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Les «savoirs essentiels» à privilégier au primaire et au secondaire

Par Marie-Eve Shaffer
matieres-essentielles

Fermetures d’école, isolement de classe, retrait préventif, enseignement à distance… Les élèves québécois ont perdu de nombreuses heures de cours depuis la rentrée, ce qui pourrait nuire à leur réussite scolaire et à leur apprentissage. Le ministère de l’Éducation élaguera donc les programmes et déterminera les «savoirs essentiels incontournables» à acquérir d’ici juin.

Le ministère de l’Éducation va déposer d’ici la fin du mois de janvier un guide présentant les notions à enseigner en priorité dans les prochains mois.

L’allègement du programme scolaire, tant au primaire qu’au secondaire, a été recommandé au ministre Jean-François Roberge par un groupe d’experts, dont fait partie Égide Royer, psychologue et spécialiste de la réussite scolaire.

Actuellement, environ un élève québécois sur trois éprouve des difficultés scolaires, notamment en raison des bouleversements engendrés par la pandémie de COVID-19. «En temps normal, un jeune sur cinq a besoin de services particuliers», indique M. Royer.

Les syndicats des enseignants ont aussi pressé le gouvernement du Québec de réviser le programme scolaire. «On ne peut pas demander aux profs d’enseigner la totalité du programme et de faire du rattrapage pour les semaines perdues l’an dernier», avance le président de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), Sylvain Malette.

Six enseignants sur 10 (62,4 %) appartenant à un syndicat membre de la FAE ont indiqué cet automne que le ministère de l’Éducation devrait déterminer les savoirs essentiels à enseigner, tant au primaire qu’au secondaire. La proportion grimpe à 91 % si l’on tient compte de ceux qui estiment que les enseignants ou les directions d’écoles devraient prendre de telles décisions.

À peine 11,85 % des répondants au sondage de la FAE ont soutenu être en mesure de transmettre toutes les notions prévues au programme scolaire.

Les priorités au primaire

Parmi les savoirs essentiels à privilégier au primaire, il y a la lecture, selon Égide Royer. «Si vous prenez du retard en lecture à cause de la COVID-19, ça sera plus dommageable dans la poursuite de vos études que s’il vous manque une notion que vous serez en mesure d’acquérir plus tard», souligne l’expert. Il donne comme exemple des connaissances de géographie, que les élèves peuvent très bien approfondir ultérieurement.

Les mathématiques doivent aussi être privilégiées dans la planification des enseignants, d’après Égide Royer.

Les cours spécialisés, comme la musique, les arts plastiques et l’éducation physique, devraient aussi être maintenus, selon Jonathan Bluteau, professeur du département d’éducation et formation spécialisées de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). «Ces disciplines font du bien et elles sont favorables en contexte de crise», note-t-il.

La FAE suggère pour sa part que les enseignants puissent profiter des périodes d’éthique et culture religieuse pour faire de la récupération en français et en mathématique.

Les savoirs essentiels au secondaire

Pour les élèves du secondaire, toutes les matières doivent être révisées pour déterminer les connaissances importantes à acquérir, selon Égide Royer. Il ajoute qu’avec les services de tutorat qui seront offerts sous peu, ceux qui connaissent des difficultés seront plus à même d’atteindre les objectifs.

La Fédération des syndicats de l’enseignement de la CSQ et l’Association provinciale des enseignantes et des enseignants du Québec ont pour leur part proposé d’annuler les activités d’enseignement touchant l’orientation scolaire et professionnelle, l’éducation à la sexualité et la réanimation cardiorespiratoire, pour laisser plus de temps aux savoirs essentiels.

Au-delà du soutien scolaire

Des camps d’été pédagogiques devraient être créés pour aider les jeunes du secondaire, mais aussi ceux du primaire, qui auront accumulé du retard, estime M. Royer. La FAE a formulé la même proposition en demandant que ces cours soient offerts gratuitement au plus grand nombre d’élèves possible.

Au-delà des nombreuses initiatives instaurées pour aider les élèves du secondaire en difficulté, il faut aussi mettre en place les conditions qui leur permettront de réussir. Pendant l’adolescence, la socialisation est primordiale, insiste Jonathan Bluteau.

«Si on coupe la socialisation, on coupe un aspect du développement, ce qui va leur nuire dans toutes les sphères de leur vie», dit-il en soulignant toutes les difficultés à répondre à ce besoin pendant la pandémie.

Les jeunes âgés de 16 ans qui se donnent beaucoup de peine pour poursuivre leur cheminement scolaire et qui présentent un risque élevé de décrochage scolaire devraient ainsi retenir l’attention des équipes-écoles, d’après le professeur de l’UQAM.

La contribution des parents

Tous les experts interrogés s’entendent pour dire que les parents ne doivent pas accentuer la pression sur leurs enfants, même s’ils éprouvent des difficultés scolaires.

«Le mantra, c’est qu’on enlève la pression, autant pour les jeunes que pour les parents et les enseignants. Ce n’est pas ordinaire ce qu’on vit», fait remarquer Égide Royer.

Au primaire, les parents devraient suivre les directives des enseignants sur les meilleurs moyens d’aider leur enfant alors qu’au secondaire, ils devraient l’encourager à se donner une routine qui s’apparente à celle de l’école. «Savoir comment s’organiser est l’une des habiletés les plus importantes à acquérir au secondaire», note M. Royer.

Le président de la FAE indique pour sa part que les parents ne doivent pas se substituer aux enseignants, et vice-versa. Chacun doit tenter de comprendre les difficultés de l’autre. «Il faut que les gens se parlent et qu’ils soient en mesure de le dire si ça ne fonctionne pas», suggère M. Malette.

Enfin, l’adhésion des parents aux mesures sanitaires mises en place dans le milieu scolaire peut aussi contribuer à créer un climat propice aux apprentissages.

«Il faut que le parent soit en cohérence avec le message social. Si le parent est agressif et réfractaire, les enfants ne l’auront pas facile», souligne Jonathan Bluteau.

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