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Rénovation: comment trouver un homme à tout faire

Par Benoîte Labrosse Mise en ligne : 04 décembre 2017  |  Magazine : janvier 2018

Shutterstock.com

Soumission, tarif, contrat, permis... Embaucher un bricoleur pour exécuter de menus travaux de rénovation est tentant. Mais ne vous y prenez pas n’importe comment!

Laurence Blondeau confie de temps à autre certains travaux d’entretien de sa maison unifamiliale à un homme à tout faire. Comme plusieurs propriétaires, elle trouve bien pratique de faire appel à un bricoleur habile pour élaguer des arbres, poser des tablettes, faire des retouches de plâtre, peindre, assembler des meubles, nettoyer les gouttières, redonner du lustre au balcon, alouette !

Cette Montréalaise a déniché son ouvrier grâce à la recommandation de son oncle. Elle l’a donc embauché sans soumission ni contrat, se mettant d’accord avec lui sur une rémunération de 20 $ l’heure payable par chèque, sans l’ajout de taxes. L’homme ne possède ni licence ni compétences officielles en construction. « Je lui ai juste demandé de voir des photos d’autres jobs pour m’assurer qu’il avait de l’expérience », raconte Laurence Blondeau. Satisfaite des résultats, elle n’hésite pas à refaire appel à ses services.

Cette histoire ressemble à celle de bien des gens qui engagent ponctuellement des ouvriers sans compétences reconnues pour exécuter de menus travaux domiciliaires. Mais comme aucun pépin ne s’est produit jusqu’ici, Laurence Blondeau a perdu de vue les risques encourus, telle l’absence de protection en cas de travail bâclé.

>> À lire aussi: Enquête sur les sites web de soumissions

« Les hommes à tout faire n’ayant pas un statut défini, il faut se méfier », dit Guy Giasson, porte-parole de l’Association des consommateurs pour la qualité dans la construction (ACQC). En embauchant un travailleur sans licences ni certifications, le client se prive de tout recours légal en cas de problèmes, que ce soit des travaux non complétés ou de qualité douteuse, des retards, des coûts supplémentaires, etc.

Il faut aussi savoir que ceux qui réalisent des tâches liées à la construction doivent respecter plusieurs lois et exigences, indique Guy Giasson. À cela s’ajoute l’obligation de détenir une licence de la Régie du bâtiment du Québec « dès qu’on plante un clou dans une maison », illustre de son côté Daniel Lauzon, fondateur et président de Beau-frère à louer, une entreprise qui emploie une quinzaine d’hommes à tout faire dans les régions de Montréal et de Québec.

Voici donc les questions à se poser avant d’embaucher un ouvrier.

Établissez d’abord la liste des tâches que vous confierez à votre homme à tout faire. « Vous pourrez dès lors savoir comment – et par qui – les travaux sont encadrés », indique Charles Tanguay, porte-parole de l’Office de la protection du consommateur (OPC). Gardez en tête que chaque tâche peut présenter des exigences différentes.

Où trouver un homme à tout faire ?

• Votre entourage peut vous recommander des ouvriers qu’il estime compétents et fiables. Selon les travaux désirés, vérifiez que ces travailleurs sont bien en règle (voyez l’encadré « Votre ouvrier est-il en règle?»).

• Plusieurs centres de rénovation, dont Rona et Home Hardware, offrent une variété de « services d’installation ». En général, ces commerces disposent d’ententes avec des entrepreneurs locaux de confiance qui se chargent d’exécuter les travaux en leur nom.

• Faites des recherches en ligne en tapant des mots-clés comme « homme à tout faire », « entretien résidentiel », « rénovation », etc. Assurez-vous que les pratiques du professionnel sont conformes aux lois et règlements de l’industrie en fonction des travaux à réaliser.

Quelles certifications doit-il détenir ? Ça dépend de la nature des travaux.

