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Radon : l’ennemi invisible de la maison

Par Amélie Cléroux
radon

Le radon s’infiltre dans les bâtiments, et si vous y êtes exposé à long terme, une concentration élevée peut provoquer un cancer du poumon. Voyez comment tester la concentration de ce gaz chez vous et remédier au problème.

Des maisons qui capturent le radon
Une concentration à surveiller
Faire le test
Des travaux pour réduire le taux de radon
Bâtir sur de bonnes bases
Que faire si vous êtes locataire?

Le radon est un gaz radioactif qui s’invite dans les maisons depuis belle lurette. Il provient de la désintégration naturelle du radium, un sous-produit de l’uranium présent partout sur la planète dans le sol, les roches et l’eau.

Comme il se retrouve dans toutes les résidences, la question est de savoir à quel point la vôtre en renferme. D’ailleurs, votre niveau d’exposition a peut-être changé au cours des dernières années : faites-vous du télétravail dans votre sous-sol? Avez-vous déménagé dans une nouvelle habitation? Certaines circonstances pourraient être à l’origine d’un contact accru avec cet ennemi invisible. Pour le savoir, il faut effectuer des mesures.

Prisonnier de votre domicile, ce gaz – incolore, inodore et sans goût – peut s’y accumuler pour atteindre des concentrations élevées et augmenter vos risques de développer un cancer du poumon. C’est même la première cause de cette maladie chez les non-fumeurs, selon Santé Canada. Notez que les risques sont aussi beaucoup plus élevés du côté des fumeurs et des anciens fumeurs qui y sont exposés. D’après les estimations de Santé Canada, 16 % des décès dus à ce type de cancer sont liés à l’exposition au radon dans les propriétés.

La menace est donc bel et bien sérieuse.

Des maisons qui capturent le radon

Le radon pénètre dans les bâtiments par les ouvertures en contact avec le sol : les fissures de la dalle de béton et du mur de fondation, les conduits de drainage, les sols en terre battue, les vides sanitaires, les puisards, etc.

« Le phénomène qu’on appelle “l’effet cheminée” est responsable de la plus grande partie de l’infiltration de radon », souligne Mathieu Brossard, expert en rayonnement à Santé Canada. C’est que l’air plus chaud et moins dense contenu à l’intérieur de la résidence cherche à s’élever et à fuir par la partie supérieure du bâtiment. Pour combler cette perte, de l’air provenant du sol est alors aspiré par la partie inférieure… et, avec lui, du radon.

Une fois à l’intérieur, ce gaz, plus dense que l’air, s’accumule davantage dans les pièces les plus basses et les moins ventilées (ou aérées) de la maison, par exemple au sous-sol.

Libéré dans l’air, le radon se décompose en fines particules radioactives qui se fixent à la poussière que chacun respire et qui se retrouvent dans les poumons, comme l’explique le Dr Jean-Claude Dessau, médecin et expert en radon pour le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS).

« Si ces particules frappent un fragment d’ADN, cela peut faire en sorte que la cellule se divisera de façon anormale, ce qui peut mener au développement d’un cancer, indique-t-il. Il est heureusement peu fréquent qu’une cellule soit ainsi atteinte, mais plus on est bombardé de ces particules radioactives, plus les risques sont importants. »

detection-radon - Source : Ressources naturelles Canada.

Une concentration à surveiller

Le radon n’est jamais bon pour la santé : « Il n’y a pas de risque zéro, affirme le Dr Dessau. Mais on n’a pas le choix de tolérer des risques qu’on ne tolérerait avec aucun autre contaminant. » Cela dit, chacun doit limiter sa concentration chez lui pour éviter d’y être surexposé.

Santé Canada établit un seuil maximal recommandé à 200 becquerels par mètre cube (Bq/m3) pour les habitations. Un becquerel est une unité qui mesure l'émission de radiation par seconde. « Ce n’est pas une concentration de radon sécuritaire; c’est un seuil d’action », nuance Mathieu Brossard. Autrement dit : à cette concentration, les risques sont importants, et vous devez faire quelque chose. « On ne découragerait personne de faire des travaux correctifs en bas de ce seuil s’il juge que les niveaux sont trop élevés », poursuit le spécialiste.

Il faut souligner que la recommandation de l’Organisation mondiale de la santé se veut plus stricte que celle de Santé Canada : elle est de 100 Bq/m3.

Au Québec, 1 maison sur 10 présente un taux supérieur au seuil de 200 Bq/m3, selon les estimations faites par Santé Canada à la suite de son Enquête pancanadienne sur les concentrations de radon dans les habitations (publiée en 2012). Or, des chiffres récents de l’Association pulmonaire du Québec (APQ) sont plus inquiétants. Les résultats des tests vendus par l’organisme (et collectés de façon anonyme) font plutôt état d’une proportion de 1,7 maison sur 10 (17 %).

