de projets multiplateformes (édition de livres, participation à des émissions de télé et rédaction de chroniques dans des magazines, par exemple), etc.

« La plupart des créateurs veulent tourner et monter des vidéos, raconter des histoires et échanger avec leur communauté, explique Gabrielle Madé, directrice du studio Le Slingshot. En un sens, ils sont autosuffisants, et cette dimension de leur travail, cette part d’authenticité, doit être préservée. Mais certains sont tellement sollicités qu’ils n’arrivent plus à tout gérer. » De plus, « un créateur qui publie une vidéo sur le Web n’a fait que la moitié du chemin, car son film rejoint une plateforme sur laquelle 400 heures de contenu sont mises en ligne chaque minute, ajoute Elie Prudhomme, directeur de Goji. Pour que son œuvre soit vue et partagée, il faut utiliser tout le potentiel d’un canal de diffusion comme YouTube ».

Vous aimeriez devenir un bon youtubeur ? C’est possible, à condition d’être déterminé, de renouveler vos vidéos très régulièrement, d’avoir un style unique, de rester simple et naturel, et d’être équipé correctement. Avec quoi travaillent les créateurs de contenu au quotidien ? Réponse de trois vidéastes Web.

Note : Les données datent de septembre 2016 et sont présentées à titre indicatif. Sauf mention contraire, les appareils nommés par les webvidéastes n’engagent qu’eux-mêmes et ne constituent pas des recommandations de Protégez-Vous.

Cynthia Dulude

Profil YouTube : Maquilleuse

Sa chaîne : Maquillage Cynthia

Âge : 24 ans

Originaire de : Montréal

Active sur YouTube : Depuis 2011

Nombre d’abonnés : 500 000 environ

Nombre de vues : Plus de 56 millions

Elle n’a que 24 ans, mais elle a déjà une longue expérience du Web. Au début de 2016, Cynthia Dulude célébrait dans une vidéo le cinquième anniversaire de sa chaîne YouTube. Formée au Collège LaSalle, où elle a suivi le cours de maquillage artistique, elle a décidé de faire connaître sa passion sur le Web. À raison d’une vidéo par semaine, et avec plus de 500 000 abonnés, elle est aujourd’hui la vidéaste Web la plus populaire auprès des francophones du Québec, et ses conseils touchent aussi un large public en France.

« La première année, c’était un passe-temps, raconte-t-elle. Aujourd’hui, c’est devenu un mode de vie, j’ai l’impression que tout tourne autour de YouTube. » Compte tenu du succès grandissant de sa chaîne, Cynthia a décidé en 2015 de se joindre au studio Le Slingshot, qui regroupe une vingtaine de cybervidéastes québécois. Cela a été l’occasion pour elle de se décharger de tâches qu’elle avait de plus en plus de difficulté à porter seule : « Le studio m’accompagne et m’aide, par exemple, dans la gestion des relations avec les médias ou avec les compagnies qui me proposent de parler de leurs produits. »

Son matériel

Comme de nombreux créateurs de contenu, Cynthia Dulude a deux chaînes YouTube. L’une sur laquelle elle publie ses tutoriels, l’autre consacrée à son vlog, des vidéos plus personnelles qui constituent un journal de bord de son quotidien. Dans les deux cas, elle se filme dans son appartement, mais elle n’utilise pas les mêmes caméras. Pour ses tutoriels, elle filme avec la caméra intégrée à l’appareil photo EOS Rebel T3i (900 $) de Canon, fixée sur un trépied. Pour son vlog, elle se sert de l’un des outils les plus populaires chez les youtubeurs : l’appareil photo compact expert PowerShot G7 X* (750 $) de Canon : « L’avantage, c’est qu’il est très léger, et l’écran de visualisation se retourne au-dessus de l’appareil, ce qui permet de contrôler le cadrage. C’est plus pratique si je filme en me déplaçant. »

Pour l’éclairage, elle s’est équipée d’un ensemble de trois lampes sur trépied payé 500 $, qu’elle a pu acheter quand sa chaîne a franchi le cap des 100 000 abonnés : « YouTube m’a remis une plaque gravée et un bon d’achat que j’ai investi dans ce système d’éclairage qui crée une lumière blanche et diffuse, adaptée pour les séances de maquillage et pour éviter les reflets », raconte la jeune femme.

