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Cyberintimidation: comment aider votre enfant à y faire face

Par Nathalie Côté Mise en ligne : 10 janvier 2018  |  Magazine : février 2018

Shutterstock.com

Les intimidateurs peuvent sévir en tout temps en se servant des appareils technologiques que votre jeune trimballe dans ses poches. Voici comment l'aider à se protéger contre la cyberintimidation.

À l’école primaire, William (nom fictif) se faisait tourner en ridicule par des élèves en raison de ses difficultés d’apprentissage. En cinquième année, l’intimidation s’est transportée sur Facebook.

« Mon fils m’en a parlé, raconte la mère de William, aujourd’hui âgé de 15 ans. Je m’étais déjà plainte auprès de la direction de l’école, mais ça n’avait rien donné. » Décidée à ne pas laisser la situation dégénérer, elle s’est connectée au compte de son fils pour sommer l’intimidateur de le laisser tranquille (les experts déconseillent toutefois cette façon de faire, car elle peut provoquer une escalade). Résultat ? Le jeune intimidateur s’est mis à l’insulter. « Je lui ai dit que je savais qui il était, où il habitait, et que j’irais montrer les captures d’écran de la conversation à ses parents s’il continuait », raconte-t-elle. L’intimidation a cessé.

Mais il arrive que la cyberintimidation mène à une fin tragique. Ainsi, la jeune Rehtaeh Parsons s’est suicidée en 2013 en Nouvelle-Écosse après qu’une photo de sa présumée agression sexuelle a été diffusée sur Internet et après avoir subi du harcèlement en ligne.

Ce phénomène touche aujourd’hui bon nombre de jeunes, et les cyberintimidateurs sévissent sur les réseaux sociaux, dans les courriels, les textos, les messageries instantanées, les groupes de discussion, etc. En somme, ils utilisent les technologies de communication pour intimider ou harceler les gens.

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Comment mettre la cyberintimidation K.O. ? Toutes les écoles primaires et secondaires du Québec disposent de programmes de sensibilisation pour contrer l’intimidation, en ligne ou ailleurs. Devant la multiplication des cas de sextage – utilisation d’images ou de vidéos intimes pour faire chanter sa victime –, certains corps policiers ont réagi. Par exemple, au printemps dernier, la police de Gatineau a lancé la campagne #GARDECAPOURTOI. De son côté, le Service de police de Saint-Jérôme a développé une trousse d’intervention « sexto », destinée aux intervenants dans les écoles.

En tant que parent, vous avez aussi un rôle à jouer en cas de cyberintimidation. Voici des conseils pour aider votre jeune.

Loin d’être un phénomène nouveau, l’intimidation s’est amplifiée avec les réseaux sociaux. « Avant, on rentrait chez soi et on avait la paix jusqu’au lendemain, souligne René Morin, porte-parole du Centre canadien de protection de l’enfance. Maintenant, l’intimidateur vous poursuit en ligne. » Les téléphones intelligents accentuent le problème puisqu’ils permettent de diffuser sans délai photos et vidéos.

Les incidents se produisent chez les jeunes dès la cinquième année du primaire, au moment où apparaissent les défis de socialisation. Or, la prévention devrait commencer bien avant cela afin de les aider à développer leur estime personnelle. « Faire du renforcement positif est un moyen d’y arriver », souligne Josée Duquet, sexologue et intervenante pour Tel-Jeunes et la Ligne Parents. « Si votre enfant peine à s’affirmer, vous pouvez aussi l’aider à répliquer aux critiques », suggère Nathalie Parent, psychologue. Il sera ainsi moins susceptible de se faire intimider.

Assurez sa sécurité en ligne

Contrer la cyberintimidation commence par l’adoption de comportements sécuritaires en ligne. Abordez cette question avec votre jeune. Insistez sur l’importance de ne pas communiquer ses informations personnelles à des inconnus. Utilisez les événements de l’actualité pour appuyer vos propos.

Rappelez-lui de régler les paramètres de confidentialité de ses comptes, et apprenez-lui à le faire au besoin. « Snapchat, par exemple, permet de géolocaliser ses amis. Quand on sait l’insouciance avec laquelle les jeunes en acceptent de nouveaux, on peut craindre que des étrangers les suivent à la trace », illustre René Morin. Informez votre enfant que les contenus diffusés peuvent être enregistrés même s’ils s’effacent rapidement.

