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Jeux de société : traduire ou ne pas traduire le titre ?

Par Sylvain A. Trottier Mise en ligne : 11 novembre 2019  |  Magazine : décembre 2019 Photos: Fabricants

jeux-anglais Photos: Fabricants

Si au Québec le titre de tous les films est traduit en français, ce n’est pas le cas pour celui des jeux de société. Question de marketing ?

One Key, Space Gate Odyssey, Just One : la sélection de jeux de société testés cette année par Protégez-Vous regorge de titres en anglais. Ce constat semble la norme dans le monde des jeux de société, même pour les jeux dont le contenu est traduit en français ou dont l’éditeur original est basé dans un pays francophone. 

En effet, quand on prend en compte la totalité des 170 jeux que nous avons évalués au fil des ans, seulement 32 % sont titrés en français, contre 41 % en anglais. On remarque également que 17 % des jeux évalués ont une appellation inventée (ex. : Braintopia et Quadropolis) ou dans une langue autre (ex. : Leg Los! [« Allons-y ! » en allemand] et Takenoko [« pousse de bambou » en japonais]), et que quelques autres affichent un titre mi-français, mi-anglais (comme Isle of Skye – De Laird à Roi et Jokes de papa).

Alors que la règle des jeux est souvent publiée en plusieurs langues, pourquoi les éditeurs ne traduisent-ils pas également leur titre ?

>> À voir gratuitement: plus de 170 jeux de société évalués par Protégez-Vous

Trouver le bon titre

Chez Scorpion Masqué, une maison d’édition de jeux montréalaise, la grande majorité des titres originaux sont rédigés en français, mais certains sont pensés en anglais, comme Stay Cool ou Switch. « Je vois ces titres comme des mots universels. Ce sont des termes simples qui ont un bon rythme sonore et qui peuvent être compris partout, car l’anglais est la langue universelle », explique Christian Lemay, fondateur de Scorpion Masqué.

Quand on lui demande si le titre n’est qu’un outil marketing, M. Lemay n’hésite pas une seconde : « Tout à fait ! Quand on pense au titre, on pense au public. Si on fait un jeu familial et local, on va choisir un titre en français, et si on le vend dans d’autres pays, on changera le titre pour qu’il soit adapté à la région ciblée.

Par contre, dans le cas d’un jeu qui vise un public plus passionné, on va opter pour un titre qui fait plus international, voire inventer un mot, comme pour notre jeu Decrypto. Il arrive aussi que notre stratégie soit d’utiliser un titre qui comprend un mot clé international. Par exemple, pour le jeu La Légende du Wendigo, on a fait le choix de mettre Wendigo en évidence. Ainsi, on traduit La Légende de dans la langue du pays visé, par exemple par Die Legende des pour l’Allemagne, mais tout le monde appelle le jeu Wendigo. »

La majorité des jeux de société vendus sur le marché québécois ne sont toutefois pas publiés par des maisons d’édition francophones. Distribués au Québec mais provenant de partout dans le monde, ces jeux conservent souvent un titre en anglais ou dans une autre langue. Pourquoi ? « Principalement pour des raisons financières », signale Franck Jacquet, président des Jouets Franckids, un distributeur québécois de jeux français, américains et allemands. « Le Québec est un petit marché, et imprimer un petit nombre de boîtes avec un titre en français fait augmenter le coût de production, et donc le prix du jeu pour le consommateur. »

Il existe cependant des solutions de rechange pour plaire aux joueurs francophones sans trop faire grimper la facture. « Par exemple, on place un collant Jeu en français sur la boîte ou on y attache la règle traduite. On traduit le plus important, sans tout réimprimer. »

Jouer dans sa langue

Cette stratégie concorde bien avec l’opinion de nombreux joueurs québécois francophones qui ne semblent pas se formaliser du fait que le titre de leurs jeux préférés ne soit ni rédigé ni traduit en français. Sur 259 amateurs* de jeux québécois interrogés par Protégez-Vous via Facebook au sujet de la traduction des jeux de société, un peu plus de la moitié n’accorde pas d’importance à la langue du titre, un tiers pense que le titre devrait rester dans la langue d’origine de l’éditeur (français, anglais ou autre langue), et seulement un sur 10 exigerait que le titre soit traduit en français puisque c’est la langue d’usage au Québec.

