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Un moteur toujours défectueux après 26 visites au garage en 4 ans

Par George Iny directeur de l’Association pour la protection des automobilistes
moteur-subaru-outback Everyonephoto Studio/Shutterstock.com

La propriétaire d’une Subaru a obtenu 20 000 $ du constructeur pour un citron qui consommait de l’huile à outrance.

Au début de l’année 2015, le fils de Caroline Simard reçoit un diagnostic de cancer rare nécessitant des traitements dans un hôpital de Toronto et au CHEO, l’hôpital pour enfants de l’est de l’Ontario. Ses parents ont vite compris qu’ils auraient besoin d’un véhicule fiable pour se rendre aux rendez-vous médicaux et pour les urgences.

Avant de faire leur achat, ils demandent à leur vendeur, chez Subaru Outaouais, si le constructeur a résolu les problèmes de consommation d’huile de ses moteurs dont ils ont entendu parler. Le vendeur, une personne d’expérience, leur assure que c’est chose du passé.

En février 2015, Mme Simard et son mari reçoivent leur nouvelle Subaru Outback. À peine trois mois plus tard, les problèmes commencent. Ils se multiplieront pendant quatre ans, jusqu’à ce que Mme Simard demande à la cour l’annulation du contrat d’achat pour déficit d’usage et vices cachés.

26 visites au garage en 4 ans

Février 2015: Le voyant d’huile s’allume. Le concessionnaire assure que c’est normal pendant le rodage et qu’il faut surveiller le niveau d’huile et en ajouter au besoin.

Août 2016: Estimant que la période de rodage est largement dépassée, Caroline Simard insiste pour qu’on corrige le problème. Le concessionnaire lance un test de consommation d’huile de plusieurs milliers de kilomètres qui révèle que le moteur consomme de 1 à 1,5 L d’huile tous les deux mois. Subaru Outaouais exige que l’essai soit refait en raison d’une vidange d’huile manquée lors de l’essai.

Novembre 2017: Le concessionnaire et Subaru Canada reconnaissent enfin qu’il y a un problème et remplacent le moteur sous garantie. L’odomètre indiquait alors 68 000 km.

Juin 2018: De la fumée sort du capot et du liquide est projeté dans le pare-brise (probablement du liquide de refroidissement moteur sous pression). Mme Simard fait remorquer la voiture de l’hôpital d’Ottawa jusqu’au garage du concessionnaire.

Juillet 2018: L’avertissement de bas niveau d’huile se déclenche à nouveau pendant que la famille est aux Îles-de-la-Madeleine. Joint par téléphone, Subaru Outaouais leur suggère de continuer à rouler et de surveiller le niveau d’huile. Le Outback consomme 4 L d’huile pendant leur trajet.

De retour de vacances, Caroline Simard et son conjoint demandent à un responsable de Subaru Outaouais de reprendre le véhicule, ce qu’il refuse. Bien qu’il ait par la suite nié l’avoir dit, le directeur aurait mentionné que certains modèles Subaru à transmission manuelle avaient tendance à consommer de l’huile à outrance et que le concessionnaire avait deux ou trois cas similaires chaque année.

Automne 2018: Des réparations sont effectuées sur le moteur à l’automne et le concessionnaire garde le Outback pendant plus d’un mois pendant la période des vacances de Noël.

Janvier 2019: 11 jours après avoir été remis à Mme Simard, le Outback surchauffe. Il est renvoyé chez le concessionnaire.

Mars 2019: Le moteur surchauffe, alors que Caroline Simard et son mari sont à 600 km de chez eux. Dans les semaines suivantes, ils demandent à nouveau à Subaru Outaouais de reprendre leur véhicule. Le concessionnaire leur offre 14 000 $ – une somme dérisoire pour un véhicule payé 33 000 $ – et indique qu’il vendra probablement la voiture sans la réparer. Le couple juge, à juste titre, l’offre inadéquate, inquiet à l’idée que ses problèmes soient refilés à un autre client, sans avertissement.

Mai 2019: Caroline Simard envoie une lettre recommandée à Subaru Outaouais et Subaru Canada, leur demandant de reprendre la voiture et de payer un lourd montant pour les dommages. Le concessionnaire répond qu’il refuse d’effectuer tout travail sur le véhicule jusqu’à ce que Mme Simard signe une décharge complète de toute réclamation en justice. Celle-ci fait alors appel à Subaru Canada, qui la renvoie à Otto’s Subaru, à Ottawa, le concessionnaire le plus établi pour la marque dans la région.

Été 2019: Otto’s conserve le Outback pendant plus de trois mois pour remplacer le moteur. Deux semaines après avoir récupéré son véhicule, Mme Simard l’apporte au Centre de service diesel Sam’s, à Ville Saint-Laurent. Le propriétaire, Sam Kassam, est un expert en moteurs qui aide les membres de l’APA depuis plus de 40 ans.

La visite confirme que le nouveau moteur fonctionne bien, mais... qu’il manque d’huile! Sam note qu’il manque également un couvercle au niveau du volant du moteur (flywheel). Au cours des deux visites suivantes, Otto’s installe la pièce de moteur manquante et note que le moteur a consommé 2 L d’huile.

