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Par Rémi Leroux
carboneutralite

Sans être LE remède qui sauvera la planète, la compensation carbone constitue un outil facile à utiliser pour minimiser votre empreinte environnementale et progresser dans la transition écologique. À condition de l’utiliser intelligemment et pas juste pour vous sentir moins coupable de voyager en avion ou de conduire une voiture. Survol des pour et des contre de cette offre de service hors du commun.

Compenser ses émissions de GES, un levier
À l’État de jouer
Pour réduire nos GES, il faudra s’adapter

Certains fournisseurs de compensation carbone prétendent offrir la meilleure façon d’effacer tous vos péchés environnementaux et d’atteindre la « carboneutralité ». Mais ne vous y méprenez pas : tenter d’être carboneutre en achetant des crédits carbone ne signifie pas que vous ne polluerez plus, affirment en chœur les experts interrogés pour ce dossier. 

« La compensation est un outil pour accompagner une transition écologique équilibrée, explique André-Yanne Parent, directrice générale de la branche canadienne de l’organisation The Climate Reality Project. Mais, si nous ne changeons rien à nos modes de vie, ce moyen vient juste s’ajouter au panier du consommateur, qui se dit : puisque je compense, je peux continuer à consommer ! » 

Surtout que, comme le marché volontaire est accessible pour le porte-monnaie de monsieur et madame Tout-le-Monde, il peut être tentant de contrebalancer vos trajets en VUS en plantant quelques arbres plutôt que de réduire vos émissions en achetant un véhicule électrique. 

Une étude du groupe de réflexion européen Pour la solidarité pointe d’ailleurs en ce sens. La compensation permet « d’effacer le sentiment d’inconfort lié au fait d’être responsable d’émissions. [...] Un particulier peut donc très bien tripler ses émissions et les compenser pour se prétendre neutre en carbone », résument les chercheurs.

Compenser ses émissions de GES, un levier

Faut-il pour autant renoncer à compenser ? Selon Normand Mousseau, professeur de physique à l'Université de Montréal et directeur académique de l'Institut de l'énergie Trottier à Polytechnique Montréal, la compensation carbone peut entraîner une prise de conscience et une réflexion plus globale sur les enjeux environnementaux. 

Par ailleurs, « si les projets sont solides et les crédits carbone, rigoureux, vous n’achetez pas une indulgence verte ; vous achetez un service. Et dans le cas des projets d’énergie renouvelable et d’efficacité énergétique, ce service permet d’accélérer la transition énergétique », ajoute Karel Mayrand, directeur général de la division Québec et Atlantique de la Fondation David Suzuki.

Vous pouvez aussi choisir de doubler votre compensation carbone. Par exemple, si vous êtes responsable de l’émission de deux tonnes CO2eq, vous en compensez quatre. 

« Étant donné que nous sommes encore dans l’âge du pétrole, que bien des gens l’utilisent pour leur survie et que nos petits-enfants vont probablement en utiliser encore un peu, nous leur donnons une marge de manœuvre en compensant deux fois. Ça nous permet, en quelque sorte, de réparer le passé et de préparer l’avenir », suggère Claude Villeneuve, directeur de la Chaire en éco-conseil de l’Université du Québec à Chicoutimi et du projet de plantation Carbone boréal.

Si la compensation carbone s’avère un outil intéressant pour atténuer votre empreinte environnementale, la vraie solution consiste à réduire vos émissions de gaz à effet de serre (GES). 

Dans plusieurs pays, des citoyens posent d’ailleurs des gestes concrets dans ce sens. En Suède, par exemple, la « honte de prendre l’avion » (flygskam) et de contribuer aux effets néfastes du transport aérien sur l’environnement gagne du terrain. De plus en plus de personnes choisissent donc de voyager localement plutôt que de s’évader à l’autre bout du monde. Au Canada, la consommation de bœuf, qui génère des quantités importantes de GES, recule depuis plusieurs années.

Pour Mélanie Le Berre, analyste de politiques climatiques à la Fondation David Suzuki, d’autres leviers doivent néanmoins être activés. Outre les gros pollueurs qui n’ont pas le choix de contrebalancer leurs émissions de GES, « de nombreuses petites et moyennes entreprises devraient envisager de réduire et de compenser leurs émissions », estime-t-elle. 

Un moyen concret pour y arriver : restreindre les voyages en avion. « Certains employeurs limitent les déplacements et compensent ceux qui ne peuvent pas être annulés », détaille l’analyste. Elle y voit même un enjeu de compétitivité pour retenir des employés, voire en attirer de nouveaux.

À l’État de jouer

Mais la lutte contre les dérèglements climatiques doit aussi et surtout passer par un engagement fort des États à travers des politiques environnementales ambitieuses et contraignantes. Dans le secteur automobile, par exemple, les mesures prises jusqu’à présent – notamment une taxe instaurée en 2019 sur les principaux produits émetteurs de GES, dont l’essence – ne sont manifestement pas suffisantes, jugent plusieurs observateurs. 

Parallèlement à l’électrification des transports qui s’est accélérée ces dernières années, certains spécialistes suggèrent l’instauration d’une taxe kilométrique (payer en fonction des kilomètres parcourus) ou d’une taxe à l’achat d’un véhicule énergivore. 

Normand Mousseau soulève également l’idée d’une taxe sur le carbone ajouté. Cette « TCA » s’appliquerait à l’ensemble des biens de consommation selon les GES qu’ils émettent. Une idée complexe à mettre en œuvre, mais qui permettrait de faire des choix de consommation… moins polluants.

Pour réduire nos GES, il faudra s’y adapter

Mélanie Le Berre rappelle l’importance, en tant que société, de s’adapter à la réalité des changements climatiques. « Certains sont irréversibles, et nous en subissons déjà les conséquences », dit-elle, citant les inondations qui ont frappé le Québec ces dernières années, ou encore les longs épisodes de canicule, les incendies majeurs qui surviennent partout sur la planète, etc.

« En développant des infrastructures vertes dans nos villes, en protégeant nos territoires contre la déforestation et l’exploitation des ressources fossiles, nous favorisons la santé de nos écosystèmes. Or, c’est grâce à eux que nous serons plus résilients face aux changements climatiques », résume-t-elle.

Finalement, estiment nos experts, à défaut de pouvoir enrayer complètement vos émissions de GES – ce qui est illusoire –, la compensation carbone reste un outil à votre portée pour prendre part de façon active à la transition écologique.

>> À lire aussi: Comment réduire vos émissions de GES

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