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Télémédecine : se faire soigner à distance

Par Mathilde Roy
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Prendre rendez-vous avec un médecin sur Internet et lui parler par vidéoconférence est devenu une pratique répandue depuis le début de la pandémie, tant dans le réseau public que par l’intermédiaire de plateformes privées de soins de santé (comme EQ Care et Maple). Pour le meilleur et pour le pire?

Comment obtenir des soins virtuels dans le réseau public
Comment obtenir des soins virtuels dans le réseau privé
Pas un remède universel
Le contact humain
Obstacles et défis
Télémédecine : pour quels maux ?
Consultation virtuelle 101

Et si la pandémie de COVID-19 avait eu du bon ? C’est ce que croit le Dr Louis Godin lorsqu’il se prononce sur les soins virtuels offerts au Québec. « S’il y a quelque chose de positif à retirer des [derniers] mois, c’est tout ce qu’on a pu apprendre en accéléré sur la télémédecine », constate le président-directeur général de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ).

Avant la pandémie, les services de télémédecine n’étaient accessibles – sauf en de rares exceptions – que dans le réseau privé, par l’intermédiaire de cliniques, de programmes offerts par les employeurs et les compagnies d’assurance ou d’applications mobiles payantes.

Dans un décret adopté en mars 2020, le gouvernement du Québec a toutefois fait en sorte que la téléconsultation menée par des médecins omnipraticiens soit désormais couverte par la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ). C’est ce qui explique que vous ayez depuis accès à un médecin de famille par vidéoconférence ou par téléphone, avec ou sans rendez-vous, selon le fonctionnement de la clinique.

Le Collège des médecins du Québec, l’Association médicale canadienne (AMC) et la FMOQ sont convaincus que cette avancée est là pour rester, même une fois l’urgence sanitaire terminée… et ils s’en réjouissent. Selon le Dr Godin, les soins virtuels procurent une grande souplesse aux patients, leur évitant par exemple de se déplacer et de prendre une demi-journée – voire une journée complète – de congé pour un rendez-vous médical.

Un sondage publié en mai 2020 par l’AMC lui donne raison : plus de la moitié (51 %) des Québécois veulent dorénavant consulter un médecin virtuellement, ce qui en fait la province canadienne où la pratique connaît le plus haut taux de succès. Au Canada, la moyenne est de 42 %. Pour le Dr Abdo Shabah, urgentologue et représentant de cette association, « la télémédecine n’est pas adaptée à tout le monde ni à toutes les pathologies, mais elle augmente l’accessibilité aux médecins » dans une province où une personne sur cinq n’a pas de médecin de famille, résume-t-il.

Malgré les avantages d’une médecine tributaire des écrans et du téléphone, les différents corps médicaux se disent conscients de ses limites, dont la disponibilité des technologies nécessaires. Quels maux peuvent être réglés à distance ? Ce n’est pas clair non plus : il n’existe pas de liste officielle des actes propices à la télémédecine. Les derniers mois ont néanmoins apporté quelques réponses.

Comment obtenir des soins virtuels dans le réseau public

Au Québec, vous pouvez passer par le réseau de santé public pour consulter un médecin à distance au moyen du téléphone ou de la vidéoconférence. Communiquez directement avec votre clinique ou encore passez par la plateforme Bonjour-santé, qui gère les files d’attente de tels établissements. Le service est gratuit si vous voulez consulter votre médecin de famille ou un professionnel de la santé travaillant dans votre clinique habituelle. Pour contacter un médecin au Québec peu importe l’endroit où il pratique, il vous en coûtera 18,95 $.

Au plus fort du confinement, environ 90 % des consultations se sont déroulées de cette façon, selon le Dr Louis Godin. Bien que les rendez-vous par vidéo sur les applications Zoom, React et Microsoft Teams soient possibles, pour la vaste majorité d’entre eux, c’est le bon vieux téléphone qui a permis de connecter patient et médecin. « La raison est simple : tout le monde est à l’aise avec le téléphone, contrairement aux autres outils électroniques », dit-il.

Comment obtenir des soins virtuels dans le réseau privé

Au privé, l’offre se multiplie, et différents modèles se côtoient. Depuis quelques années déjà, des assureurs et des employeurs ont ajouté la télémédecine à leurs forfaits ou à leur brochette d’avantages sociaux. SSQ Assurance, Canada Vie et La Capitale, tout comme Ubisoft, la Société des alcools du Québec (SAQ) et Sobeys, se sont par exemple alliés à Dialogue. Cette plateforme médicale virtuelle de Montréal travaille également avec la Financière Sun Life, qui propose en outre les applications de soins de santé en ligne EQ Care, Akira et Maple. La Financière Manuvie a aussi opté pour Akira, propriété de Telus Santé, qui offre des solutions médicales numériques.

