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Comment améliorer votre empreinte écologique

Par Mise en ligne : 18 septembre 2018  |  Magazine : octobre 2018

Photos: Shutterstock.com, Équiterre, Réjean Poudrette

Photos: Shutterstock.com, Équiterre, Réjean Poudrette

Recycler, composter et acheter local témoignent de bonnes intentions pour sauver la planète. Mais prolonger la vie de vos objets, arrêter de manger du bœuf et éviter de prendre l’avion, par exemple, ont une incidence bien plus grande. Explications.

Pour se déplacer dans Montréal, Rachel Nadon, 29 ans, enfourche sa bécane beau temps, mauvais temps, été comme hiver. « Ça me fait bouger, c’est pratique et c’est très écologique », explique la doctorante en littérature. Quelques fois par année, Rachel prend aussi l’avion en direction de l’Europe pour participer à des colloques ou s’offrir des vacances. Elle s’en doute : cette lourde empreinte carbone « annule » tous ses efforts sur les pistes cyclables. Mais la mâchoire lui tombe quand elle apprend qu’un aller-retour Montréal-Paris équivaut aux émissions de dioxyde de carbone (CO2) d’une voiture pendant un an !

C’est ce que l’auteur et journaliste américain David Owen appellerait un « écart climatique » (green gap), ce « fossé qui existe entre les bonnes intentions et les actions utiles », comme il le définit dans un essai paru en ligne en février 2018 dans Beside, un magazine canadien qui s’adresse aux amateurs de plein air soucieux de l’environnement. Comme Rachel, vous commettez aussi sans doute des « péchés environnementaux » au quotidien : d’un côté, vous faites vos courses avec des sacs réutilisables, et de l’autre, vous achetez un lunch que vous mangez avec des ustensiles en plastique. Ou encore, vous compostez religieusement, mais vous jetez des aliments comestibles parce que vous gérez mal vos réserves de nourriture.

« Il y a énormément de bonne volonté, mais beaucoup de gestes maladroits, affirme Cécile Bulle, professeure à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et chercheuse au Centre international de référence sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG), associé à Polytechnique Montréal. Nos croyances nous bloquent la vue sur les enjeux réels. » L’idée n’est pas de constamment se culpabiliser, dit-elle, mais d’agir en connaissance de cause.

Voici quelques pistes qui vous permettront de verdir votre empreinte écologique.

>> À lire aussi : Écolos ou pas? Cinq produits décortiqués

Pour vivre une vie plus verte

Il y aurait en fait trois grands principes à suivre : consommer moins, réutiliser vos biens au maximum et prolonger la vie de ceux-ci, répètent comme un mantra les intervenants que nous avons interrogés pour ce dossier.

À Équiterre, la manière d’aborder la consommation a même changé. « Dans les dernières années, on proposait des solutions de rechange en alimentation, notamment. C’est encore le cas, mais nous prenons également un virage “réduction à la source”. Nous ne disons plus que c’est mieux d’acheter local, par exemple, mais qu’il faut réduire [la production et le gaspillage alimentaires] au départ », affirme Annick Girard, chargée de projet à l’organisme environnemental québécois.

Ressusciter vos appareils

La culture du jetable est l’un des pires fléaux à s’abattre sur l’environnement, selon Annick Girard, qui a coordonné une étude d’Équiterre sur l’obsolescence. Téléphones, aspirateurs et grille-pains finissent trop souvent aux ordures pour des bris mineurs, soutient-elle.

En 2016, 44,7 millions de tonnes de ces appareils se sont retrouvés dans les sites d’enfouissement de partout dans le monde. D’ici 2021, ce volume pourrait gonfler de 17 %, indique l’enquête. Or, l’extraction des ressources, la fabrication des appareils ainsi que les déchets qu’ils génèrent ont de lourdes conséquences sur l’environnement. Parue en 2018, l’étude menée avec l’Observatoire de la consommation responsable (OCR) de l’UQAM révèle que seuls 19 % des Canadiens font réparer leurs électroménagers quand ils brisent et 26 %, leurs appareils électroniques. Une vaste majorité d’entre eux (86 %) affirment par ailleurs que ces objets sont conçus pour ne pas durer.

Annick Girard le concède : les entreprises comme Apple, qui proposent très rarement la réparation, favorisent cette surconsommation. Pourtant, dans beaucoup de cas, « le consommateur a le pouvoir d’agir », assure-t-elle. Il existe de plus en plus d’initiatives visant à prolonger la durée de vie de ces objets plutôt que de les remplacer. Par exemple : des bibliothèques d’outils, des groupes Facebook – comme le groupe Touski s’répare, fondé par Annick Girard, où les membres partagent des conseils – et des tutoriels en ligne. Le site iFixit, notamment, propose différents guides en ligne gratuits pour réparer soi-même une vitre d’iPhone cassée, une console Xbox qui s’éteint inopinément ou une lentille d’appareil photo défectueuse, par exemple.