Pendant quelques années, elle a monté ses vidéos à partir du logiciel de vidéo iMovie (gratuit) d’Apple. Ce dernier logiciel offrait un nombre limité d’options, notamment au chapitre des effets vidéo, de l’animation des titres, des réglages audio, etc. Elle a donc « changé sa caméra d’épaule » et utilise aujourd’hui Final Cut Pro X (400 $) d’Apple, qui comprend une multitude de fonctionnalités qu’elle a apprivoisées avec le temps. Ses vidéos durent de 10 à 12 minutes. Dans le meilleur des cas, le montage demande quatre heures. « Mais il m’arrive de passer la journée pour des vidéos plus complexes où j’intègre du texte ou certains effets », avoue-t-elle.

* La version la plus récente de cet appareil, le Canon PowerShot G7 X Mark II, figure dans la liste des produits recommandés par Protégez-Vous.

 

Billy Rioux

Profil YouTube : Aventurier

Ses chaînes : Billy Rioux Aventurier et Billy Rioux Adventurer

Âge : 34 ans

Originaire de : Rivière-du-Loup

Actif sur YouTube : Depuis 2012

Nombre d’abonnés : 14 000 environ à sa chaîne anglophone; 1 700 environ à sa chaîne francophone (lancée en 2016)

Nombre de vues: Plus de 2 millions

Son terrain de jeu ? Le bois. Billy Rioux se définit comme « un aventurier ». À 34 ans, il a à son actif une vingtaine d’expéditions dans le monde, mais c’est en forêt, au Québec et ailleurs au Canada, qu’il raconte certaines de ses plus belles histoires. Billy Rioux fait partie du mouvement baptisé bushcraft, ou « artisanat de la brousse », très connu dans le milieu anglophone. Les adeptes du bushcrafting réapprennent à vivre dans la nature en utilisant des techniques de survie parfois ancestrales.

Il y a quelques années, certains d’entre eux ont commencé à filmer leurs aventures et à les diffuser sur YouTube. Billy Rioux a mis en ligne ses premières vidéos en anglais en 2012. « Alors que je vivais seul dans une cabane que j’avais construite moi-même, j’ai eu envie de partager mon expérience », raconte-t-il. Il agrémente ses vidéos de conseils techniques et de références historiques : comment fabriquer un canoë à partir d’une épinette, comment installer un campement pour dormir par -25 °C, etc. « J’ai lancé une chaîne en français au début de 2016, car j’ai vraiment envie de toucher un public différent et francophone. » En 2016, il a rejoint les rangs du studio Goji.

Son matériel

Dans la majorité de ses vidéos, Billy Rioux est seul au milieu de la nature : « Pour filmer, je ne peux pas emporter un matériel trop encombrant ou qui ne serait pas suffisamment résistant, au froid par exemple. » L’autonomie des piles est l’une de ses préoccupations principales. « En hiver, les piles des appareils photo réflex ne durent pas assez longtemps, dit-il. Même si la qualité de l’image est super, je préfère utiliser un caméscope HD plus familial. »

Le caméscope dont il se sert est léger, simple d’utilisation et ne lui a pas coûté une fortune (environ 370 $). Billy le préfère aux caméras d’action, comme celles de marque GoPro dont la qualité du son est inégale. Il se sert aussi d’un petit caméscope qui filme à 360 degrés, payé environ 350 $, pour enregistrer de courtes séquences qui ne nécessiteront pas de montage. Enfin, il embarque également un trépied d’entrée de gamme, d’une valeur d’environ 60 $, et utilise simplement les micros intégrés de ses caméscopes pour capter le son.

Comme de nombreux vidéastes Web, il a appris seul à monter ses vidéos à partir du logiciel Final Cut Pro X (400 $) d’Apple. Pour une vidéo de trois à quatre minutes, il peut emmagasiner une soixantaine de plans différents. « J’ai mon scénario en tête et j’y vais un peu instinctivement. Je peux passer d’une heure et demie à trois heures à faire le montage, mais je ne veux pas y mettre trop de temps. Avant tout, c’est l’histoire que je raconte qui est importante. »

 

Théo Abbaci

Profil YouTube : Commentateur de jeux vidéo

Sa chaîne : BeastModeIII

Âge : 23 ans

Originaire de : Montréal

Actif sur YouTube : Depuis 2010

Nombre d’abonnés : 410 000 environ

Nombre total de vues : Autour de 50 millions

Depuis l’âge de 17 ans, Théo Abbaci fait « des vidéos de jeux vidéo », c’est-à-dire qu’il parle en même temps qu’il joue. En 2010, lorsqu’il a commencé, seuls trois gamers anglophones s’amusaient à enregistrer et à commenter leurs parties. Six ans plus tard, cette catégorie de webvidéastes est de loin la plus populaire sur le Web. PewDiePie, un joueur de jeux vidéo suédois, compte plus de 32 millions d’abonnés ! Théo Abbaci en réunit beaucoup moins, mais ses fans font de lui l’un des youtubeurs québécois les plus suivis.