• Une licence d'entrepreneur

Aux yeux de la Loi sur le bâtiment, toute personne ou entreprise qui effectue des travaux de construction pour un tiers – vous, par exemple – est considérée comme un entrepreneur en construction. Votre ouvrier (ou l’entreprise qui l’emploie) devra donc détenir une licence d'entrepreneur délivrée par la Régie du bâtiment du Québec (RBQ), la Corporation des maîtres mécaniciens en tuyauterie du Québec (CMMTQ) ou la Corporation des maîtres électriciens du Québec (CMEQ) pour accomplir des travaux de rénovation, de réparation, d’entretien, de modification, de démolition, de fondation ou d’érection, ou encore des travaux préalables d’aménagement du sol.

Cette licence comporte des dizaines de sous-catégories précisant ce que l’entreprise et ses employés sont en droit d’effectuer. « Le propriétaire doit aussi démontrer qu’il est en mesure de verser le cautionnement de licence », explique Sylvain Lamothe, porte-parole de la RBQ. Ce cautionnement est la somme d’argent mise en garantie par l’entrepreneur –  20 000 $ ou 40 000 $ selon le type de licence détenue –, un montant qui permet d’indemniser les consommateurs en cas de travaux non exécutés ou jugés insatisfaisants.

Certaines tâches sont cependant exemptées de l’obligation de licence, comme l’aménagement paysager, l’abattage d’arbres, le déglaçage et déneigement de toits, spécifie la RBQ sur son site internet. « Un entrepreneur honnête vous dira les types de travaux qu’il peut faire ou pas, affirme Sylvain Lamothe. Car s’il se fait prendre par la RBQ à effectuer des tâches pour lesquelles il n’a pas la licence requise, il recevra un avis d’infraction et des amendes salées. »

• La carte de membre d’une corporation

Dès que les travaux touchent à l’électricité ou à la plomberie, l’ouvrier doit être membre respectivement de la Corporation des maîtres électriciens du Québec ou de la Corporation des maîtres mécaniciens en tuyauterie du Québec.

• Un certificat de compétence de la Commission de la construction du Québec (CCQ)

Un ouvrier qui effectue des travaux au domicile d’un particulier n’est pas obligé de détenir un ou plusieurs des certificats de compétence –surnommés « cartes de la CCQ » – qu’émet la Commission. « Les travaux de rénovation résidentielle sont exclus du champ d’application de la Loi R-20 [qui régit la main-d’œuvre dans l’industrie de la construction] », confirme Mélanie Malenfant, porte-parole de la CCQ.

Voilà pourquoi le Groupe Résidencia, qui offre une variété de services d’entretien domiciliaire partout dans la province par l’entremise de ses divisions Qualité Étudiants, Vitres.net et GoGazon, embauche de nombreux étudiants sans qualifications particulières. Même pour des tâches plus complexes (comme des travaux de toitures), l’entreprise fait appel à des travailleurs d’expérience qui n’ont pas toujours leurs cartes de la CCQ, indique Sébastien Dallaire, coach d’affaires dans cette entreprise.

• Un permis de vendeur itinérant

Charles Tanguay précise que « la loi considère votre homme à tout faire comme un vendeur itinérant s’il vient chez vous pour vendre ou installer des portes, des fenêtres, une toiture, un isolant thermique ou un revêtement extérieur, ou pour faire des travaux liés à ces éléments ». Dans de tels cas, il doit détenir un permis de vendeur itinérant, assorti d’un cautionnement – au montant variable – destiné à indemniser les consommateurs lésés.

Quel tarif payer ? C’est très variable.

Il existe deux types de facturation sur le marché : au forfait et à l’heure. Les tarifs en vigueur varient selon le type de travaux à effectuer et le contexte de réalisation.

En guise d’exemple, un franchisé Qualité Étudiants facture 450 $ pour peindre une chambre de grandeur standard (deux couleurs, deux couches), soit un montant forfaitaire de 350 $, plus 100 $ de frais de base pour tout type de travaux.

De son côté, Beau-frère à louer privilégie les tarifs horaires : 35 $ l’heure pour les travaux qui ne touchent pas à la construction (comme assembler un meuble ou vider une gouttière) et 50 $ l’heure pour ceux qui nécessitent une licence de la RBQ.