Le droit à la réparation

Pendant que la Suède accorde des avantages fiscaux aux consommateurs qui réparent leurs objets – aussi bien les appareils électroniques que les électroménagers ou les vélos – et que la France, avec sa loi sur la transition énergétique, sanctionne les pratiques d’obsolescence programmée, au Québec, les « Réparothons » et « Repair Cafés » se multiplient. L’idée : inviter les citoyens à apporter leurs appareils défectueux pour les faire réparer par des bénévoles experts.

Ils étaient une vingtaine à s’être déplacés au centre communautaire de Brossard, un après-midi de juin 2018. Diane Giroux, 62 ans, est venue avec son ordinateur portable qui prend une éternité à démarrer. « J’ai même le temps d’aller prendre ma douche ! » lance-t-elle au milieu de la pièce qui ressemble à un gymnase d’école. « Lenteur, optimisation, pièces à changer… Les problèmes sont souvent banals », note Saad Sebti, coordonnateur au marketing et au développement à Insertech, une entreprise d’insertion à but non lucratif qui organise les Réparothons. Il estime que durant ces événements, environ 70 % des gens repartent avec un appareil réparé. Diane Giroux en fait partie. Après avoir fait supprimer une centaine de logiciels inutiles et installer un antivirus, sa machine a repris vie.

Et si, au bout du compte, vous devez changer votre vieil ordinateur, votre bouilloire ou votre manteau d’hiver, il existe d’autres solutions que l’achat neuf, soutient Fabien Durif, directeur de l’OCR. « Il y a un énorme marché de seconde main qui se développe. » Le dernier Indice Kijiji qu’il a coréalisé, lequel mesure l’économie de seconde main au Canada, indique une augmentation de 24 % dans l’échange de biens d’occasion en 2017 par rapport à l’année précédente, avec au total plus de 2,3 milliards d’objets échangés au pays.

Dans l’assiette

Pour améliorer votre empreinte environnementale, réduire le gaspillage alimentaire est un autre incontournable. Jeter des aliments signifie que « les gaz à effet de serre qui sont dégagés tout au long de la production alimentaire [ont été produits en vain] », indique Éliane Brisebois, agente de recherche à la Chaire de recherche UQAM sur la transition écologique, dont les recherches portent sur le gaspillage alimentaire.

>> À lire aussi : Comment éviter le gaspillage alimentaire

Les efforts dans ce sens doivent se faire à la maison, mais aussi dans les commerces. IGA, par exemple, s’est récemment associé avec la marque québécoise de jus pressés à froid LOOP, qui récupère les fruits et légumes mis de côté par la chaîne d’épiceries. En transformant les surplus de l’industrie alimentaire, LOOP dit avoir sauvé plus de 663 tonnes de végétaux imparfaits depuis sa création en 2016.

La consommation de viande, et plus particulièrement de bœuf, est un autre vaste chantier. « Rien que d’arrêter de manger du bœuf pour privilégier le poulet réduit énormément notre impact environnemental. Manger végétarien, c’est encore mieux », dit Cécile Bulle. La production mondiale de bœuf émet jusqu'à 105 kg de CO2 pour 100 g de protéine, comparativement à 3,5 kg pour la même quantité de protéine contenue dans le tofu, révèle d’ailleurs une récente étude, publiée en juin 2018, dans la revue Science. Le porc (jusqu'à 14 kg de CO2), la volaille et le poisson (jusqu'à 12 kg de CO2 pour les deux) se révèlent aussi des protéines beaucoup moins néfastes pour l’environnement que le bœuf.

Pourquoi l’empreinte écologique de la production de bœuf est-elle si élevée ? C’est qu’elle nécessite des quantités astronomiques d’eau et de nourriture. L’animal lui-même émet aussi beaucoup de méthane, qui est 25 fois plus puissant que le dioxyde de carbone (CO2), deux gaz à effet de serre responsables des changements climatiques. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture estime que les ruminants dans le monde rejettent 100 millions de tonnes de méthane par année.

- «Rien que d’arrêter de manger du bœuf pour privilégier le poulet réduit énormément notre impact environnemental. Manger végétarien, c’est encore mieux.» Cécile Bulle, professeure à l'UQAM et chercheuse au CIRAIG.

Heureusement que le filet mignon a de moins en moins la cote au pays. En 1980, un Canadien mangeait en moyenne 39 kg de bœuf par année. En 2017, cette quantité est passée à 25 kg. Reste que, encore aujourd’hui, 60 % des émissions de gaz à effet de serre en agriculture sont attribuables à la viande et aux produits laitiers, selon l’étude menée par des chercheurs britanniques de l’Université d’Oxford.

Voyage, voyage

Vous aimez voyager ? Votre plus grand « péché environnemental » est alors probablement de prendre l’avion. En 2014, un Canadien était responsable en moyenne de 15,1 tonnes d’émissions de gaz à effet de serre, d’après la Banque mondiale. Un aller-retour Montréal-Paris génère environ deux tonnes de CO2. Résultat : pour un Canadien, un simple voyage en Europe équivaut à environ le septième de ses émissions pour l’année ! De quoi remettre en question votre désir de vacances à l’étranger, qui sait ?