« Ces données sont intéressantes, mais il ne faut pas non plus présumer qu’elles sont représentatives de tout le Québec », avertit Mathieu Brossard. Par exemple, les campagnes de sensibilisation de Santé Canada ont été axées dans les zones où une concentration élevée était plus probable. Cela pourrait avoir contribué à ce que les résidents de ces secteurs mesurent davantage les teneurs en radon dans leur domicile que ceux d’ailleurs et, du même coup, expliquer que les taux relevés soient généralement supérieurs.

En effet, un plus grand nombre de cas ont été répertoriés dans certaines régions, comme en Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, dans le Bas-Saint-Laurent, en Outaouais et dans les Laurentides. Néanmoins, Mathieu Brossard rappelle qu’il n’existe pas de régions sans risque pour le radon, que vous viviez en campagne ou dans les grands centres urbains. Par ailleurs, d’un voisin à l’autre, le portrait peut se révéler très différent.

Le seul moyen d’en avoir le cœur net? Mesurer le taux de radon chez vous.

Faire le test

Il est recommandé d’effectuer un test sur une longue durée, qui prendra des mesures pendant au moins trois mois. Ainsi, faites-le entre les mois d’octobre et d’avril, durant lesquels la maison est chauffée et moins aérée. Il est aussi possible de procéder à un test qui s’étend sur une année complète.

Pour ce faire, vous avez à disposer un appareil de mesure – appelé dosimètre – dans votre maison. Suivez bien les instructions pour savoir quoi faire et où le déposer. Par exemple, vous devez placer le dosimètre dans l'aire occupée se trouvant au plus bas niveau de votre habitation. Si votre sous-sol est occupé pendant au moins quatre heures par jour, faites-y le test. Si ce n’est pas le cas, effectuez-le plutôt au rez-de-chaussée.

Une fois la période de mesure terminée, vous devrez faire parvenir l’appareil au laboratoire qui y est rattaché, et c’est lui qui vous communiquera les résultats.

Vous pouvez commander un dosimètre notamment auprès de l’APQ et de CAA-Québec pour 45 $, ce qui inclut les frais d’analyse, cette dernière étant réalisée par la compagnie AccuStar (ajoutez une quinzaine de dollars pour l’envoi postal au laboratoire). Vous obtiendrez les résultats quelques semaines plus tard.

Sachez qu’il existe d’autres manières de mettre la main sur un test de radon, notamment en vous adressant à ACE Laboratoires (situés à Longueuil), seuls laboratoires québécois certifiés pour procéder à l’analyse du radon. Le test vous coûtera toutefois un peu plus cher : de 70 à 90 $ pour la location de leur appareil de mesure et l’analyse des résultats, plus des frais d’expédition si nécessaire.

Si, une fois que vous avez obtenu les résultats du test, ceux-ci suggèrent un taux élevé de radon, vous devriez apporter des correctifs à votre propriété. Les délais recommandés pour effectuer les travaux varient selon la concentration moyenne relevée. Entre 200 et 600 Bq/m3, vous devriez faire exécuter les travaux dans un délai de moins de deux ans; si le taux dépasse 600 Bq/m3, il faudrait y voir en moins d'un an.

 Plus de tests que jamais

Jusqu’à 19 559 dosimètres, ces appareils qui mesurent le radon, ont été vendus par l’Association pulmonaire du Québec entre avril 2020 et mars 2021, soit près du double de l’année précédente. C’est aussi environ neuf fois plus d’appareils vendus qu’il y a cinq ans.

dosimetre - Source : Association pulmonaire du Québec.

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Des travaux pour réduire le taux de radon

Si aérer la maison et ouvrir les fenêtres sont des gestes qui s’avèrent bénéfiques, ils ne sont pas assez efficaces lorsqu’une concentration élevée de radon est mesurée, et cela ne corrige pas le problème à la source. Pour régler la situation, le MSSS et Santé Canada recommandent aux gens de communiquer avec un entrepreneur certifié en atténuation du radon par le Programme national de compétence sur le radon au Canada (PNCR-C), qui évaluera la situation.

« La méthode la plus simple, la plus économique et la plus efficace est l’installation d’un système de dépressurisation actif sous dalle. On crée une pression négative constante sous la dalle de béton et on évacue l’air vers l’extérieur de la maison à l’aide d’un système de tuyauterie et d’un ventilateur », détaille Joël Valois, président d’Action-Radon, une entreprise spécialisée et certifiée en atténuation du radon. C’est d’ailleurs la méthode à privilégier, selon la Norme nationale du Canada en mesures d’atténuation du radon dans les maisons et petits bâtiments existants.