Selon le Dr Marc Robin, directeur médical à Dialogue, l’employeur qui propose des soins virtuels à ses employés ainsi qu’à leur famille y trouve rapidement son compte, car ce service « réduit l’absentéisme au travail ». Les patients peuvent rapidement parler à un professionnel de la santé à toute heure de la journée, sept jours sur sept, pour des problèmes de santé physique et mentale. Le Dr Robin affirme que plus d’un million de Québécois utilisent Dialogue, qui est uniquement offerte par l’intermédiaire des employeurs et des assureurs.

Pour ceux qui ne bénéficient pas d’un tel service à leur travail, il existe des applications mobiles accessibles à tous et des cliniques privées qui mettent sur pied leur propre plateforme de rendez-vous virtuels. Pour consulter un médecin généraliste sur l’application Maple, par exemple, il vous en coûtera 119 $.

Pas un remède universel

Selon le Dr Yves Robert, secrétaire du Collège des médecins du Québec, ce type de téléconsultations est à réserver pour des problèmes de santé ponctuels. « C’est ce qu’on appelle de la médecine McDonald’s, dit-il. Vous prenez votre hamburger et vous payez. Beaucoup d’entreprises privées proposent de premières rencontres virtuelles, mais elles sont moins intéressées à faire des suivis auprès des patients qui ont plusieurs problèmes de santé chroniques. »

Le Dr Marc Robin décrit ainsi Dialogue comme un service complémentaire à celui du réseau public : « On travaille en parallèle du médecin de famille. Notre but, ce n’est pas de prendre sa place, mais de faire du dépannage. »

La plateforme Dialogue estime que 70 % des soins peuvent se résoudre à distance ; une donnée qu’il faut toutefois prendre avec prudence, selon le Collège des médecins du Québec. « L'examen physique reste encore un des éléments clés du diagnostic », affirme le Dr Yves Robert.

Quels sont donc les soins appropriés en télémédecine ? Difficile de répondre de façon tranchée à cette question. « Tout dépend si le patient est connu du médecin et s’il le voit de façon régulière. On revient toujours au même constat : on s’en remet au jugement clinique du médecin », soutient le Dr Louis Godin, de la FMOQ.

Alors qu’une rencontre préalable avec un employé et/ou une infirmière permet généralement de faire un premier tri, du côté de Dialogue, c’est l’intelligence artificielle qui aide en premier lieu à départager la pratique sécuritaire de celle qui ne l’est pas. « Nous avons développé un outil de triage – une sorte de chat [clavardage] intelligent – qui permet d’identifier rapidement les gens qui ne peuvent pas être vus en télémédecine », explique le Dr Marc Robin. 

Ce qui est clair, c’est que la télémédecine n’est pas appropriée pour les maux qui nécessitent un examen physique, comme les douleurs abdominales ou les problèmes pulmonaires, selon les médecins interrogés. À l’inverse, le renouvellement de certaines prescriptions, les problèmes de santé communs (infections urinaires, sinusites, etc.) et les conseils santé (liés à la contraception ou aux voyages, par exemple) sont plus adaptés aux rendez-vous à distance.

Le professionnel pourrait tout de même exiger que vous fournissiez de l’information médicale, comme votre poids et votre pression artérielle (à l’aide d’un moniteur – si vous en possédez un – ou en vous rendant à la pharmacie au préalable). Vous avez mal à la gorge ou présentez un problème dermatologique ? Il pourrait aussi vous demander d’envoyer des photos.

Certains problèmes de santé mentale, comme le stress, l’anxiété ou les troubles du sommeil, se prêtent aussi particulièrement bien à la consultation virtuelle, selon les experts, car ils ne nécessitent pas d’examen physique. Mais à quel prix pour la relation patient-professionnel ?

Le contact humain

Selon le Dr Yves Robert, du Collège des médecins du Québec, la technologie, aussi sophistiquée soit-elle, n’est pas près de remplacer les rapports sociaux en personne. Car bien que la consultation à distance présente plusieurs avantages, des patients et des professionnels disent avoir encore besoin du contact physique.

Lorsqu’il a consulté virtuellement sa médecin de famille pour une douleur au coude, Guillaume, 34 ans, a trouvé le service plus simple et plus rapide que dans le cas d’un rendez-vous en présentiel, pour reprendre une expression devenue à la mode. Il a néanmoins constaté que l’échange par vidéoconférence était peu naturel : « Elle me voyait, mais je ne la voyais pas, parce qu’elle n’avait pas ouvert sa caméra. C’était un peu bizarre », confie-t-il. Comme le jeune homme est en bonne santé et qu’il consulte rarement le médecin, il sent qu’il a aussi raté l’occasion d’avoir un examen de santé général.