Le consommateur doit prendre conscience de l’empreinte que représente un tel voyage, estime Cécile Bulle. Différents calculateurs en ligne vous permettent d’ailleurs de mesurer les répercussions de vos déplacements, comme Less.ca et Planetair.ca. Vous pouvez ensuite compenser en faisant « un effort qui compte », comme réduire votre consommation de bœuf, cite en exemple la chercheuse montréalaise.

Des organismes et entreprises proposent aussi de contrebalancer ces émissions de gaz à effet de serre grâce à l’achat de crédits de carbone. Faites attention, toutefois, à l’usage qui sera fait de l’argent donné, prévient Cécile Bulle. « Si je paye pour planter des arbres qui vont mettre 70 ans à capter le CO2 qui a été émis en six heures, on a un problème. Car il n’y a pas seulement la quantité de CO2 qui compte, mais aussi la vitesse à laquelle on l’émet. » La Fondation David Suzuki et l’Institut Pembina, une association canadienne à but non lucratif, ont publié en 2009 une enquête qui compare la qualité des crédits de carbone offerts par différents fournisseurs. Ceux qui ont la meilleure cote proposent pour la plupart d’investir dans des projets d’énergies renouvelables, comme la création de parcs éoliens, ou encore l’utilisation de la biomasse ou de l’énergie solaire.

Cette prise de conscience commence même à trouver écho chez les personnes qui sont appelées à beaucoup voyager, comme… les chercheurs en développement durable ! Le mouvement américain Flying Less milite pour que les universités et les associations professionnelles privilégient les conférences virtuelles afin de réduire massivement leurs déplacements dans le ciel. « Quand je réfléchis à mon mode de vie en tant que professeure, je constate que je voyage beaucoup trop pour mes conférences. Et un vol en avion, c’est monstrueux pour l’environnement », confie Cécile Bulle. Quand on parle d’écart climatique…

CORRECTION 11/11/2018: La version originale de ce texte a été modifiée pour apporter une précision sur une étude, publiée dans la revue Science, que nous citons. Elle conclut que la production mondiale de bœuf émet jusqu'à 105 kg de CO2 pour 100 g de protéine et non 100 g de viande. La même logique s'applique au tofu, au porc, à la volaille et au poisson. 

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Commentaires 2 Masquer

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  • Par PAUL-ANDRE COLLIN | 20 septembre 2018

    Pourquoi ne parle-t-on pas davantage de la démographie galopante, surtout dans les régions pauvres, ni de la nécessité de viser la non-croissance économique (Zero-growth society).

  • Par MATHIEU ROBITAILLE | 22 septembre 2018

    Pourquoi n'y a-t-il pas de bibliographie? Je souhaite consulter l'article qui mentionne que «la production de 100 g de bœuf émet l’équivalent de 105 kg de CO2», mais je ne la trouve pas. Il faudrait indiquer des références détaillées. Cette valeur d'équivalent en CO2 semble irréaliste.

    journalist Par CéLINE MONTPETIT de Protégez-Vous | 09 octobre 2018

    Bonjour Monsieur Robitaille,
    Merci pour votre vigilance. Nous avons apporté les correctifs nécessaires.

    Par MATHIEU ROBITAILLE | 30 septembre 2018

    Bonjour,
    Merci pour le lien vers l'étude en question. Cette étude rapporte que «Ninetieth-percentile GHG emissions of beef are 105kg of CO2eq per 100g of protein [...]». Donc, cette valeur représente les pires éleveurs au monde et ce n'est pas pour 100 g de bœuf, mais pour 100 g de protéine (100 g de bœuf contient environ 20-25 g de protéine). L'étude montre que la médiane est près de 30 kg d'équivalent CO2 et mentionne que le Canada se situe sous cette médiane (graphique p.11 de l'étude). Donc, 100 g de protéine de bœuf correspond à environ 450 g de bœuf. Ainsi, au Canada, 100 g de bœuf a un équivalent CO2 inférieur à 6,6 kg. Quand même loin du 105 kg.
    Loin de vouloir minimiser l'impact de la consommation de bœuf sur l'environnement, je trouvais uniquement que cette valeur était irréaliste.

    journalist Par CéLINE MONTPETIT de Protégez-Vous | 24 septembre 2018

    Bonjour Monsieur Robitaille,

    Merci de l'intérêt que vous portez à notre article. Voici la réponse de notre journaliste, Mathilde Roy:
    L'étude citée a été réalisée par des chercheurs de l'Université d'Oxford et est parue en juin 2018 dans la revue scientifique Science. Voici le lien vers l'étude en question : https://josephpoore.com/Science%20360%206392%20987%20-%20Accepted%20Manuscript.pdf
    Cet article du Guardian en fait d'ailleurs une belle vulgarisation : https://www.theguardian.com/environment/2018/may/31/avoiding-meat-and-dairy-is-single-biggest-way-to-reduce-your-impact-on-earth

    En espérant que cela vous éclaire,