L’ouvrier – que l’entreprise appelle « technicien » – se déplace pour un minimum de deux heures, et des frais de transport fixes de 30 $ s’ajoutent. « Je suggère aux gens de faire une liste des tâches et de nous appeler quand ils en ont pour au moins deux heures », dit Daniel Lauzon.

Comment payer ? Par chèque ou par carte.

« Un consommateur prudent ne versera pas d’acompte avant le début des travaux, ou [il donnera] alors le plus petit montant possible s’il y a des achats à faire pour préparer le chantier », conseille Charles Tanguay, de l’OPC.

Certaines entreprises peuvent demander un dépôt pour sécuriser le mandat. C’est le cas du Groupe Résidencia, qui exige 25 % du coût total à la signature d’un contrat. Cette pratique est légale, mais « un entrepreneur n’a pas le droit de garder un dépôt si, au final, il n’a pas effectué les travaux », signale Sébastien Dallaire.

Pour régler la facture, privilégiez la carte de crédit ou de débit, ou le chèque, étant donné qu’ils laissent tous une trace. Si vous tenez à payer comptant, assurez-vous d’obtenir un reçu. « Il ne faut pas céder à la tentation de payer comptant sans facture pour éviter les taxes, parce qu’en cas de comparution en cour, vous pourriez vous faire taper sur les doigts par un juge pour avoir encouragé le travail au noir », avertit Guy Giasson, de l’ACQC.

Devez-vous obtenir une soumission ? Ce n’est pas obligatoire, mais c’est recommandé.

Dans le cas de petites tâches (la pose d’un téléviseur mural ou d’un climatiseur, par exemple), une discussion téléphonique peut suffire pour établir un prix. S’il s’agit de plus gros travaux – la réparation d’une terrasse, par exemple, ou le remplacement d’un comptoir –, il est préférable que l’ouvrier évalue les coûts sur place et qu’il rédige une soumission. C’est d’ailleurs la règle au sein du Groupe Résidencia, qui offre des « estimations gratuites sans engagement ».

Une soumission doit être le plus détaillée possible, car plusieurs entrepreneurs la font signer pour qu’elle fasse ensuite office de contrat. « S’il y est seulement inscrit “rénovations au sous-sol” et que vous êtes insatisfait, un juge pourra difficilement trancher sur un montant de dédommagement », explique Sylvain Lamothe.

Est-il nécessaire de signer un contrat ? Oui, surtout si vous n’avez aucune soumission signée.

Un contrat confirme l’existence d’une relation d’affaires. « Si vous n’en avez pas, vous n’aurez rien entre les mains pour vous défendre en cas de travail mal fait », fait valoir Guy Giasson.

Encore une fois, veillez à ce que le document soit le plus exhaustif possible pour éviter les mésententes. La description des travaux, le coût de ces derniers ainsi que l’échéancier doivent y figurer, tout comme les dispositions liées à l’achat de matériel, au nettoyage des lieux, aux bris éventuels et aux modalités de paiement.

Devez-vous toujours être présent durant les travaux ? Ce n’est pas obligatoire, mais c’est recommandé.

Même si les entreprises que Protégez-Vous a interrogées ne l’exigent pas, il est recommandé d’être sur place ou de déléguer une personne de confiance, par précaution. « Une chose est sûre : si un homme à tout faire vous dit qu’il ne veut pas que vous soyez là pendant les travaux, posez-vous des questions ! » avise Sylvain Lamothe, de la RBQ.

Que faire si vous n’êtes pas satisfait des travaux ? Plusieurs étapes sont possibles.

Avant de régler votre facture, discutez avec l’ouvrier de la façon dont la situation pourrait être corrigée.

Si les discussions ne mènent à rien, envoyez à l’ouvrier une lettre de mise en demeure qui détaille la situation et qui fait part de vos demandes précises. « Un consommateur doit donner l’occasion à l’autre partie de proposer réparation dans un délai donné », souligne Charles Tanguay, de l’OPC.