Les rendez-vous psychologiques en visioconférence et les suivis téléphoniques avec son médecin pour traiter une dépression au plus fort de la pandémie ont également laissé un goût plutôt amer à Mélanie, une mère de 30 ans : « C’était vraiment quelque chose d’étrange et d’inconfortable que de m’installer sur mon lit, avec mon portable, pendant la sieste de ma fille, pour me mettre les tripes sur la table. » En fin de compte, Mélanie ne sent pas en avoir eu pour son argent. « J’avais de la difficulté à saisir comment discuter 50 minutes sur un écran justifiait exactement le même coût qu’une rencontre en personne, où j’ai l’impression de vivre une expérience de discrétion, dans un environnement propice à la détente et à l’ouverture », juge-t-elle.

Obstacles et défis

La rémunération des actes médicaux virtuels est d’ailleurs l’une des nombreuses questions que soulève la télémédecine. Comme c’est le cas dans d’autres provinces canadiennes, Québec a pour le moment accepté de payer les médecins qui pratiquent à distance au même tarif que pour une consultation en chair et en os. « Si on en venait à assurer ces services de façon permanente, l'établissement d'un tarif [devra] être basé sur le temps que cela demande au médecin et sur la responsabilité associée à l'acte. Actuellement, nous n’avons pas de données précises à ce sujet », dit le Dr Louis Godin.

Autre obstacle : l’accès aux technologies pour certaines franges de la population. Pendant que les salles d’attente dans les cabinets se vident, les médecins constatent que tous les patients ne maîtrisent pas les technologies nécessaires – quand ils n’y ont tout simplement pas accès – pour avoir recours à la télémédecine. Plusieurs n’ont pas pas de tablette, de téléphone intelligent ou d’ordinateur, ou même une connexion Internet. Et ce n’est pas toujours une question d’âge… Contrairement aux idées reçues, de nombreuses personnes âgées utilisent la télémédecine, constate le Dr Abdo Shabah, urgentologue.

Ajoutons à cela l’importance de la confidentialité et la protection des renseignements personnels, un défi dans l’air du temps. Le Dr Shabah reconnaît que nul n’est à l’abri d’un piratage et que la vigilance est de mise, d’autant que des « données très sensibles » sont en jeu. À ce sujet, l’AMC recommande, lors d’un rendez-vous à distance, de vous installer dans un endroit privé et d’éviter d’utiliser l’ordinateur ou l’appareil de votre employeur (ou d’une autre personne, qui pourrait ensuite accéder à vos informations).

Sans détenir toutes les réponses, les experts s’entendent pour dire que des débats de société devront avoir lieu dans les années à venir, y compris ce qui a trait au renforcement de la protection des données personnelles. Car la vague de télémédecine, elle, continuera de déferler même une fois la pandémie terminée. La Fédération des médecins omnipraticiens du Québec évalue que, dans les prochaines années, environ le tiers des consultations pourraient être effectuées à distance. « Dans le cas des médecins de famille, c’est environ cinq millions de consultations qui se feront annuellement. C’est énorme », conclut le Dr Louis Godin. 

Télémédecine : pour quels maux ?

Bien qu’il n’existe aucune liste officielle d’actes autorisés en télémédecine, voici un aperçu des soins virtuels appropriés à cet égard et de ceux qui ne le sont pas, selon l’Association médicale canadienne. 

OUI

– Problèmes de santé mentale

– Problèmes de peau

– Infections urinaires et sinusites

– Maux de gorge

– Rougeur des yeux sans douleur et sans altération de la vision

– Soins liés à la santé sexuelle

– Soins de santé liés aux voyages

– Problèmes surveillés au moyen d’un appareil à la maison ou de tests en laboratoire

– Analyse de résultats de tests et de rapports de spécialistes

NON

– Douleurs thoraciques

– Essoufflement

– Perte de vision

– Perte auditive

– Faiblesse ou torpeur soudaine

– Douleurs à l’oreille

– Toux

– Problèmes abdominaux ou digestifs

– Lésions musculaires et articulaires

Consultation virtuelle 101

Comment vous préparer à une téléconsultation avec un médecin ?

– Déterminez si vous utiliserez un téléphone intelligent, une tablette ou un ordinateur.

– Assurez-vous que l’appareil est complètement chargé ou qu’il est branché.

– S’il y a lieu, téléchargez l’application ou installez le logiciel qu’utilise votre clinique pour les consultations vidéo.

– Idéalement, utilisez des écouteurs ou un casque d’écoute pour optimiser la qualité du son et mieux protéger votre vie privée.

– Le médecin pourrait vous demander de vous identifier, par exemple à l’aide d’une pièce d’identité. Ce professionnel doit lui aussi s’identifier. S’il ne fournit pas cette information, posez-lui la question.

Source : Association médicale canadienne.

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