Pour Subaru, tout va bien

Après quatre ans, 98 000 km et 26 visites chez des concessionnaires Subaru, Caroline Simard juge que c’en est trop. Elle contacte l’avocat au service des membres de l’APA, Me Jacques Castonguay, pour poursuivre Subaru Outaouais et Subaru Canada. Elle demande l’annulation de la vente et 25 000 $ en dommages-intérêts.

Au procès, Subaru Canada et le concessionnaire soutiennent que le moteur fonctionnait très bien en novembre 2019. Pour eux, ajouter de l’huile «de temps en temps» n’était pas un gros problème. Leur offre se limite à un rabais de 20 % (6 757 $) sur le prix d’achat initial et 6 000 $ supplémentaires pour les inconvénients. Le vendeur, qui ne travaille plus pour Subaru Outaouais, ne vient même pas témoigner des (fausses) déclarations qu’il aurait faites pour conclure la vente.

Des dommages-intérêts inhabituels

Le juge Luc Huppé de la Cour du Québec a annulé la vente et a accordé à Caroline Simard 20 000 $ pour troubles et inconvénients. Le montant élevé des dommages-intérêts est très inhabituel au Québec, tout comme une annulation de vente après près de cinq ans et 100 000 km en service.

La cour a pris en compte le fait que les concessionnaires Subaru Outaouais et Otto’s et Subaru Canada ont utilisé une variété de tactiques dilatoires, incitant la consommatrice à croire que le problème pouvait être réglé lors de leurs interventions ponctuelles, sans jamais résoudre la plainte initiale (et probablement que l’acheteur a poursuivi les réparations avec diligence tout au long).

Un problème bien connu

Les problèmes de consommation d’huile sur les moteurs Subaru sont bien connus et liés à la conception des segments de piston qui assurent l’étanchéité de l’huile du moteur. Subaru Canada a connu ce problème sur de nombreux modèles 2011-2015 et a allongé la garantie à 8 ans ou 160 000 km, mais l’APA continue de recevoir des rapports occasionnels de consommation excessive d’huile sur les modèles 2016 et 2017, habituellement des véhicules à transmission manuelle.

Lorsqu’ils remontent un moteur Subaru, des experts indépendants spécialisés dans la marque remplacent souvent les segments et les pistons d’origine par des composants améliorés.

Dans la décision de la cour, Subaru Outaouais ressort à la fois comme menteuse et incompétente. Cependant, les concessionnaires ont parfois une marge de manœuvre limitée dans des situations comme celle-ci: ils sont tenus d’utiliser les pièces d’origine et d’appliquer les politiques dictées par leur constructeur pour les réparations sous garantie. Et lorsqu’un concessionnaire est coincé, la solution la plus simple est parfois de blâmer le client plutôt que de subir une perte sur la vente.

Une protection nécessaire contre les citrons

Ce cas illustre pourquoi on a besoin d’une protection particulière pendant les trois ou cinq premières années d’une auto neuve si on a malencontreusement acheté un citron. Les constructeurs automobiles ne sont tout simplement pas prêts à reprendre les véhicules gravement défectueux ou irréparables, même si les garanties provinciales sur les produits reconnaissent le droit de le demander.

L’APA constate que les changements rapides de la technologie ont contribué à mettre hors service de tout nouveaux véhicules de plusieurs marques automobiles pendant plusieurs semaines, voire des mois, tandis que les concessionnaires attendent les pièces et le soutien technique du constructeur pour résoudre les problèmes. À un moment donné, le client mérite le droit de remettre le véhicule sans attendre de subir un procès lorsqu’un véhicule est gravement défectueux.

Si vous résidez au Québec, vous pouvez signer la pétition qui circule dans la province. Si les appuis sont nombreux, le gouvernement qui remportera les prochaines élections provinciales pourrait être convaincu de légiférer.

La décision complète dans Simard c. Subaru Outaouais et Subaru Canada (Dossier no 500-22-261759-206) est disponible en ligne en français.

>> À lire aussi: 10 véhicules qui carburent à l’essence… et à l’huile et Fiabilité: les meilleurs et les pires moteurs du marché

 

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  • Par Andree Paris
    19 Septembre 2022

    26 visites au garage en 4 ans pour un problème de moteur d'une voiture achetée neuve en 2015 c'est pire qu'un citron puisque même ma minoune achetée neuve en 2012 ne s'est jamais rendue à 2 visites au garage en 10 ans pour ce genre de problème non plus.

  • Par Odette Hélie
    17 Septembre 2022

    On me dit que pour répondre à peu de frais aux exigences des gouvernements en matière de consommation d'essence, les constructeurs ont conçu des moteurs avec des cylindres moins étanches. Moins de friction, meilleure consommation mais plus d'huile brûlée dans l'environnement. Gain environnemental final : zéro point barre. Pourquoi les gouvernements n'ont-ils toujours pas réajuster le tir ??? Il faut injecter plus de matière grise dans la conception des autos et moins de tape-à-l'oeil même si c'est ce que beaucoup de consommateurs veulent !!