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Des experts demandent un plus grand encadrement des soins de pieds au Québec

Par Johanne David
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Coupe des ongles, réduction de cors et de callosités, ongles incarnés… la demande pour les soins de pieds grimpe en flèche. Or, ces services ne sont pas toujours professionnels, avec les risques que cela comporte pour la santé et la sécurité des patients, indique le rapport d’un comité d’experts cliniques.

Ce rapport, intitulé Soins de pieds: rapport du comité d’experts cliniques, est le fruit d’un travail concerté de trois ordres professionnels québécois, ceux des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ), des podiatres (OPQ) et des infirmières et infirmiers auxiliaires (OIIAQ), auxquels s’est joint le Collège des médecins du Québec (CMQ).

Pratique illégale

Le rapport fait suite, entre autres choses, à des plaintes déposées auprès des quatre ordres professionnels en santé à propos des pratiques illégales dans le domaine des soins de pieds.

Chaque année, l’Ordre des podiatres envoie des dizaines d’avertissements et de mises en demeure à des podologues qui outrepassent leur rôle. L’Ordre a récemment intenté des poursuites devant la Cour du Québec contre une personne qui pratique illégalement la podiatrie (voir le reportage Vos pieds sont-ils entre bonnes mains? de l’émission La Facture, sur les ondes de Radio-Canada).

Problèmes de santé sous-jacents

«L’exercice illégal de la podiatrie peut non seulement engendrer des coûts financiers élevés pour le client, mais aussi de sérieux préjudices physiques allant de l’infection jusqu’à l’amputation», explique Martine Gosselin, directrice générale de l’OPQ.

L’intervenant doit savoir si la personne qu’il traite souffre de problèmes de santé sous-jacents, tel le diabète. Si c’est le cas, seul un professionnel de la santé peut intervenir. Et seuls une infirmière, une infirmière en soins des pieds, un podiatre ou un médecin peuvent évaluer la condition de santé podologique d’un client (ou contribuer à l’évaluation de son état de santé, dans le cas de l’infirmière auxiliaire). Or, selon le rapport, des intervenants non professionnels iraient jusqu’à offrir le traitement des plaies et des escarres.

Professionnels versus non-professionnels

La confusion des rôles et des services offerts qui règne dans le domaine des soins de pieds facilite, voire encourage, ces pratiques illégales de la podiatrie.

Les appellations «Podologue diplômé» ou «Professionnel offrant des services des soins de pieds» sont aussi source de méprise parce qu’elles utilisent le terme «professionnel», mais surtout le mot «podologue», qui agace. «Podologue, c’est très similaire à podiatre. L’utilisation de ce titre génère une grande confusion auprès des patients et contribue à un faux sentiment de sécurité», explique Martine Gosselin.

Il existe aussi une mauvaise compréhension des rôles des différents intervenants, professionnels et non professionnels, notamment lorsque ces derniers parlent de «consultation» ou de «protocole de soins».

Podologue: pas de formation reconnue

Au Québec, les podologues ne sont pas regroupés au sein d’un ordre professionnel. La plupart d’entre eux se retrouvent sous le chapeau de diverses associations.

Le podologue peut avoir reçu une formation du secteur privé, mais celle-ci n’est pas reconnue par la Loi sur la podiatrie. Cette formation varie selon les diverses associations et n’équivaut pas à celle d’un podiatre qui détient un doctorat en médecine podiatrique.

Jointe par téléphone, Viviane Leblanc, présidente des podologues affiliés du Québec, nous a confié ne pas avoir encore pris connaissance du rapport du comité d’experts.

Néanmoins, elle est catégorique. «Nous offrons une formation de 180 heures à nos membres. Comme podologue, notre rôle est d’offrir des soins de confort, comme tailler et amincir les ongles, réduire les cors et les callosités – rien à voir avec des actes chirurgicaux. Lorsqu’un podologue voit des signes anormaux chez le patient, il doit le diriger vers un professionnel.»

Plus d’encadrement pour les soins de pieds

Pour y voir plus clair dans le rôle des différents intervenants, le comité d’experts a élaboré un cadre d’actions sous forme de tableau à l’intention des professionnels et des non professionnels.

Le cadre est défini en fonction de quatre niveaux de soins de pieds:

  • soins esthétiques (beauté des pieds);
  • soins de base (hygiène et confort);
  • soins intermédiaires (intégrité de la peau/des ongles, prévention des ulcères, etc.);
  • soins avancés (traitement des plaies, etc.).

Pour chaque niveau de soins, le tableau présente diverses situations: type de clientèle, offre de services, intervenants visés et activités permises.

«Le comité a dressé une liste d’activités que peuvent faire en toute sécurité les non-professionnels», résume Martine Gosselin.

Qui fait quoi?

Les podologues doivent, en gros, se limiter aux soins esthétiques et aux soins de confort. Parmi ces soins de base, on compte, notamment, la réduction des cors et des callosités (en l’absence de lésions), la coupe des ongles, l’application de crème.

Le podologue ne peut intervenir qu’auprès de personnes n’ayant pas de problèmes de santé à haut risque de complications aux pieds, comme le diabète, et il ne peut utiliser d’instruments tranchants (il ne peut poser d’actes «effractifs», qui pénètrent au-delà de l’épiderme).

Quant aux professionnels de la santé, leur champ d’expertise est déjà bien défini par un cadre légal et réglementaire.

Ainsi, en vertu du Code des professions, une infirmière auxiliaire peut prodiguer des soins et des traitements reliés aux plaies et aux altérations de la peau et des téguments, selon une ordonnance ou selon le plan de traitement infirmier. Ce plan de traitement est donc une condition préalable pour l’infirmière auxiliaire.

Néanmoins, certains soins à risque élevé, comme le débridement de cors et de callosités, le traitement de mycose des ongles ou la réduction d’hyperonychie, peuvent demander l’application d’un plan de traitement infirmier, podiatrique ou médical (voir Le champ d’exercice et les activités réservées des infirmières et infirmiers).

Quant aux podiatres, ils traitent les maladies, les infections, les difformités et les blessures aux pieds. Ils peuvent, par exemple, éliminer les verrues, traiter les oignons, opérer les ongles incarnés (et autres affections mineures) et administrer certains médicaments. Ils doivent être membres de l’Ordre des podiatres du Québec.

Guide à l’intention des podologues

L’Ordre des podiatres poursuit sa croisade et prévoit publier, au courant de l’année, un guide sous forme de questions-réponses à l’intention des intervenants non professionnels.

>> À lire aussi: À qui confier les soins de vos pieds?

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