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Certains parents exigent d’être amis avec leur jeune. D’autres réclament ses mots de passe. « Votre enfant vous trouvera peut-être envahissant, mais il doit comprendre que la vie privée n’existe pas sur Internet, indique René Morin. Tu ne peux pas réclamer le respect de ta vie privée quand des centaines de personnes te suivent. »

Reste qu’une relation ouverte et de bonnes discussions sont souvent plus efficaces que le contrôle, les restrictions et les interdictions. « Il faut maintenir la communication avec l’enfant et le faire parler de ce qu’il vit en ligne », croit Isabelle Plante, chef de la Division de la recherche, du développement et de la stratégie organisationnelle au Service de police de Gatineau. « Les jeunes sont futés, prévient pour sa part sa collègue policière Sandrine Poulin. Ils peuvent ouvrir un deuxième compte à l’insu des parents. Et même si on confisque leur appareil, ils ont accès à Internet à l’école. »

Offrez-lui votre soutien

Que faire si votre jeune se fait cyberintimider ? Son premier réflexe sera de tenter de régler la situation par lui-même. Il pourrait aussi refuser que vous vous en mêliez par crainte de représailles. Si vous découvrez qu’il est aux prises avec ce problème, discutez-en avec lui. « Dites-lui que vous êtes inquiet et que vous comprenez qu’il traverse une situation difficile, ce qui arrive souvent quand on est jeune », recommande Nathalie Parent.

S’il aborde lui-même la question, prenez-le au sérieux. « La dernière chose que veulent les jeunes, c’est que leurs parents soient au courant de leurs problèmes. S’ils se confient, c’est que la situation a pris des proportions importantes », constate René Morin.

Quoi qu’il en soit, les reproches sont inutiles. Votre enfant a surtout besoin d’être soutenu. Certains vivent une grande détresse, et les services d’un psychologue peuvent être nécessaires. « Il se peut toutefois que votre enfant éprouve un malaise à rencontrer celui de l’école, souligne Nathalie Parent. Dans ce cas, tournez-vous vers un CSLC ou une clinique privée. » Si votre jeune refuse toute aide, prenez l’initiative de consulter afin d’être mieux outillé pour l’aider.

agé de 14 à 18 ans affirme avoir déjà reçu un sexto.
Source : Agence de la santé et des services sociaux.

Ce que dit la loi

Intimider ou diffuser les photos intimes d’autrui peut être considéré comme un acte criminel. Voici des exemples d’accusations auxquelles les cyberintimidateurs s’exposent. S’ils sont reconnus coupables, ils peuvent faire face à différentes peines, qui peuvent, dans les cas les plus graves, aller jusqu’à la détention :

• Production de matériel de pornographie juvénile : prendre une photo ou une vidéo intime d’un mineur. « Dans le cas où un jeune prend une photo de lui-même et que celle-ci est partagée par d’autres, il ne sera pas accusé, rassure Isabelle Plante, chef de la Division de la recherche, du développement et de la stratégie organisationnelle au Service de police de Gatineau. Il ne doit pas avoir peur de porter plainte, il sera traité comme une victime. » La situation pourrait être différente si le jeune a pris des photos de lui dans le but de les vendre, par exemple, ce qui équivaudrait à de la production de matériel pornographique.

• Possession de matériel pornographique juvénile : conserver une image intime d’un mineur, même si c’est la personne sur la photo qui l’a envoyée.

• Distribution de matériel pornographique juvénile : partager ou diffuser les images intimes d’un mineur.

 Publication non consensuelle d’une image intime : partager ou diffuser des images intimes d’une personne sans son consentement, peu importe son âge.

 Harcèlement criminel : envoyer plusieurs messages à une personne, lui faisant craindre pour sa sécurité.

 Menace : menacer de blesser ou de tuer une personne.

 Extorsion : menacer quelqu’un dans le but d’obtenir quelque chose.

Faites cesser l’intimidation

La plupart du temps, l’intimidation s’arrête dès qu’elle est dénoncée, assure Sandrine Poulin. Si votre jeune refuse de porter plainte, adressez-vous directement à l’école ou aux policiers. « Expliquez [à votre enfant] que vous comprenez sa peur, mais que vous ne pouvez laisser la situation perdurer », souligne Nathalie Parent. Pour préserver sa confiance, informez-le de votre démarche, recommande la psychologue. Il pourra choisir d’y participer ou non.

• Faites des captures d’écran ou imprimez les messages reçus pour avoir des preuves afin de porter plainte.

• Avertissez les réseaux sociaux concernés. Chacun possède des mécanismes pour bloquer des utilisateurs et signaler des publications inappropriées. Vous trouverez la marche à suivre sur AidezMoiSVP.ca.

• Contactez le fournisseur de téléphonie cellulaire si l’intimidation se fait par texto. Il pourrait vous aider à bloquer un numéro ou à changer le numéro de votre enfant.

• Portez plainte à l’école. Chaque commission scolaire a son plan de lutte contre l’intimidation, et la direction est tenue par la loi d’intervenir, indique Esther Chouinard, porte-parole au ministère de l’Éducation.

• Portez plainte au service de police de votre municipalité si vous croyez qu’un acte criminel a été posé.

Quelques ressources
Centre canadien de protection de l'enfance
Cyberaide
Tel-jeunes
LigneParents

>> À lire aussi: Comment choisir un psychothérapeute?

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