Son matériel

En plus de son ordinateur (un PC) et de ses consoles de jeux (comme la Xbox de Microsoft et la Wii de Nintendo), Théo Abbaci utilise divers équipements pour enregistrer la séquence qu’il commente. Sur l’ordinateur, les principaux logiciels de capture vidéo sont FRAPS (45 $), Dxtory (50 $) et ShadowPlay (ce logiciel est gratuit, mais il requiert une puissante carte graphique).

« Avec une console, le tournage est un peu différent de celui des autres webvidéastes, explique le joueur. Il faut installer un boîtier entre la console et la télé. L’appareil enregistre la partie et il suffit ensuite de transférer le fichier sur l’ordinateur pour faire le montage. »

Théo Abbaci utilise le boîtier Game Capture HD 60 (240 $) d’Elgato, mais recommande également le Game Capture HD II (200 $) d’AVerMedia, deux outils qu’il juge très performants et qui arrivent d’ailleurs en tête de liste de plusieurs sites spécialisés en techno. « La différence tient notamment à la qualité d’enregistrement. L’idéal, c’est un enregistrement en 1080p [une norme vidéo haute définition] et de 60 images par seconde. L’image est plus fluide et le rendu du jeu, plus précis. »

Pour capter la voix, différentes techniques existent : casque équipé d’un micro, micro perché sur un trépied, micro externe d’une caméra qui filme le joueur, etc. Théo Abbaci utilise un casque d’écoute pourvu d’un micro qu’il a payé une centaine de dollars ainsi qu’un deuxième modèle un peu plus cher (150 $), qui offre différentes options d’enregistrement (ambiance, conversation à deux ou commentaire pour joueur seul). Si vous préférez un micro qui n’est pas relié à un ordinateur, il conseille d’acheter un enregistreur numérique. Les modèles de milieu de gamme coûtent 100 $ environ.

Pour le montage, Théo Abbaci utilise Vegas Pro 13 (600 $) de Sony (notez que la gamme de produits Vegas Creative Software de Sony a été achetée par MAGIX en mai 2016), un logiciel qu’il emploie par habitude, mais qui n’offre pas autant de fonctionnalités que d’autres programmes, comme le Final Cut Pro d’Apple.

Tests de produits : payants, certes, mais éthiques?
 
Les vidéos de certains youtubeurs sont visionnées des dizaines, voire des centaines de milliers de fois. Les internautes qui les regardent sont souvent jeunes (de 12 à 35 ans) et constituent une cible de rêve pour les annonceurs. Les compagnies de cosmétiques ou de jeux vidéo, par exemple, proposent aux populaires webvidéastes de tester de nouveaux produits en échange d’une rémunération.
 
« La règle, c’est d’être le plus transparent possible en expliquant dès le début de la vidéo qu’elle est commanditée », explique Théo Abbaci, youtubeur commentateur de jeux vidéo. Les internautes sont conscients que c’est notamment grâce à ces contrats que leur youtubeur préféré peut vivre et continuer à faire des vidéos, explique Gabrielle Madé, directrice du studio Le Slingshot : « Ce que les webvidéastes ont de plus précieux, c’est leur communauté. Ils ne mettraient cette relation en péril pour rien au monde. Ils y pensent donc à deux fois avant de collaborer avec une marque. Il leur arrive fréquemment de refuser de parler d’un produit qu’ils ont testé. »
 
Malgré cela, Sandrine Prom Tep, professeure au Département de marketing de l’École des sciences de la gestion de l’Université du Québec à Montréal, s’interroge sur cette stratégie publicitaire : « Certains youtubeurs sont directement rémunérés par une marque. Ils le mentionnent à leurs fans et expliquent que le produit dont ils font la promotion respecte leurs valeurs, leur public, etc. C’est une forme de publicité déclarée. Malgré cela, le public cible est souvent jeune, et donc influençable. Il aura du mal à faire la distinction entre deux types de contenus, l’un commandité et l’autre non. Il existe des règles très établies à la télévision concernant la diffusion de la publicité, par exemple en fonction des heures d’écoute, pourquoi ce ne serait pas le cas sur YouTube ? » Le gouvernement canadien a décidé d’intervenir afin que blogueurs et influenceurs commandités par des entreprises soient obligés de le mentionner à leurs auditeurs. De nouvelles lignes directrices établies par les Normes canadiennes de la publicité entreront en vigueur au début de 2017.

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