Une sortie d’air verticale – avec le ventilateur dans le grenier – ou latérale – avec le ventilateur dans le garage ou le sous-sol – pourra par exemple être disposée. De plus, l’entrepreneur souligne que, s’il y a une pompe de puisard (sump pump en anglais), celle-ci devra être scellée pour ne pas nuire à l’efficacité du système. Les travaux prennent tout au plus une journée, d’après Joël Valois, et leur coût s’élève à entre 2 500 et 3 500 $ en moyenne.

Bien exécutée, l’installation du système garantit un taux de radon inférieur à 100 Bq/m3, mais cette teneur pourrait diminuer davantage; jusqu’à 90 % du taux initial relevé. Il est à noter que le taux de radon devra à nouveau être testé après les travaux, puis vérifié aux trois ans environ par la suite.

Bâtir sur de bonnes bases

Dans leur étude publiée en 2019 dans la revue Nature, les chercheurs de l’organisme à but non lucratif Evict Radon observent que les maisons plus récentes affichent une plus haute teneur en radon. L’étanchéité supérieure des constructions récentes pourrait expliquer cette tendance, selon l’organisme dirigé par le Dr Aaron Goodarzi, de l’Université de Calgary, qui est titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la maladie causée par l’exposition aux radiations.

Si Santé Canada se refuse à tirer de telles conclusions, surtout à l’échelle du pays, Mathieu Brossard convient qu’il y a matière à réflexion concernant les normes de construction : « Si on ne prend pas de mesures d’étanchéisation au niveau des fondations et qu’on augmente seulement la performance de l’enveloppe au-dessus du sol, c’est sûr qu’on se met dans des situations pour créer des problèmes. »

Au moment de construire une maison, certaines actions peuvent contribuer à réduire les risques d’infiltration de radon; pensons notamment à l’installation d’une membrane adéquatement scellée sous la dalle de béton. Par ailleurs, un système de raccord préventif peut être installé dans l’éventualité où des travaux d’atténuation sont nécessaires. Lors de la construction, ces coûts s’élèvent à moins d’une centaine de dollars, de l’avis de Marco Lasalle, directeur du service technique à l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ)

En décembre 2020, la Régie du bâtiment du Québec (RBQ) a déposé un projet de modification pour la nouvelle édition du Code de construction incluant ces mesures, mais stipulant toujours que seules les constructions situées dans les zones où il est reconnu que les émanations de gaz souterrains constituent un danger devaient s’y contraindre. Cela a, entre autres, été critiqué par l’APCHQ, qui aimerait que ces mesures s’étendent partout au Québec. Par ailleurs, la seule zone à risque identifiée est Oka. Au moment d’écrire ces lignes, à l’automne 2021, la nouvelle édition du Code n’était toujours pas en vigueur et la Régie n’était pas en mesure de nous dire quels changements y seraient apportés.

Quoi qu’il en soit, « pour les bâtiments unifamiliaux, il appartient à la Ville d’adopter une réglementation de construction », précise Marco Lasalle. Les municipalités peuvent donc exiger des standards différents du Code de construction, qu’ils soient supérieurs ou inférieurs (par exemple s’ils sont tirés d’une ancienne édition du Code).

Informez-vous auprès de votre municipalité ou de votre constructeur pour savoir si des normes pour limiter l’infiltration du radon sont prévues et pour connaître lesquelles exactement.

Que faire si vous êtes locataire?

Il n’y a pas de règles pour exiger d’un propriétaire qu’il mesure le taux de radon ou qu’il entame des travaux d’atténuation de ce gaz. Toutefois, il existe une jurisprudence au Tribunal administratif du logement.

En effet, l’équipe de La facture de Radio-Canada a révélé un cas en 2019, reconfirmé en appel en 2021, pour lequel le Tribunal a déclaré que les concentrations de radon de 699 Bq/m3 relevées par un test exécuté par les locataires en question rendaient le logement impropre à l’habitation. Il a statué que ceux-ci avaient le droit de mettre fin au bail avant terme et a obligé le propriétaire à payer des frais de 2 000 $ pour le déménagement et de 1 000 $ en dommages moraux. N’hésitez pas à donner en exemple ce jugement rendu à votre propriétaire récalcitrant, le cas échéant.

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  • Par LOUIS MARIE POISSANT
    27 Novembre 2021

    J'ai été responsable de ce dossier en Outaouais et je me permets d'insister sur ce qu'a dit Jean-Claude Dessau:
    Il peut y avoir du radon partout. Sous la plaine argileuse de la mer Champlain (basses terres du Saint-Laurent, il y a d'autres roches. Le radon étant un gaz, il remonte par des chemins qu'il se fait vers la surface.