* Un amateur étant défini ici comme quelqu’un qui joue régulièrement, soit de quelques fois par mois à tous les jours.

En revanche, si le jeu qu’ils veulent acheter est vendu en anglais et en français, deux Québécois sur trois vont choisir la version française… seulement si elle est au même prix que l’anglaise. En effet, la plupart des amateurs de jeux sondés se disent déçus, voire choqués, que les versions dans la langue de Molière soient souvent plus chères. Si plusieurs déclarent comprendre que la traduction a un coût et que notre proximité avec le marché américain rend les jeux en anglais moins chers que ceux, souvent européens, publiés en d’autres langues, peu sont prêts à payer plus pour jouer en français.

Que dit la loi ?

L’article 51 de la Charte de la langue française (la « loi 101 ») énonce ceci : « Toute inscription sur un produit, sur son contenant ou sur son emballage, sur un document ou objet accompagnant ce produit, y compris le mode d’emploi et les certificats de garantie, doit être rédigée en français. […] Le texte français peut être assorti d’une ou plusieurs traductions, mais aucune inscription rédigée dans une autre langue ne doit l’emporter sur celle qui est rédigée en français. »

Toutefois, « chaque cas doit s’apprécier au mérite et selon les circonstances », précise Julie Létourneau, directrice des communications à l’Office québécois de la langue française (OQLF). Ainsi, certains mots inventés peuvent être acceptés et d’autres non, selon la justification de l’inspiration et de l’origine donnée.

De plus, de nombreux mots d’origine anglaise sont acceptés dans les dictionnaires de langue française. Il y a aussi des exceptions : les titres constitués d’une marque de commerce ou d’un nom de personnage, comme Spider-Man, ainsi que les titres qui font référence à une œuvre culturelle comme un film, une œuvre musicale ou une émission de télévision peuvent demeurer dans leur langue d’origine.

Cela dit, selon l’OQLF, un jeu de société dont le titre est dans une langue autre que le français doit avoir un équivalent en français sur le marché « dans des conditions au moins aussi favorables ». Par exemple, une boutique ne peut pas vendre un jeu en anglais si elle n’offre pas le même jeu traduit en français.

Cette nécessité d’adapter le titre des jeux, autant pour les éditeurs étrangers qui veulent percer le marché québécois que pour ceux d’ici qui veulent vendre leurs jeux en dehors de la province, se solde parfois par des traductions insolites, qui ont au moins le mérite de faire sourire les consommateurs (voir encadré).

Et en France ?

Étant donné sa proximité avec de nombreux pays européens, on n’est pas surpris de constater que sur le marché français, la plupart des jeux offrent une règle multilingue. C’est le cas de Squadro, testé cette année, qui contient un livret en 24 langues. « Nous faisons des jeux multilingues pour viser un public aussi large que possible. Leur titre doit donc être soit un mot neutre et abstrait, soit un mot en anglais, car c’est la langue internationale. Quant à nos autres jeux, l’idéal est que les distributeurs les localisent [NDLR : c’est-à-dire les traduisent dans la langue locale], car ils sont mieux placés que nous pour choisir un titre qui correspond à leur marché », explique Mathilde Spriet, chargée des communications et de l’édition chez Gigamic, un éditeur et distributeur de jeux membre du groupe Hachette.

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Nombre de jeux ayant un titre en français parmi le « top 100 » des meilleurs jeux selon les testeurs de Tric Trac, le site web de référence en français pour les jeux de société.

Quelques traductions insolites de titres de jeux

• Le célèbre Trivial Pursuit, une création québécoise, portait le nom de Quelques arpents de piège à sa parution en 1979.

• Le jeu québécois de défis J’te gage que a vu son nom remplacé par Bluff Party en France.

• Un autre jeu québécois, Miss Poutine, a été renommé Poutine Cuisine en Allemagne.

• Le petit jeu de vitesse américain Fuse est devenu Mission Pas Possible, sûrement un clin d’œil à une série très connue.

• Bien que la traduction de Star Wars: Outer Rim par Star Wars : bordure extérieure soit juste, nombreux sont les joueurs à trouver le résultat très curieux.

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