Vous n’obtenez aucune réaction ? Vous pouvez alors vous adresser au tribunal. Si le coût total des travaux ne dépasse pas 15 000 $, il y a moyen de faire entendre votre cause à la Cour des petites créances, où vous pourrez vous représenter vous-même. Un service gratuit de médiation y est aussi offert. À cet égard, lisez notre article expliquant comment se défendre face aux professionnels négligents.

En cas d’un jugement en votre faveur, le fait d’avoir choisi une personne qui détient une licence RBQ permet de réclamer un dédommagement en vertu du cautionnement de licence. La somme déterminée par le juge vous sera versée par la RBQ afin que vous puissiez faire reprendre les travaux par une entreprise de votre choix. Une procédure semblable est en place à l’OPC pour les travaux qui relèvent de vendeurs itinérants. Encore une fois, il faut avoir fait affaire avec un ouvrier détenant un permis pour bénéficier de cette protection.

>> À lire aussi: Quoi faire pour éviter un fiasco... et agir si le mal est fait

Votre ouvrier est-il en règle ?

• Veillez à ce que l’entreprise soit inscrite au Registraire des entreprises du Québec et qu’elle détienne une adresse physique.
registreentreprises.gouv.qc.ca

• Vérifiez si l’entreprise possède sa licence de la Régie du bâtiment du Québec et si elle a déjà fait l’objet de plaintes ou de réclamations auprès de cet organisme.
rbq.gouv.qc.ca

• Visitez le site de l’Office de la protection du consommateur pour voir si l’ouvrier a reçu des mises en demeure de consommateurs et s’il possède un permis de commerçant itinérant.
opc.gouv.qc.ca 

• Servez-vous de l’outil de recherche de la Société québécoise d’information juridique (SOQUIJ) pour savoir si un jugement a été rendu contre l’individu ou l’entreprise.
citoyens.soquij.qc.ca

PRÉCISION 14/12/2017: Le texte original a été modifié pour préciser qu'un «homme à tout faire» doit détenir une licence d'entrepreneur délivrée par la RBQ, la Corporation des maîtres mécaniciens en tuyauterie du Québec ou la Corporation des maîtres électriciens du Québec (et non uniquement par la RBQ) et qu'aux yeux de la Loi sur le bâtiment, toute personne ou entreprise qui effectue des travaux de construction pour un tiers est considérée comme un entrepreneur en construction.

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Commentaires 4 Masquer

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  • Par Gilles Morin | 10 janvier 2018

    Les centres de rénovation, comme Rona, Réno-Dépôt, Home dépôt et Home Hardware etc.. offre ces services mais ils prennent une commission de 17 à 20% du montant du contrat. Si l'on ajoute les taxes 15%, ça augmente de beaucoup le coût des travaux. J'ai fait refaire ma toiture en 2015 par un entrepreneur avec licence RBQ, membre APCHQ et recommandé par un voisin. J'ai du le poursuivre et j'ai passé en cour au printemps 2017. Oui, j'ai gagné, mais que de problèmes. Jamais je laisserais un entrepreneur seul chez moi sans surveillance.

  • Par CLAUDE LACASSE | 20 décembre 2017

    faire planter des clous à 90-100$ l'heure ça va te ruiner assez vite merci. faut juste être vigilant quand on engage et se fier à des gens que tu connais aussi commencer par des petites jobs avant de confier des gros travaux.
    c. lacasse

  • Par Anne-Marie Laliberté | 04 avril 2018

    Les petites finitions jamais finies, les coins ronds, aucun! Sans compter les taxes, bien sûr, ni les matériaux. Et eux ont des déductions d'impôts et patati et patata... C'est à mourir de rire jaune. Pas étonnant qu'on se tourne vers le gars qui a fait des travaux chez l'amie de la cousine du frère de la belle-soeur d'une collègue .. qui lui travaille sous la table... Et on se fait encore avoir.

  • Par STEVEN PAQUET | 17 avril 2018

    Le problème est que plusieurs s'improvise, demander des références et autres. L'autres parti du problème est de faire confiance au plus bas prix vs Qualité,confiance,licence et autres. Comme dans tout les domaines il y en a des bon et des mauvais. Cependant on entend souvent plus parler des chantiers problématique que ceux réussi.